En Israël, la question funéraire devient un enjeu public majeur. Face à la pénurie annoncée de lieux de sépulture, diverses voix évoquent un changement des pratiques d’ensevelissement des défunts.
Le visiteur qui se rend à Jérusalem est frappé par l’immense cimetière qui occupe toute la vallée au pied du mont des Oliviers où les tombes juives s’entassent jusque dans le moindre espace.
Pour les juifs, le modèle repose aujourd’hui sur l’inhumation individuelle à perpétuité. La tombe n’est pas relevée. Le corps demeure en place et la sépulture est appelée à rester intacte. Cette pratique correspond à une conception religieuse consolidée au fil des siècles dans le judaïsme rabbinique, où le respect du mort inclut la stabilité de son lieu de repos, rappelle le site Terre Sainte.net
Autre particularité en Israël, l’inhumation est intégrée au système de sécurité sociale. Dans sa législation, l’Etat hébreu garantit à chaque citoyen une sépulture permanente à proximité de son lieu de résidence.
Or les projections démographiques montrent une augmentation rapide du nombre annuel de décès dans les décennies à venir. Dans un pays où chaque hectare compte, les terrains actuellement prévus pour des cimetières ne suffiront pas si aucune réforme n’est engagée. Depuis les années 1990 les autorités ont cherché des solutions pour éviter l’étalement des cimetières.
Revenir aux pratiques funéraires antiques?
Certains spécialistes révèlent que l’histoire juive offre un autre paysage funéraire. Autour de Jérusalem, à l’époque du Second Temple, les familles enterraient leurs morts dans des grottes creusées dans la roche. Le défunt était d’abord déposé sur un banc de pierre. Après environ un an, lorsque la décomposition était achevée, les ossements étaient recueillis et placés dans un ossuaire en pierre. Le lit funéraire pouvait alors être utilisé pour un autre membre de la famille.
À partir des premiers siècles de notre ère, cette coutume décline progressivement. La tombe devient un lieu stable appelé à ne pas être rouvert, sauf nécessité exceptionnelle.
Face à la pénurie, des spécialistes suggèrent d’examiner la possibilité de rependre la coutume antique. Une telle solution permettrait d’augmenter fortement la densité des sépultures et de préserver des surfaces dans les zones urbaines. Une autre solution économique et efficace consisterait à modifier la loi imposant l’inhumation près du domicile et à privilégier les grands cimetières en périphérie. La crémation, telle qu’elle se pratique en Occident et sur d’autre continents, ne constitue cependant pas une alternative en Israël pour des raisons culturelles et religieuses.
Le débat touche à la mémoire, au respect du mort et à la manière dont une société articule tradition religieuse et contraintes spatiales. Mais il s’agit aussi désormais d’un enjeu d’aménagement du territoire. (cath.ch/terresainte/mp)