«Je continue à ressentir un amour identique, grand et intense» pour l’Argentine, assure le pape François dans sa nouvelle autobiographie. Espère sera publiée dans la semaine du 20 au 27 janvier 2025 dans 16 langues parmi lesquelles le français aux éditions Albin Michel.
Quatre quotidiens italiens (La Stampa, Avvenire, Il Messaggero et Il Giorno) ont publié ce 12 janvier une série d’extraits de ce livre d’entretiens avec le journaliste Carlo Musso. Le pape y revient notamment sur ses origines familiales et sur la migration de ses parents de l’Italie vers l’Argentine à la fin des années 1920.
Jorge Mario Bergoglio y dévoile plusieurs épisodes violents et traumatisants de sa jeunesse en Argentine, notamment le suicide d’un ancien camarade d’école technique, «le plus intelligent et doué de nous tous». Il avait été emprisonné après avoir tué à coup de pistolet un ami du quartier. Ses visites à ce camarade en détention constituèrent pour le futur pape sa «première expérience concrète de la prison», un lieu de détresse auquel il a accordé par la suite une grande attention dans sa vie religieuse et sacerdotale puis dans son épiscopat et son pontificat.
La force de l’humour
Le pape revient sur ses relations avec l’écrivain Jorge Luis Borges (1899-1989), qu’il a accueilli avec ses étudiants lorsqu’il était professeur de littérature et de psychologie au collège de Santa Fe. François exprime son admiration pour cet auteur atteint de cécité, qui avait fait de grands efforts physiques pour rencontrer les étudiants.
«À l’âge de soixante-six ans, il a pris un bus à Buenos Aires et a voyagé pendant huit heures, de nuit, pour atteindre Santa Fe. L’une de ces fois, nous sommes arrivés en retard car, lorsque je suis venu le chercher à son hôtel, il m’a demandé si je pouvais l’aider à se raser», raconte le pape François. Il décrit Borges comme «un agnostique qui récitait le Notre Père tous les soirs parce qu’il l’avait promis à sa mère, et qui est mort avec le réconfort religieux».
"François relève que de nombreux prêtres ont de l’humour, mais aussi les papes"
Le pape met en valeur l’importance de l’humour, en reprenant une citation de l’écrivain français Romain Gary (1914-1980). Il définissait l’humour comme «l’affirmation de la supériorité de l’être humain sur ce qui lui arrive». François explique que sa famille «a connu beaucoup d’épreuves, de souffrances, de larmes, mais même dans les moments les plus difficiles, nous avons constaté qu’un sourire, un rire, pouvaient nous donner l’énergie nécessaire pour repartir de l’avant».
Le pape revient avec amusement sur son audience du printemps dernier aux humoristes. «L’un d’eux m’a dit avec humour qu’il est bon d’essayer de faire rire Dieu… sauf que, en raison de son omniscience, il anticipe toutes vos blagues et en ruine la chute», se souvient-il. François relève que de nombreux prêtres ont de l’humour, mais aussi les papes, mentionnant notamment le sens de la répartie de ses prédécesseurs Jean XXIII et Jean Paul II.
Les blagues jésuites du pape
Le premier pape issu de la Compagnie de Jésus dit notamment apprécier les blagues sur les jésuites, qui lui rappellent «celles sur les carabiniers en Italie, ou sur les mamans juives dans l’humour yiddish».
François raconte «l’histoire d’un jésuite un peu vaniteux qui a un problème cardiaque et doit être admis à l’hôpital. Avant d’entrer dans la salle d’opération, ce jésuite demande à Dieu: 'Seigneur, mon heure est-elle venue?’ 'Non, tu vivras encore au moins quarante ans’, lui répond Dieu. Dès son rétablissement, il en profite pour se faire greffer des cheveux, lifter le visage, liposucer les paupières, les dents… bref, il en sort changé. Mais à la sortie de l’hôpital, une voiture le percute et il meurt. Dès qu’il se présente devant Dieu, il proteste: 'Seigneur, mais… tu m’avais dit que je vivrais encore quarante ans!’. Et Dieu: 'Oups, pardon… je ne t’avais pas reconnu…’».
Les enfants, «champions de la spontanéité»
Avec un grand sens de l’autodérision, le pontife s’amuse aussi à raconter la blague du «pape François en Amérique», une rocambolesque histoire dans laquelle il se met lui-même en scène, après son atterrissage à New York pour son voyage apostolique, au volant d’une limousine poursuivie et arrêtée par la police.
Le pape met en valeur la simplicité des enfants, qui «sont les champions de la spontanéité, de l’humanité, et nous rappellent que ceux qui renoncent à leur humanité renoncent à tout, et que lorsqu’il nous devient difficile de pleurer sérieusement ou de rire passionnément, c’est que notre déclin a vraiment commencé».
La Divine Providence
Le pape revient longuement sur ses racines familiales en Argentine, évoquant le naufrage du navire Mafalda dans lequel ses grands-parents et son père auraient dû embarquer. Le naufrage du «Titanic italien» fit entre 300 et 600 morts, un bilan difficile à établir compte tenu de la présence à bord de nombreux passagers clandestins.
«Mes grands-parents et leur fils unique, Mario, le jeune homme qui allait devenir mon père, avaient acheté le billet pour cette longue traversée, pour ce bateau qui est parti du port de Gênes le 11 octobre 1927, à destination de Buenos Aires. Mais ils ne l’ont pas pris», raconte le pape François. «Ils n’avaient pas réussi à vendre à temps ce qu’ils possédaient. Finalement, malgré eux, les Bergoglio ont été contraints d’échanger le billet, de repousser le départ pour l’Argentine. C’est pour cela que je suis ici. Vous ne pouvez pas imaginer combien de fois je me suis retrouvée à remercier la Divine Providence.»
Amour pour l’Argentine
François revient aussi sur ses souvenirs des naissances de ses frères et sœurs dans une «tribu familiale» très soudée. Bien que souvent critique vis-à-vis de la place des chiens et des chats qu’il juge excessive dans la vie des familles, il évoque aussi la présence d’un animal de compagnie qui a marqué son enfance: «Hurrinche, un petit chien d’une race indéfinie et indéfinissable, que nous avons baptisé du nom d’un autre chien indomptable à quatre pattes de la pampa qui avait appartenu à nos grands-parents maternels.»
François décrit l’Argentine comme «un pays jeune, né dans une plaine infinie et lointaine de l’une des colonies les plus excentrées du vaste empire espagnol, et qui a condensé son histoire complexe, tragique et merveilleuse en un peu plus de deux siècles et une poignée de générations (…) Ma patrie, pour laquelle je continue à ressentir un amour identique, grand et intense. Le peuple pour lequel je prie chaque jour, qui m’a formé, préparé et offert aux autres», ajoute le pape François. (cath.ch/imedia/cv/rz)