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    Le cardinal Domenico Battaglia, archevêque de Naples © Wikimedia / Vincenzo Amoruso/ CC BY-SA 4.0

    Le cardinal Battaglia, évêque “anti-mafia” prêt à «l’effusion de sang»

    Domenico Battaglia, archevêque de Naples, créé cardinal le 7 décembre 2024, incarne le souci pastoral du pape François d’une Église radicalement tournée vers les pauvres, et prête à lutter contre le crime organisé. Ses attaches calabraises lui ont toutefois valu des critiques qui ont pu jouer un rôle dans l’annonce tardive de son cardinalat.

    Domenico Battaglia ne faisait pas partie de la liste initialement annoncée par le pape François lors de l’Angélus du 6 octobre 2024. Il n’a été ajouté que le 4 novembre, par un simple communiqué de Matteo Bruni, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. L’archevêque de Naples, âgé de 61 ans, faisait toutefois partie des noms les plus cités dans la liste d’un éventuel consistoire, et le fait que le pape le choisisse n’est en soi pas surprenant. Le pontife a, à plusieurs reprises, témoigné de son estime pour lui. Il avait même par deux fois cité des textes du cardinal. En 2021, il a transmis aux évêques italiens une réflexion intitulée Les huit béatitudes de l’évêque, définissant les qualités d’un bon prélat.

    En 2022, c’est une prière de Mgr Battaglia contre la guerre en Ukraine qui a retenu son attention et été lue lors d’une audience générale. «Seigneur Jésus, né sous les bombes de Kiev, aie pitié de nous!», implore-t-il dans cette série de supplications.

    «Pardonne-nous Seigneur, si, non contents des clous avec lesquels nous avons transpercé ta main, nous continuons à nous abreuver du sang des morts déchirés par les armes», lance-t-il. Le texte avait rencontré un vaste écho en Italie, contribuant à faire de Mgr Battaglia l’une des figures les plus connues de l’épiscopat italien.

    Un pasteur engagé

    Domenico Battaglia, qui souhaite toujours se faire appeler «Don Mimmo» et non «Eminenza», n’est pas originaire de Naples, mais de la région de Calabre, plus au sud, où il est né le 2 juin 1963. Formé dans le diocèse de Catanzaro, il y a été ordonné en 1988, puis a pris la tête du petit séminaire local et de la commission «justice et paix» du diocèse, tout en étant curé dans plusieurs paroisses.

    Prêtre de rue très engagé dans le domaine social, il dirige de 1992 à 2016 le Centre calabrais de solidarité qui vient en aide aux toxicomanes. Il est aussi vice-président de la fondation Betania, en charge des plus pauvres, et occupe de 2006 à 2015 la présidence de la Fédération italienne des communautés thérapeutiques, une réalité particulièrement développée dans la Péninsule.

    En 2016, le pape François le promeut à l’épiscopat et lui confie le diocèse de Cerreto Sanita-Telese-Sant’Agata de' Goti, en Campanie. Quatre ans plus tard, le pontife le nomme à la tête de l’archidiocèse de Naples. Il s’y distingue pour son engagement auprès d’une population souvent pauvre et sous l’emprise de la mafia. Son approche pastorale, inspirée de son charisme de “prete di strada” (“prêtre de rue”), rejoint les intuitions du pontife argentin. C’est d’ailleurs à la demande de Mgr Battaglia que le pape François a reçu les parents d’une jeune fille victime de la criminalité organisée.

    Attaques sur ses attaches calabraises

    Après l’annonce de son cardinalat, la presse italienne a révélé que Mgr Battaglia avait fait l’objet de six lettres de dénonciation qui ont circulé à Naples mais aussi au sein de la Curie romaine, l’accusant de tendance autoritaire et d’avoir choisi ses collaborateurs parmi ses proches de sa Calabre natale.

    Lui est notamment reprochée la nomination en septembre 2023 d’un prêtre calabrais, le Père Antonello Foderaro, à la tête d’une institution universitaire placée sous la tutelle du diocèse de Naples, la section Saint Thomas d’Aquin du séminaire théologique pontifical d’Italie du Sud. Le Père Foderaro a démissionné en août 2024, dans le cadre d’une enquête sur les liens entre l’institution et un employé arrêté en juin, qui serait le gendre d’un chef mafieux.

    Selon certains médias, le cardinalat de Mgr Battaglia devait être annoncé dès le 6 octobre, mais le pape y aurait renoncé en raison de cette affaire. Le fait qu’il ait finalement été inclus dans la liste laisse entendre qu’il a été mis hors de cause, ou même que le pape l’a promu en réaction à ces attaques.

    Mise en valeur de l’Italie du Sud

    Mgr Battaglia a réagi à l’annonce de son cardinalat en expliquant à Vatican News qu’en l’appelant à ce service, le pape François «a regardé un fils du Sud, évêque d’une Église du Sud, de ce Sud qui est en même temps une terre de fatigue et d’espérance».

    Évoquant pour l’agence ACI Stampa les «blessures profondes» de la population napolitaine, le futur cardinal a mis en avant la radicalité de la lutte pour l’Évangile dans ce territoire marqué par un patrimoine prestigieux mais aussi par la misère et la criminalité. «Nous devons tout donner, jusqu’à l’effusion du sang, ce qui ne signifie rien d’autre que de vivre comme le Maître nous l’a enseigné: sans calcul, sans réserve, en mettant l’amour au centre», a-t-il insisté.

    Le précédent archevêque de Naples, de 2006 à 2020, était le cardinal Crescenzio Sepe qui a a accueilli le pape François à deux reprises dans sa ville, en 2015 et en 2019. Ce diocèse, qui redevient donc un siège cardinalice avec cette décision du pontife, est l’un des plus importants du pays, avec 1,4 million de catholiques, et environ 430 prêtres incardinés.

    Après une baisse sensible dans la deuxième moitié du XXe siècle – le diocèse comptait le double de prêtres en 1950 -, ce nombre s’est stabilisé depuis l’an 2000, signe d’un certain rebond sur le plan des vocations sacerdotales.

    Avec Domenico Battaglia, le pape a donc créé quatre cardinaux italiens, puisque son nom s’ajoute à celui du vicaire de Rome, Baldassare Reina, du sous-secrétaire du dicastère pour le Développement humain intégral, Fabio Baggio, et de l’archevêque de Turin, Roberto Repole. (cath.ch/imedia/cv/rz)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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