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    Secourir les personnes «abandonnées sur les flots» est «un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation», a affirmé le pape à Marseille © Vatican Media

    François en Corse: l’itinéraire d’un pape méditerranéen

    Depuis son premier déplacement en 2013 à Lampedusa, le pape François a largement sillonné le bassin méditerranéen, «miroir du monde» qui concentre tous les défis de l’humanité, avait-il lancé à Marseille en septembre 2023. Le nouveau déplacement du pape à Ajaccio marque la poursuite du «pèlerinage méditerranéen» de ce pontife qui a considérablement renforcé le nombre de cardinaux électeurs provenant de cette région.

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    8 juillet 2013, le pape François n’est installé sur le trône de Pierre que depuis quatre mois qu’il décide de se rendre sur la petite île italienne de Lampedusa pour «pleurer les morts» de l’immigration. Face à la mer, après un long moment de recueillement, il jette une couronne de fleurs à la mémoire des milliers de personnes noyées dans la Méditerranée, une mer devenue un «grand cimetière». De 2014 à aujourd’hui, près de 30'0000 migrants sont morts en Méditerranée.

    Après Lampedusa, les rencontres avec les migrants et réfugiés sont presque devenues une norme des déplacements du pape François dans la région. À Malte (2022), en Grèce (2021 et 2016), à Chypre (2021) ou au Maroc (2019), à chaque fois le pape tient à rencontrer des personnes déplacées pour mettre des visages sur le drame des migrants. Il en est de même à Marseille, en septembre 2023, où il lance devant la mer un appel à un sursaut d’humanité. Secourir les personnes «abandonnées sur les flots», prévient-il, est un «devoir de civilisation».

    À Ajaccio, une rencontre du pape avec des migrants n’est pas au programme officiel. Mais la thématique devrait être bien présente à l’occasion de ses discours. «Il est probable que les sujets de crise et de conflit dans l’espace méditerranéen auront une place dans les mots du pape», a d’ailleurs indiqué ce 12 décembre Matteo Bruni, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège.

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    La Grande bleue, une vocation à la fraternité

    Au long de son pontificat, le pape François a tissé les lignes d’une «théologie de la Méditerranée». Pour le père Patrice Chocholski, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée, c’est à Naples, en 2019, que le pape François a donné la matrice de sa pensée méditerranéenne. «À Naples, le pape a demandé d’abandonner le confort des rives pour aller habiter l’inconfort des vagues du dialogue. Il a exposé les principes de cette théologie : l’accueil, l’écoute, le dialogue et la miséricorde», explique celui qui est à la tête d’un institut fondé en 1992 par un certain Jean-Marc Aveline.

    Nommé plus tard archevêque de Marseille, le cardinal Jean-Marc Aveline est devenu sous le pontificat de François l’un des grands artisans de ce dialogue entre les rives. C’est lui qui travaille au projet d’une «conférence ecclésiale pour la Méditerranée» et qui a récemment lancé l’idée d’un Synode spécial sur cette région du monde.

    Un an après Naples, souhaitant appuyer de tout son poids des initiatives de fraternité entre les rives, François s’était rendu à Bari pour les premières Rencontres méditerranéennes. Il s’agissait alors d’encourager les échanges entre les évêques des pays concernés réunis pour réfléchir aux fractures de la région.

    En se rendant à Marseille en 2023, le chef de l’Église catholique, convaincu par le cardinal Aveline, a relancé le mouvement des Rencontres méditerranéennes après le coup d’arrêt marqué par une édition 2022 à Florence décevante – le pape avait annulé au dernier moment sa participation.

    Dans la cité phocéenne, le pape François justifiait ainsi son très fort engagement pour la Méditerranée: «cette mer, environnement qui offre une approche unique de la complexité, est un 'miroir du monde', et elle porte en elle une vocation mondiale à la fraternité, unique voie pour prévenir et surmonter les conflits».

    Selon nos informations, la prochaine édition des Rencontres méditerranéennes devrait avoir lieu en 2026, à Alexandrie (Égypte). Il est certes trop tôt pour envisager un déplacement du pape à cette occasion. Mais cet événement qui se déroulerait pour la première fois sur la rive sud de la Méditerranée serait évidemment de nature à tenter le pontife argentin de s’y rendre.

    Les cardinaux méditerranéens de François

    Y a-t-il un réseau des cardinaux de la Mare Nostrum? En amont de la visite du pape à Marseille, le cardinal Aveline avait confié partager une certaine proximité avec des cardinaux de l’arc méditerranéen tels que Mario Zuppi (Bologne), Cristobal Lopez Romero (Rabat) ou bien encore Juan José Omella (Barcelone).

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    Depuis, de nouveaux profils méditerranéens ont été intégrés dans le collège chargé d’élire un pape en cas de conclave. L’an passé, l’évêque d’Ajaccio, François Bustillo, y a fait son entrée, tout comme le patriarche latin de Jérusalem, l’Italien Pierbattista Pizzaballa.

    Le consistoire du 7 décembre dernier renforce la tendance puisque le pape François a créé deux cardinaux dont les diocèses sont directement bordés par la mer: Jean-Paul Vesco à Alger et Domenico Battaglia à Naples. Trois autres sont géographiquement très concernés par les enjeux méditerranéens: Baldassare Reina à Rome, Roberto Repole à Turin et Ladislav Német à Belgrade. Enfin, à la Curie romaine, Fabio Baggio, sous-secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral, est un spécialiste des questions migratoires.

    Est-ce pour la Méditerranée que le pape les a choisis? «C’est sans doute un élément de réponse parmi d’autres», confiait récemment Jean-Paul Vesco à I.Media. « Ces cardinaux, chacun à leur manière, sont imprégnés de cette théologie de la méditerranée », commente le père Chocholski.

    Actuellement, 18% des cardinaux électeurs sont directement sensibilisés aux enjeux de la région, si l’on compte les 5 cardinaux de la Curie romaine régulièrement amenés à se pencher sur les problématiques méditerranéennes. (cath.ch/imedia/hl/gr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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