Le cardinal italien Angelo Becciu, auquel le pape François a retiré ses droits de cardinal en 2020, ne fait pas partie de la liste officielle du Saint-Siège des 135 cardinaux électeurs qui voteront pour le prochain pape. Mais l’ancien substitut de la secrétairerie d’État âgé de 76 ans, visé par un procès financier depuis plusieurs années, plaide le flou juridique.
Le 24 septembre 2020, le pape François recevait en audience le cardinal Angelo Becciu et obtenait de lui sa démission ainsi que sa renonciation à ses droits de cardinal. Une disgrâce spectaculaire pour l’ancien influent substitut de la Secrétairerie d’État, écarté après avoir été mis en cause dans l’affaire financière dite «de l’immeuble de Londres» sur laquelle enquêtait le promoteur de justice du Vatican.
Immunité supprimée
Quelques mois plus tard, le pontife avait autorisé un tribunal de première instance de la justice civile du Vatican à juger un cardinal. En supprimant ainsi l’immunité qui protégeait jusqu’alors le cardinal Becciu, le pape avait permis sa mise en examen, qui eut lieu le 21 juillet suivant. Plus de deux ans et demi après, le cardinal a finalement été condamné à cinq ans et demi de prison, le 16 décembre 2023, pour détournement de fonds publics. Ses comptes bancaires ont par ailleurs été saisis par la justice vaticane en février 2024. Le cardinal a annoncé faire appel.
Depuis le début de l’affaire en 2020, le cardinal Becciu a été retiré de la liste des cardinaux électeurs par le Saint-Siège. Ceux-ci sont actuellement au nombre de 135. Cependant, le cardinal Angelo Becciu a assuré que cette liste n’avait «aucune valeur juridique», dans un entretien à L’Unione Sarda ce 22 avril. Ce matin, au lendemain de la mort du pape, le cardinal sarde a participé à la «congrégation générale» regroupant les cardinaux.
Le cardinal Becciu avait été convoqué aussi au dernier consistoire présidé par le pape François le 7 décembre 2024. «En me rappelant lors du dernier consistoire, le pape a reconnu intactes mes prérogatives de cardinal», estime-t-il dans les colonnes du quotidien italien. Il affirme qu’il n’y a pas eu de la part du pontife argentin « une volonté explicite de [l]’évincer du conclave ni de demande d’une renonciation explicite par écrit de [sa] part».
Un flou juridique?
D’après les normes du Vatican, les cardinaux «canoniquement déposés ou ceux qui ont démissionné, avec le consentement du Pontife Romain, de la dignité cardinalice», n’ont pas le droit de vote lors d’un conclave. En outre, à la mort du pape, le Collège des cardinaux n’a pas le pouvoir de «les réadmettre ni de les réhabiliter».
Selon Mgr Patrick Valdrini, canoniste français à Rome depuis des années, le flou juridique entourant la déposition du cardinal Becciu pourrait jouer en sa faveur. «Sa participation au conclave dépend du fondement juridique de l’acte qui a retiré au cardinal ses droits cardinalices», explique-t-il à I.MEDIA. Il note une absence d’acte formel dans cette situation: «Comme souvent dans le style du pape François, il semble qu’il n’y a pas eu d’acte canonique, à part la scène qui a été racontée dans les journaux».
L’expert entrevoit une «bataille juridique» appuyée par des canonistes italiens qui ont pris la défense du cardinal déchu. La solution à ce bras de fer dépend selon lui du Collège des cardinaux. «Cela devra être traité et décidé dans une congrégation générale», assure-t-il.
Si les cardinaux devaient prendre la décision de l’intégrer parmi les rangs des électeurs du successeur de François, ceux-ci atteindraient le nombre de 136. Le cardinal Becciu deviendrait l’un des 18 cardinaux électeurs italiens – actuellement au nombre de 17. (cath.ch/imedia/ak/bh)