Mgr Frank Leo, 53 ans, archevêque de Toronto, est présenté par la presse canadienne comme le plus jeune archevêque du Canada à la tête du plus grand archidiocèse. Cet enseignant et pasteur soucieux d’une approche sans idéologie, connaisseur de la diplomatie vaticane, sera l’un des quatre cardinaux canadiens électeurs en cas de conclave.
Né le 30 juin 1971 à Montréal dans une famille d’immigrés italiens ayant réussi dans le commerce du textile, Francis Leo, dit «Frank», a grandi dans un environnement catholique – paroisse, scoutisme… – où il a senti l’appel à devenir prêtre à l’âge de 15 ans. Il est entré au grand séminaire de Montréal en 1990 et a été ordonné prêtre pour l’archidiocèse le 14 décembre 1996. Après son ordination, il a d’abord assumé diverses charges en paroisse et comme enseignant de religion.
La Chine de près
En 2006, à l’invitation du nonce apostolique dans le pays à l’époque, Mgr Luigi Ventura, le Père Leo a rejoint l’Académie pontificale ecclésiastique, l’école des nonces, chargée de former les diplomates du Saint-Siège. Un choix qui n’a pas été sans hésitation, a-t-il confié, puisqu’il lui fallait quitter une vie pastorale à laquelle il était attaché. Il a alors étudié le droit canonique, la diplomatie et le droit international.
En 2008, ce polyglotte – il parle anglais, français, italien et espagnol – est entré au service diplomatique du Vatican. Il a travaillé à la nonciature apostolique d’Australie et à la Mission d’étude à Hong Kong en 2011-2012. «Cela m’a permis de découvrir la Chine […]. J’ai eu un petit aperçu des difficultés, des défis que représente le fait d’être chrétien en Chine», a-t-il confié au magazine America.
Il choisit ensuite de ne pas franchir les échelons pour devenir nonce – ambassadeur – mais de retourner au Canada pour prendre la direction du séminaire de Montréal. Il enseigne également dans divers instituts de théologie et de philosophie au Canada et aux États-Unis. En 2013, le prêtre, titulaire d’un doctorat en théologie mariale et qui professe son attachement personnel à la figure de la Vierge Marie, a fondé la Canadian Mariological Society, dont il est président.
Dans la tourmente des pensionnats autochtones
De 2015 à 2021, il a été secrétaire de la Conférence épiscopale canadienne. À ce poste, il est confronté à la période délicate du scandale des abus perpétrés par des communautés religieuses dans les pensionnats pour autochtones. Les évêques du Canada sont dans un premier temps divisés sur l’opportunité d’une demande de pardon de l’Église, avant de parvenir à un consensus qui aboutira au voyage pénitentiel du pape François en juillet 2022.
C’est dans ce contexte que Mgr Leo est choisi pour être vicaire général de Montréal en 2022. Il est nommé évêque auxiliaire du diocèse la même année par le pape François. Consacré évêque le 12 septembre, il choisit pour devise les paroles de la Vierge Marie à propos de Jésus: «Faites tout ce qu’il vous dira».
Quelques mois plus tard, le 11 février 2023, le pontife lui confie l’archidiocèse de Toronto, où il prend la place du cardinal Thomas Christopher Collins. Il se retrouve donc à la tête du plus vaste diocèse du Canada, une réalité composite comptant quelque deux millions de catholiques et 400 prêtres célébrant dans plus d’une trentaine de langues, sur 225 paroisses.
Un pasteur qui refuse «l’idéologie»
Dans sa pastorale d’évêque, Francis Leo plaide pour une approche soucieuse de la «réalité humaine», confessant son refus de «l’idéologie» déconnectée des difficultés des fidèles. Dans une société très sécularisée, où la voix de l’Église est peu entendue sur les questions de bioéthique, il n’hésite pas à dénoncer l’avancée de l’euthanasie – légalisée en 2016 – et à promouvoir une alternative avec les soins palliatifs.
Mgr Leo a travaillé comme juge au Tribunal d’appel du Canada. Il est proche de la spiritualité des dominicains, dont il est membre du tiers-ordre, et est engagé au sein de diverses organisations tournées vers l’Orient et l’histoire – notamment en tant que chancelier de l’Institut pontifical d’études médiévales de Toronto, membre du conseil d’administration de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) du Canada, grand prieur de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et aumônier au sein de l’Ordre souverain militaire de Malte.
Après le consistoire du 7 décembre, en cas de conclave, il sera l’un des quatre cardinaux électeurs canadiens – avec Gérald Cyprien Lacroix, Michael Czerny et Thomas Christopher Collins – chargés d’élire le prochain pape. (cath.ch/imedia/ak/rz)