Ces dernières années, les capucins ont dû abandonner de nombreux couvents. Niklaus Kuster ofm (62 ans) a ainsi déménagé d’Olten à Rapperswil - sans trop d’émotions. «Une vie monastique ne fait pas partie de l’ADN de notre vocation», explique le capucin, souvent en pèlerinage.
Regula Pfeifer, kath.ch / traduction et adaptation Lucienne Bittar
Dans Neues Leben in alten Mauern (Une nouvelle vie dans de vieux murs), un livre collectif qui vient de paraître en allemand, contenant les actes de colloques sur l’avenir des monastères tenus à l’Université de Lucerne en 2022 et 2023, le Frère capucin Niklaus Kuster s’exprime avec recul sur la mort des couvents.
On a l’impression que la disparition de monastères ne vous dérange pas plus que ça. Est-ce le cas?
Niklaus Kuster: Pas tout à fait, je dis que l’existence d’un monastère a plus ou moins de poids dans la vie des moines et moniales selon le charisme spirituel de leur communauté. Pour ceux qui partent du principe que le monastère où ils entrent sera désormais leur seul lieu de vie, le fait que celui-ci reste viable ou non a une grande importance. La situation d’un moine entré très jeune au monastère bénédictin de Mariastein, dont l’avenir communautaire est incertain, est très différente de la mienne, capucin.
En quoi est-ce si différent?
François d’Assise, dont les capucins et franciscains se réclament, a vécu sa vocation, son charisme, sans monastère. Les monastères franciscains ne sont apparus que plus tard. Pour nous, ce n’est donc pas un grand drame si nous devons abandonner un couvent. Cela ne fait pas partie de l’ADN de notre vocation.
Vous-même avez dû faire vos adieux au couvent d’Olten.
Oui, j’y ai vécu 17 ans. Le départ est moins émotionnel pour nous, les frères, si le lieu reste entre de bonnes mains et accessible. Le couvent d’Olten appartient au canton, et son église et son jardin sont maintenus accessibles, avec amour, par une association. Quelque chose de notre esprit continue à vivre dans le couvent où nous avons vécu pendant 400 ans.
Que se passe-t-il dans les autres anciens couvents capucins?
Ceux d'Altdorf et de Dornach sont aujourd’hui des monastères culturels. À Näfels, des franciscains vivent notre charisme. À Arth, une communauté syrienne-orthodoxe s’est installée et fait du monastère le centre vital de son Église de diaspora. À Zoug, vit la nouvelle communauté des Béatitudes. Des sœurs, des frères et des personnes mariées y vivent ensemble dans la même communauté.
Nous préférons retourner dans ces lieux plutôt qu’à Soleure, où le monastère se délabre peu à peu depuis des années. Ce qu’il advient de nos monastères ne m’est donc pas totalement indifférent.
Nous nous efforçons de transmettre nos monastères de manière à ce que quelque chose de ce qui a été vécu pendant des siècles perdure. Les lieux de vie doivent si possible rester vivants. Souvent, la population locale y est attachée. À Olten, elle a considérablement au maintien de notre présence. Lorsque nous partons, la tristesse de la population est parfois plus grande que la nôtre."
Vos confrères voient-ils cela avec la même ouverture que vous?
En principe, oui. En tant que frères, nous avons des structures démocratiques. Nous avons toujours discuté dans nos chapitres provinciaux de la manière dont nous devions gérer la diminution de notre communauté en Suisse. Nous avons déterminé ensemble notre orientation générale.
"Lorsque nous partons, la tristesse de la population est parfois plus grande que la nôtre."
Reste que les octogénaires et les nonagénaires sont plus touchés par le déclin de nos monastères que les capucins de ma génération, ceux qui sont entrés dans les années 1980 ou 1990. À l’époque, la province était déjà en train de rétrécir. Nous ne connaissons donc rien d’autre. C’était clair pour nous: la vie religieuse a toujours un sens, mais elle attire moins. La différence d’âge donne un autre état d’esprit.
Comment atténuer les craintes de ‘perte’ dans la communauté?
Notre objectif commun est d’avoir des communautés viables. Les communautés offrent plus de soutien que n’importe quel mur ou bâtiment. Dans ce sens, l’ancrage ne se perd pas lorsque nous abandonnons un monastère. De plus, nous, les frères franciscains, changeons de communauté tous les deux ans. Un changement n’a donc rien d’inhabituel pour nous. Nous sommes différents des moines qui passent toujours leur vie au même endroit.
Quel est le rapport entre votre vie religieuse et le pèlerinage?
C’est écrit dans l’épître de Pierre: nous sommes tous des pèlerins et des hôtes de ce monde. Saint François l’a ensuite inscrit dans la règle de l’ordre. Sainte Claire aussi d’ailleurs, bien qu’elle ait vécu de manière sédentaire. Les frères et les sœurs doivent vivre là où ils habitent comme dans une auberge.
"Le départ est toujours une promesse. On fait l’expérience, corps et âme, que son bonheur ne dépend pas d’un lieu précis."
Je suis moi-même un pèlerin passionné. Je passe mes vacances sur des chemins de pèlerinage. J’accompagne aussi des groupes de pèlerins. Pour moi, le pèlerinage est une expérience forte. Le pèlerin doit toujours repartir, même s’il se plaît beaucoup à un endroit donné. Le pèlerinage est un appel. C’est une bonne école de vie. Le départ est toujours une promesse. On fait l’expérience, corps et âme, que son propre bonheur ne dépend pas d’un lieu précis, qu'il y a d’autres lieux fascinants. C’est une parabole et elle signifie: reste en route, intérieurement encore plus qu’extérieurement.
Avez-vous pris beaucoup de bagages avec vous à Zurich?
Je me suis effectivement demandé quoi emporter, ce dont j’avais besoin et ce qui n’était pas indispensable. À Olten, j’avais une chambre deux fois plus grande qu’ici à Rapperswil. J’étais conscient que je ne pouvais emporter que la moitié de ce que j’avais. On s’entraîne à cette restriction en faisant son sac à dos pour le pèlerinage. Lors d’un déménagement, on applique la même chose mais à plus grande échelle. Même si la chambre est petite ici, la vue sur le lac de Zurich est dix fois plus belle! (cath.ch/kath.ch/rp/lb)