Le 2 avril 2025, l’Église catholique célèbrera les 20 ans de la mort de Jean Paul II, après un pontificat de près de 27 ans. Le pontife polonais, décédé après une longue agonie à l’âge de 84 ans, avait nommé Jorge Mario Bergoglio archevêque de Buenos Aires en 1998. Trois ans plus tard, sur la place Saint-Pierre de Rome, il l’avait élevé au rang de cardinal.
Dans l’ouvrage* retraçant les homélies et discours de l’archevêque argentin de 1999 à 2013 figure le sermon prononcé le 4 avril 2005 à Buenos Aires par celui qui allait devenir huit ans plus tard le nouveau pontife.
L’agence I.MEDIA publie la traduction en français de la deuxième moitié de cette homélie consacrée à la mémoire du pape Jean Paul II, un «grand champion de la cohérence».
Homélie de la messe en mémoire de Jean Paul II, Buenos Aires, 4 avril 2005:
«[…] Le Christ pense avec cohérence parce qu’il pense ce qu’il ressent et ce qu’il fait. Il ressent avec cohérence parce qu’il ressent ce qu’il pense et ce qu’il fait. Il agit avec cohérence parce qu’il accomplit ce qu’il ressent et ce qu’il pense. C’est une cohérence empreinte d’obéissance, une cohérence transparente, une cohérence qui n’a rien à cacher, une cohérence qui est pure bonté et qui vainc le mal par le bien, cohérente dans le fait de s’être offert 'pour faire ta volonté’, dit-il au Père.
Et en cette fête de l’Annonciation du Seigneur, nous rappelons un autre grand champion de la cohérence. L’écrivaine argentine dont nous avons lu un passage au début de la messe dit: avec ce champion de la cohérence «se termine le XXe siècle». Jean Paul a été simplement cohérent, il n’a jamais trompé, il n’a jamais menti, il n’a jamais esquivé.
Jean Paul a communiqué avec son peuple avec la cohérence d’un homme de Dieu, avec la cohérence de celui qui, chaque matin, passait de longues heures en adoration, et parce qu’il adorait, il se laissait harmoniser par la force de Dieu. La cohérence ne s’achète pas, la cohérence ne s’étudie dans aucune faculté universitaire. La cohérence se façonne dans le cœur avec l’adoration, avec l’onction au service des autres et avec la droiture de conduite, sans mensonges, sans tromperies, sans fausseté.
Une fois, en rencontrant Nathanaël, Jésus dit: «Voici vraiment un Israélite en qui il n’y a pas de fausseté». Je crois que nous pouvons dire la même chose de Jean Paul, le cohérent. Mais il a été cohérent parce qu’il s’est laissé façonner par la volonté de Dieu. Il s’est laissé humilier par la volonté de Dieu. Il a laissé grandir dans son âme l’attitude empreinte d’obéissance qu’eut Abraham, notre père, et après lui tous ceux qui l’ont suivi.
Nous rappelons un homme cohérent qui, une fois, nous a dit que ce monde n’a pas besoin de maîtres, mais de témoins, et le cohérent est un témoin. C’est un homme qui se laisse impliquer totalement et confirme ce qu’il prêche par toute sa vie, par sa transparence.
En ce jour de la proclamation de cette cohérence en esprit d’obéissance dans l’Incarnation du Verbe, regardons ce cohérent. Cet homme qui, par pure cohérence, s’est sali les mains, nous a sauvés d’un massacre fratricide; ce cohérent qui était heureux de prendre les enfants dans ses bras, parce qu’il croyait en la tendresse. Ce cohérent qui, plus d’une fois, a appelé les sans-abri de la place Risorgimento, pour parler avec eux et leur offrir une nouvelle condition de vie. Ce cohérent qui, lorsqu’il s’est remis après avoir subi un attentat, a demandé la permission d’aller en prison pour parler avec l’homme qui avait tenté de le tuer.
C’est un témoin. Je conclus en reprenant ses paroles: «Notre monde n’a pas besoin de maîtres, mais de témoins.» Et dans l’Incarnation du Verbe, le Christ est le témoin fidèle. Aujourd’hui, nous voyons en Jean Paul une imitation de ce témoin fidèle. Et nous rendons grâce parce qu’il a conclu sa vie ainsi, de manière cohérente, parce qu’il a conclu sa vie en étant simplement cela: un témoin fidèle.»
*Tiré de l’ouvrage paru en 2016 aux éditions Rizzoli et intitulé : Nei tuoi occhi è la mia Parola. Omelie e discorsi di Buenos Aires 1999-2013.