La conférence épiscopale du Ghana (GCBC) a dénoncé des contenus à caractère LGBT, découverts dans les manuels d'enseignement scolaire destiné aux professeurs, soulignant qu’ils sont «incompatibles» avec les valeurs culturelles et morales du pays.
L’ouvrage concerné par les critiques de l’Eglise était destiné aux professeurs pour les élèves en deuxième année du lycée (gymnase, en Suisse). Il portait sur «la santé sexuelle et reproductive et son impact sur la santé et le bien-être». Pour les évêques, cet enseignement a des «définitions et concepts incompatibles» avec ceux du Ghana, sur la personne humaine, les plans culturel, biologique et moral. Le manuel a été retiré par le ministère de l’Education nationale.
Depuis 2021, l’Eglise catholique du Ghana est au front pour contrer l’influence grandissante de l'homosexualité et de la culture gay dans le pays. En juillet 2023, le parlement local avait adopté un projet de loi sur la promotion des droits sexuels humains et des valeurs familiales qui criminalisent l’homosexualité (voir encadré). L’Eglise catholique et les autres confessions religieuses (l'islam, et les différentes Eglises chrétiennes), ainsi que des organisations de la société ont joué un rôle déterminant dans ce processus.
Selon le site d’information businessghana, la confusion tient à une définition spécifique du manuel de l'enseignant d'éducation physique et de santé. Il s'agit un guide supplémentaire élaboré en 2024, pour aider les professeurs des lycées à enseigner un nouveau programme sur la santé et l’éducation physique de 2023. Il explique, dans son point 2, «les termes courants des concept liés aux sentiments, pensées, attirances, et comportement sexuels envers autrui». Ils comprennent l’admiration, le comportement et l’identité sexuels».
La partie la plus controversée porte sur «l’identité de genre», est expliquée par «référence à l’expérience interne profondément ressentie par une personne en matière de genre qui peut ou non correspondre au sexe assigné à la naissance. Elle peut inclure le fait d’être un homme, une femme ou un mélange des deux. Ce concept va au-delà de la notion binaire de genre (homme et femme) et reconnait la diversité des expériences et des expressions de genre».
"Profonde préoccupation"
Dans un communiqué, signé du président de la Conférence des évêques catholiques du Ghana (Ghana catholics bishops conference - GCBC), Mgr Matthew Kwasi Gyamfi, évêque de Sunyani (Ouest), les évêques ont exprimé leur «profonde préoccupation» pastorale pour la formation morale, culturelle et spirituelle des enfants et des jeunes, réclamant un «examen approfondi et un audit» du processus national d'élaboration des programmes scolaires.
«Nous, les évêques catholiques du Ghana, réaffirmons notre engagement indéfectible envers l'intégrité morale et intellectuelle du système éducatif de notre nation. L'éducation ne vise pas seulement à former des travailleurs qualifiés. Elle vise aussi à former des citoyens intègres, guidés par leur conscience, enracinés dans la vérité et dévoués au bien commun. La force du Ghana réside dans sa vénération de Dieu, son respect de la famille et son attachement à la communauté. Ces valeurs doivent continuer à façonner l'apprentissage de nos enfants, tant dans les contenus que dans les méthodes d'apprentissage» ont-ils notamment indiqué dans le communiqué.
La Commission nationale pour les programmes scolaires et l'évaluation (National council for curriculum and assessment - NaCCA) qui a avait élaboré l’ouvrage a précisé que le gouvernement ghanéen n'a pas «l'intention de promouvoir ou d'introduire des contenus LGBTQ à quelque niveau que ce soit, dans le système éducatif».
Dans une déclaration de son Directeur général adressée au public, Prof. Samuel O. Ofori Bekoe, elle a indiqué que le programme d'éducation du Ghana «reste ancré dans les valeurs socio-culturelles, les principes constitutionnels et les objectifs de développement, axés sur l'enfant». (cath.ch/ibc/bh)
Le texte sur les droits sexuels humains et valeurs familiales ghanéennes a été adopté en première lecture, le 5 juillet 2023 par l’ancienne législature et lors des dernières étapes du processus d’approbation. Ses adversaires le contestent estimant qu’il violerait leurs droits. Les textes prévoientt notamment des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à dix ans pour les personnes qui encouragent les relations homosexuelles. Les personnes qui s’identifient comme lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexués, queers (LGBTQIA+) pourraient également être emprisonnées pour une durée de trois à cinq ans. Le projet vise en outre à retirer les services de santé à la communauté gay, y compris les médicaments contre le VIH sida.
Le projet de loi a aussi été combattu par des partenaires occidentaux du pays: Union européenne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, ancienne puissance colonisatrice. L’Ambassadrice des États-Unis au Ghana, Virginia Palmer, l’a considéré comme «discriminatoire» et «incompatible avec la tradition de société accueillante et tolérante» du Ghana. Elle a aussi estimé que son adoption ferait fuir les investisseurs. IBC