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    F. Bustillo, le cardinal atypique qui a réussi à faire venir le pape en Corse

    À 56 ans, le cardinal François Bustillo accueille, le 15 décembre 2024, le pape dans son diocèse d’Ajaccio. Une première pour cette île enthousiasmée par le dynamisme pastoral et la liberté de son jeune évêque ouvert au débat sur l’autonomie. Portrait de cet homme atypique qui détonne dans le paysage de l’Église et irrite certains politiques.

    Il y a encore cinq ans, personne ne connaissait le nom de François Bustillo, frère franciscain alors supérieur d’un couvent à Lourdes. Devenu en deux ans évêque de Corse (2021) puis cardinal (2023), le visage de cet évêque natif d’Espagne fait désormais la Une des magazines et sa voix chantante colore les plateaux de télévision et les studios de radio.

    En annonçant il y a quelques semaines la nouvelle de la venue du pape en Corse, le cardinal Bustillo a déclenché une vague d’émotions et de ferveur sur l’île de Beauté, qui recevra le temps d’une journée un coup de projecteur inespéré en cette fin d’année 2024.

    Il faut dire que jamais les papes ne se déplacent à cette période de l’année. Le dernier voyage d’un pontife après un 8 décembre remonte à celui de Paul VI à Florence, en 1966. D’ordinaire, les successeurs de Pierre préfèrent rester à Rome pour vivre l’Avent et se préparer aux célébrations de Noël.

    Un “franc-tireur”

    «Le colloque auquel le pape va participer aurait très bien pu être décalé à une date moins problématique», souffle une source romaine impliquée dans la logistique du déplacement. À Rome comme dans l’Hexagone, la proximité de cette visite en Corse avec l’inauguration sans le pape de Notre-Dame de Paris a provoqué de l’étonnement et du scepticisme, tant dans la sphère catholique que politique.

    «Le cardinal Bustillo est un franc-tireur», commente un autre observateur romain. Même son de cloches chez les évêques français qui, pour la plupart, ont appris la nouvelle d’un voyage du pape lors de l’assemblée plénière à Lourdes de novembre. «Nous avons été surpris, une fois de plus», confiait ainsi à l’agence I.MEDIA un évêque avec une pointe de lassitude, tandis que les retards dans l’annonce officielle du voyage manifestaient des “couacs” dans l’organisation et des tensions entre Paris et Rome.

    "Pendant ses années à Toulouse, il perfectionne son français, qu’il parle avec l’accent chantant du sud-ouest"

    Pour dégonfler la polémique, l’évêque d’Ajaccio s’est efforcé de ne pas opposer la réouverture de Notre-Dame avec la venue du pape dans son diocèse. «Il faut mettre en valeur ces deux événements merveilleux qui viennent à la fin d’une année compliquée pour le pays sur le plan politique et social», insistait-il auprès d’I.MEDIA, regrettant les propos et pensées de certains.

    Déroulant ensuite la position du Saint-Siège – martelée par le nonce apostolique en France -, François Bustillo assurait: «Au centre, à Paris, il y a d’abord la réouverture de Notre-Dame […]. Et en périphérie, en Corse, la venue du pape. Ce sont deux événements fédérateurs, d’unité, qui doivent rassembler les gens et apaiser les esprits».

    “Bustillo Mania”

    En Corse, ces derniers jours, on ne tarit pas d’éloges pour ce jeune évêque qui a persuadé le pape de venir. «Il plaît, non parce qu’il est basque, mais parce qu’il aime les gens», assure Thibault Carli, diacre de 35 ans dans le village de Moltifao. «Il est tellement comme nous; et s’il y a une culture corse, il en est l’exemple», insiste-t-il.

    «Le cardinal visite plus la Corse que n’importe quel homme politique», renchérit Christian Andreani, membre de la confrérie de Saint-Martin de Patrimonio. «Il est exceptionnel, mais il faut faire attention à la mythification», avertit cependant Jean Martin Mondoloni, chef du groupe de droite à l’Assemblée de Corse. Cette adhésion spontanée du peuple corse pour l’étoile montante de l’épiscopat français trouve sans doute des racines dans le profil atypique de cet évêque qui n’est pas originaire de l’Hexagone.

    La vocation d’un disciple de saint François

    François-Xavier Bustillo est en effet né en 1968 à Pampelune en Espagne. Il grandit dans une famille catholique: aîné de quatre enfants, son père est militaire. Sa famille, confiera-t-il plus tard, a «nourri» sa foi et lui en a transmis la «solidité», faisant grandir en lui, dès son plus jeune âge, sa vocation.

    À dix ans, il rejoint le petit séminaire franciscain de la vallée de Baztan, à proximité d’Espelette, dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais ses motivations ne sont à l’époque «pas mystiques»: il est simplement séduit par l’organisation de camps d’été que proposent ce nouvel établissement.

    L’exemple des autres frères le mène à rejoindre le noviciat des Frères mineurs conventuels, les «cordeliers», à Padoue, en 1985. Il ne reviendra que rarement chez lui, uniquement pour quelques jours de vacances. Dans la ville de saint Antoine, auquel il est très attaché, le jeune novice apprend à vivre en suivant une règle, s’émerveillant de rencontres avec des missionnaires du monde entier.

    Alors qu’il suit cinq années de formation théologique, il envisage un temps de partir en Afrique. En 1992, il devient profès solennel et s’engage définitivement dans l’Ordre. Il rejoint alors Toulouse, pour poursuivre ses études au sein de l’université catholique, avec une maîtrise de théologie qu’il obtient en 1997. Entre-temps, il devient diacre en 1993 et est ordonné prêtre l’année suivante à Pampelune, sa ville de naissance, par le cardinal Fernando Sebastian Aguilar. Pendant ses années à Toulouse, il perfectionne son français, qu’il parle avec l’accent chantant du sud-ouest.

    Apostolat en terre déchristianisée

    Après son ordination, il est envoyé avec deux autres frères pour rouvrir le couvent Saint-Bonaventure à Narbonne, haut lieu de son Ordre, où il s’installe. En plein pays cathare, dans lequel il a la charge de plusieurs paroisses, il est frappé par l’anticléricalisme ambiant, qu’il perçoit comme un défi à relever. Il a souvent recours au dialogue par le sport – il pratique le tennis et s’intéresse au volley et au rugby. Il est membre du conseil épiscopal de son diocèse de Carcassonne-Narbonne entre 2007 et 2018.

    "L’évêque se réjouit de la 'belle amitié' qu’il a réussi à nouer avec la population"

    Entre 2006 et 2018, il exerce la charge de provincial des Frères franciscains conventuels de France et de Belgique. En 2018, il déménage pour devenir gardien du couvent Saint-Maximilien-Kolbe à Lourdes. Il se retrouve par ailleurs chargé par l’évêque, Mgr Nicolas Brouwet, de la protection des mineurs et des personnes vulnérables du diocèse de Tarbes et Lourdes, et est nommé une nouvelle fois membre du conseil épiscopal.

    Ascension spectaculaire

    Le “déclic”, dans la trajectoire du franciscain se situe en 2021. Cette année-là, il publie La vocation du prêtre face aux crises: La fidélité créatrice (Nouvelle Cité), un ouvrage traduit en italien que le pape François va lire et offrir aux prêtres du diocèse de Rome lors de la messe chrismale en 2022.

    Entre-temps, le pontife a décidé d’en faire l’évêque d’Ajaccio. La raison du choix singulier de nommer un natif d’Espagne pour la Corse se trouve sans doute dans le travail du nonce apostolique à Paris, Mgr Celestino Migliore. Selon nos informations, il aurait été séduit par un texte du franciscain lu dans une revue au moment du confinement. «Il y a eu un dossier, et c’est allé très vite», souffle un bon observateur.

    François Bustillo est ordonné évêque par le futur cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, dans la cité impériale le 13 juin 2021. En Corse, sa nomination fait vite l’unanimité. «Il est partout, à toutes les fêtes locales et il a très vite rencontré tous les prêtres… Cela plaît, et on a vite oublié qu’il n’est pas né ici», raconte un curé de son diocèse à I.MEDIA. L’évêque, qui parcourt son diocèse sans relâche, se réjouit de la «belle amitié» qu’il a réussi à nouer avec la population. Il s’est notamment fait un soutien sans faille de la redécouverte du riche patrimoine chrétien de l’île en encourageant le chant polyphonique et les confréries.

    Homme de médias et de réseaux

    Le choix inattendu du pape François de créer cardinal ce tout jeune évêque en juillet 2023 est la source d’une immense fierté parmi les Corses. Ils étaient plus de 800 à l’accompagner à Rome pour célébrer cet événement – la création du premier cardinal-évêque d’Ajaccio. «Nous espérons seulement qu’il restera longtemps chez nous», confiaient alors à I.MEDIA plusieurs Corses.

    "Le cardinal Bustillo s’est vite attiré la sympathie des milieux autonomistes"

    Au moment du consistoire, le nouveau cardinal signe un livre portant sur la vocation épiscopale. Signe des réseaux qu’il constitue à Rome, le livre, préfacé par le pape, est co-écrit avec Mgr Peña Parra, le puissant substitut de la secrétairerie d’État, et l’éditeur du cardinal Sarah, Nicolas Diat.

    Pendant les mois qui suivent son cardinalat, François Bustillo multiplie les entretiens avec la presse en France, apparaissant notamment en première page de Paris Match. Très accessible, il insiste dans ces interventions sur l’importance pour l’Église de trouver sa place dans la vie des gens, en assumant pleinement la force de son message évangélique. Trois ans après la sortie du rapport de la Ciase sur les abus commis dans l’Église de France, la parole de ce pasteur marque une forme de renouveau pour les catholiques français qui apprennent à le découvrir au fil de conférences, d’entretiens aux médias ou de livres.

    Les liens avec le milieu politique

    Contrairement à ses prédécesseurs venus de métropole, le cardinal Bustillo s’est vite attiré la sympathie des milieux autonomistes en se disant favorable à une plus grande autonomie politique et culturelle de l’île. Sa stature et sa parole rassembleuse lui valent d’être fortement courtisé par les différentes mouvances politiques de Corse. À la presse, il explique volontiers qu’en tant qu’Espagnol ayant vécu en Italie – deux pays où l’autonomie des régions existe – il ne perçoit pas cette question comme «un tabou, ni comme quelque chose de compliqué».

    En mars dernier, alors que l’Assemblée de Corse adoptait un projet constitutionnel pour une autonomie de l’île, le cardinal Bustillo ne s’y est pas opposé, y voyant même l’occasion d’apporter la paix sans porter atteinte à l’unité de la nation française. Une position qui irrite certains responsables à Paris. Ainsi, lors d’un déjeuner en mai dernier avec des sénateurs autour du cardinal Bustillo, Bruno Retailleau, alors sénateur – et qui pourrait rester ministre de l’Intérieur sous le nouveau gouvernement Bayrou -, avait fait part de son grand désaccord avec l’évêque d’Ajaccio. Il voyait dans ce projet d’autonomie une constitutionnalisation du «communautarisme dans un pays déjà archipellisé». Ironie de l’histoir: l’homme politique de droite, catholique revendiqué, pourrait accueillir le pape sur le tarmac de l’aéroport Napoléon-Bonaparte dimanche matin aux côtés du cardinal Bustillo.

    Une visite loin de la polémique

    À Ajaccio, le pape François ne devrait pas entrer dans des discours politiques, insiste François Bustillo interrogé par l’AFP cette semaine. «Le pape vient dans le cadre d’un colloque sur la piété populaire, dans le cadre de la Méditerranée», souligne-t-il, écartant par ailleurs l’hypothèse d’une sortie du pape sur la mafia.

    «Par rapport à la mafia, à l’euthanasie, à l’avortement, il a déjà parlé, il a dit des paroles d’autorité. Le pape va nous dire sa vision de la piété populaire et la place du sacré dans l’espace public. Il donnera aussi un message de paix dix jours avant Noël», prévenait le jeune cardinal. (cath.ch/imedia/cd/hl/rz)

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