Le procès en appel de l’affaire dite 'de l’Immeuble de Londres’ s’est ouvert au Vatican le 22 septembre 2025 par un retournement: quatre accusés condamnés en première instance en 2023, dont le cardinal Angelo Becciu, ont demandé que le promoteur de justice (équivalent du procureur) Alessandro Diddi soit dessaisi du dossier.
Alessandro Diddi est visé depuis un certain temps par des accusations invoquant un manque d’impartialité. Il a été invité à présenter ses réponses sous trois jours et a quitté la salle en attendant la transmission du dossier en cour de cassation. La prochaine audience est prévue le mardi 23 septembre.
L’affaire de 'l’immeuble de Londres’ a pour objet la gestion des ressources financières de la Secrétairerie d’État entre 2013 et 2020, notamment l’achat d’un immeuble londonien (au 60 de Sloane Avenue) qui aurait entraîné de lourdes pertes pour le Saint-Siège, estimées entre 139 et 189 millions d’euros par le promoteur de justice. Près de deux ans après le verdict qui avait condamné neuf personnes, cette affaire a franchi une nouvelle étape avec l’ouverture du procès en deuxième instance.
René Brühlart fait appel
Pour ce deuxième volet, tous les condamnés ont fait appel, à savoir le cardinal Becciu, les banquiers Gianluigi Torzi, Raffaele Mincione et Enrico Crasso, l’ancien employé de la secrétairerie d’État Fabrizio Tirabassi, l’experte en «diplomatie informelle» Cecilia Marogna, l’avocat Nicola Squillace, l’ancien président de l’Autorité de surveillance et d’information financière (ASIF), le Fribourgeois René Brülhart, et son ancien bras droit Tommaso Di Ruzza.
Les accusés ont fait appel non seulement de la sentence, mais aussi des quinze ordonnances émises par le Tribunal entre 2022 et 2023. Ils estiment que «les dispositions auraient accordé de larges pouvoirs au bureau de l’accusation concernant les enquêtes, la collecte des preuves, les expertises techniques, entraînant ainsi des violations du principe de l’égalité des parties dans le procès et d’autres garanties prévues par les principes du soi-disant procès équitable».
L’APSA pas sur la liste
Du côté des parties civiles, seul l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) a fait appel, contestant «une quantification erronée du préjudice patrimonial et d’image subi». Le promoteur Alessandro Diddi a fait appel, estimant que certains chefs d’accusation avaient été écartés à tort par le juge Giuseppe Pignatone. En revanche, l’ancien secrétaire du cardinal Becciu, Mgr Mauro Carlino, qui avait été acquitté, tout comme la secrétairerie d’État, l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA) – la banque publique du Vatican – et l’ASIF n’ont pas fait appel.
La demande de retrait d’Alessandro Diddi
Quatre personnes sur le banc des accusés, le cardinal Angelo Becciu, Raffaele Mincione, Fabrizio Tirabassi et Enrico Crasso – tous présents – ont présenté à la cour une «requête d’abstention et une déclaration de récusation du promoteur de justice». En 2022 déjà, la publication de messages téléphoniques entre Francesca Immacolata Chaouqui, une lobbyiste et ancienne employée du Vatican condamnée en 2014 dans le cadre de l’affaire 'Vatileaks 2’, et une amie proche de Mgr Alberto Perlasca, employé de la secrétairerie d’État convoqué comme témoin en première instance, avait jeté une ombre sur la probité du promoteur. La lobbyiste affirmait être en contact avec lui notamment pour incriminer le cardinal Becciu dans l’affaire financière.
Manque de transparence?
Le cardinal Angelo Becciu avait déclaré en avril dernier que ces conversations démontraient que le procès – au terme duquel il a été condamné à cinq ans et demi de prison pour détournement de fonds publics – était le fruit d’une «enquête fabriquée de toutes pièces». Le prélat sarde avait mis directement en cause les dysfonctionnements de la justice vaticane, notamment au sein du Bureau du promoteur de justice Alessandro Diddi.
Dès le début du procès, tous les accusés ont pointé du doigt le manque de transparence de la procédure juridique. Raffaele Mincione a même déposé une plainte auprès des Nations unies pour protester contre le fonctionnement de la justice vaticane.
Ce matin dans la nouvelle salle du Tribunal, le juge de seconde instance du Vatican, Mgr Alejandro Arellano Cedillo, a reconnu l’admissibilité de la requête des quatre accusés demandant le départ d’Alessando Diddi. Le président a demandé que la chancellerie transmette d’ici trois jours son ordonnance d’admissibilité et les éventuelles réponses d’Alessandro Diddi à la Cour de cassation. Actuellement présidée par le cardinal Kevin Farrell, et composée des cardinaux italiens Lojudice, Zuppi et Gambetti, la cour de troisième instance vaticane devra décider du maintien du magistrat ou non.
Alessandro Diddi quitte la salle d’audience
En réponse, Alessandro Diddi a assuré de son intention de se défendre «d’une série d’insinuations» dirigées contre lui, et de «dissiper les doutes qui, ces derniers mois, ont été soulevés sur la conduite des enquêtes». Le pénaliste italien de 60 ans a aussi espéré «qu’il n’y aura pas de pressions». Avant d’assurer: «Je représente l’accusation en vertu de la loi, je ne suis pas ici par désir personnel.»
Le promoteur de justice a annoncé se retirer de l’audience et laisser la Cour statuer sur la poursuite de la procédure. Après délibération, le jury a décidé de poursuivre l’audience sans le promoteur, qui a été suppléé par ses collaborateurs, comme cela est possible lorsqu’il n’y a pas de question urgente à traiter. La Cour a alors entendu une longue reconstruction de la première instance, dont le verdict a été rendu en décembre 2023 après deux ans et demi de procès.
L’audience a été par la suite renvoyée au lendemain 23 septembre. En marge de l’audience, Raffaele Mincione a confirmé aux journalistes avoir reçu de la secrétairerie d’État la somme de 3,5 millions d’euros. Le 2 mai dernier, la Haute Cour commerciale d’Angleterre et de Galles avait demandé au Saint-Siège de rembourser la moitié de ses frais légaux à l’homme d’affaires, qui s’élevaient à près de 8 millions d’euros. (cath.ch/imedia/ak/rz)