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    L’archevêque de Téhéran raconte comment il a vécu la guerre

    Après le cessez-le-feu entre l’Iran et Israël, le cardinal Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran, raconte à l’agence I.MEDIA la façon dont il a vécu la «Guerre des douze jours». Un conflit qui se termine par un accord fragile, «basé sur la dissuasion et non sur des accords négociés à la table de discussion», rappelle-t-il.

    À la tête du diocèse de Téhéran-Ispahan depuis 2021, le franciscain belge de 62 ans Dominique Mathieu ne disposait d’aucune protection particulière lors des échanges de frappes qui ont impliqué l’Iran, Israël et les États-Unis, du 13 au 24 juin 2025. Durant cette période, il a poursuivi sa vie de prière dans une quasi-solitude. Le cardinal accompagne en Iran quelque 2000 catholiques latins dans un pays qui compte plus de 80 millions de musulmans.

    Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui?
    Cardinal Mathieu: Douze jours de guerre asymétrique, auxquels s’ajoute l’invitation d’un troisième belligérant sur l’échiquier, se terminent par un cessez-le-feu fragile, basé sur la dissuasion et non sur des accords négociés à la table de discussion. Nous sommes bien loin de l’établissement d’un respect mutuel et d’une confiance réciproque. À ce stade, il n’y a pas encore de place pour la réconciliation. Nous en sommes toujours au droit à l’autodéfense, même de manière préventive. La paix ne pointe pas encore à l’horizon.

    Pouvez-vous nous décrire votre quotidien des derniers jours et l’atmosphère qui règne actuellement à Téhéran?
    Lors de la Guerre des douze jours, le planning quotidien dépendait fortement des attaques et des ripostes, qui me privaient presque toujours du sommeil nocturne. Je célébrais l’eucharistie selon la convenance des quelques fidèles qui n’avaient pas déserté la capitale. La prière des heures et les repas dépendaient des circonstances. Mais chaque soir, moi-même et un étudiant africain en médecine que j’hébergeais parce que le dortoir universitaire avait été touché par un drone, consacrions une heure à l’adoration devant le Saint-Sacrement, avec comme intention la paix dans le monde et dans nos cœurs.

    «La moitié de la population qui avait quitté la ville pour des endroits plus sûrs est retournée»

    Comme nous ne disposions pas d’abri et qu’aucune sirène d’alarme n’était activée, nous cherchions nos informations sur les districts touchés «de visu» depuis la terrasse en toiture, ou en suivant, lorsque disponibles, les nouvelles sur les réseaux sociaux, en appelant des amis et connaissances, ainsi qu’en tendant l’oreille pour discerner les bruits annonciateurs d’une attaque.

    Depuis 48 heures, le cessez-le-feu est entré en vigueur, et bien que fragile, il tient pour le moment. La moitié de la population qui avait quitté la ville pour des endroits plus sûrs, mais précaires, est retournée ou est en route pour revenir. Les rues, qui pendant le conflit étaient désertes, sont de nouveau animées et regorgent d’activités, comme si rien ne s’était jamais passé.

    Quelle lecture spirituelle faites-vous de votre présence en Iran en tant que cardinal à la tête d’une toute petite communauté de catholiques latins, et ce alors que le pays sombre dans une actualité tragique?
    Dans les ténèbres de la guerre, où la violence semble dominer, la voix du Christ nous rappelle que la véritable grandeur réside dans le service et le sacrifice. Mon rôle devenait alors une vocation encore plus profonde: celle de témoigner de l’amour inconditionnel de Dieu, même au cœur de la tourmente.

    Ce sacrifice n’est pas seulement une offrande personnelle, mais une réponse à l’appel du Christ lui-même, qui a dit: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jean 15:13). En temps de guerre, ce sacrifice s’est manifesté dans l’hébergement de gens en quête de sécurité, dans le soutien aux fidèles isolés, et dans la prière fervente pour la paix. Il s’agit d’un acte d’amour désintéressé, qui transcende la peur et la souffrance pour témoigner de la foi en la promesse divine.

    «Dans un monde dominé par le surarmement, l’Église peut incarner une paix désarmée et désarmante»

    Ce sacrifice n’est pas vain, car il incarne la lumière de l’espérance qui brille dans l’obscurité. En étant proches des victimes, on devient un instrument de la paix divine, rappelant que même dans la destruction, la bonté et la compassion peuvent triompher. En méditant cette réalité, on se sent invités à suivre l’exemple du Christ: faire de notre vie un sacrifice d’amour, surtout dans les moments d’épreuve. Car c’est dans cette offrande sincère que réside la véritable force de la foi, la promesse d’un avenir où la paix et la justice triompheront enfin.

    Vous avez participé à un conclave qui a élu le pape Léon XIV. Ses premiers mots ont été consacrés à la paix. Dans un monde qui bascule dans ce que le pape François nommait la “troisième guerre mondiale par morceaux”, que peut faire l’Église pour œuvrer à la paix?
    Dans un monde dominé par le surarmement et le déclin de la diplomatie, l’Église peut œuvrer pour la paix en incarnant une paix désarmée et désarmante, comme l’invite le pape Léon XIV. C’est une paix qui n’impose pas, mais qui invite, qui ne combat pas, mais qui apaise.

    Au-delà de l’abolition des armes, elle doit favoriser la paix intérieure par la prière, la compassion et le dialogue. Elle doit encourager la réconciliation, la justice et l’amour, en transformant les relations humaines pour bâtir un bien-être durable. En servant les plus vulnérables et en prônant le pardon, l’Église doit montrer, sur l’exemple de Jésus-Christ, que la véritable force réside dans la capacité à aimer et à désarmer les cœurs, pour une paix profonde et durable. (cath.ch/imedia/hl/rz)

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