Le souvenir de la visite des Rois Mages doit conduire les chrétiens à contempler et servir « une humanité magnifique, transformée non pas par des délires de toute-puissance, mais par Dieu qui, par amour, s’est fait chair », a expliqué le pape Léon XIV lors de la messe de l’Épiphanie, ce 6 janvier 2026, marquant la clôture du 28e Jubilé de l’Église catholique.
Contrairement à la France et à d’autres pays, au Vatican et en Italie, l’Épiphanie est célébrée à date fixe, le 6 janvier.
Quelques instants après avoir fermé la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre lors d’un rite célébré dans l’atrium, le pape a célébré la messe à l’autel de la Confession. Le pape a exhorté les fidèles à demeurer animés par l’espérance, thème de l’année sainte qui vient de s’achever. Le président italien Sergio Mattarella était présent, ainsi que de nombreux cardinaux qui ont commencé à converger vers Rome avant le consistoire extraordinaire qui s’ouvrira demain.
Dans les récits bibliques, « joie et trouble, résistance et obéissance, peur et désir » se mêlent face aux manifestations de la présence de Dieu, a expliqué le pape dans son homélie. Il a relevé avec le trouble subi à Jérusalem par les prêtres et les scribes, en remarquant que «ceux-là mêmes qui étudient les Écritures et pensent avoir toutes les réponses semblent avoir perdu la capacité de se poser des questions et de cultiver des désirs».
«La ville est effrayée par ceux qui viennent de loin, animés par l’espérance, au point de percevoir une menace dans ce qui devrait au contraire lui procurer beaucoup de joie», a remarqué le pape. Il a expliqué que cette réaction doit interpeller l’Église d’aujourd’hui, qui se doit de rester attentive à «la recherche spirituelle de nos contemporains».
Léon XIV a rappelé que tout au long de cette année jubilaire, la porte sainte de la basilique Saint-Pierre «a vu le passage d’innombrables hommes et femmes, pèlerins d’espérance, en route vers la Cité aux portes toujours ouvertes, la nouvelle Jérusalem». D’après les organisateurs du jubilé, plus de 33 millions de fidèles sont venus à Rome ces douze derniers mois. Il a vu dans ces pèlerins les rois mages d’aujourd’hui, c’est-à-dire «des personnes qui acceptent le défi de risquer chacun son propre voyage, et qui, dans un monde tourmenté comme le nôtre, repoussant et dangereux à bien des égards, ressentent le besoin d’aller, de chercher ».
Dieu n’est pas une idole
En situant la foi chrétienne comme l’expression d’une vie en mouvement, le pape a souligné que « l’Évangile engage l’Église à ne pas craindre ce dynamisme, mais à bien le saisir et à l’orienter vers Dieu qui l’inspire ». Dieu n’est pas une « idole » statique mais un être « vivant et vivifiant, comme cet Enfant […] que les Mages ont adoré ». Dans cette perspective, les lieux saints, les églises et les sanctuaires « doivent diffuser le parfum de la vie, l’impression indélébile qu’un autre monde a commencé », a insisté le pontife.
« Y a-t-il de la vie dans notre Église ? Y a-t-il de la place pour ce qui naît ? Aimons-nous et annonçons-nous un Dieu qui remet en route ? », a demandé Léon XIV, exhortant à ne pas se comporter comme Hérode qui s’est aveuglé dans le contrôle et le souhait de ne pas perdre son trône.
Dieu « est déterminé à nous racheter des servitudes anciennes et nouvelles », a affirmé l’évêque de Rome. Il a assuré que le Royaume de Dieu « germe déjà partout dans le monde », souvent sans faire de bruit, en mobilisant « des jeunes et des personnes âgées, des pauvres et des riches, des hommes et des femmes, des saints et des pécheurs dans ses œuvres de miséricorde, dans les merveilles de sa justice ».
Résister aux « flatteries des puissants »
Le pape a souligné que ces « épiphanies aujourd’hui » nécessitent de se soustraire aux « nouveaux Hérodes » et aux « peurs toujours prêtes à se transformer en agressivité », qui s’expriment dans les « nombreux conflits par lesquels les hommes peuvent résister et même agresser la nouveauté que Dieu réserve à tous ».
« Aimer la paix, rechercher la paix, c’est protéger ce qui est saint et, précisément pour cette raison, en train de naître : petit, délicat, fragile comme un enfant », a insisté le pontife. Face à « une économie faussée » qui « tente de tirer profit de tout », l’héritage du Jubilé doit conduire à « fuir ce type d’efficacité qui réduit toute chose à un produit, et l’être humain à un consommateur ».
« L’Enfant que les Mages adorent est un bien sans prix et sans mesure. Il est l’Épiphanie de la gratuité », a insisté le pape, en martelant que « personne ne peut nous vendre cela ». « Si nous ne réduisons pas nos églises à des monuments, si nos communautés sont des foyers, si nous résistons ensemble aux flatteries des puissants, alors nous serons la génération de l’aurore », a promis Léon XIV.
Comme de coutume après l’Évangile de l’Épiphanie, un diacre a proclamé les grandes dates « mobiles » de l’année liturgique catholique, comme le Mercredi des Cendres (18 février), Pâques (5 avril), l’Ascension (14 mai), la Pentecôte (24 mai), la Trinité (4 juin) et le premier dimanche de l’Avent (29 novembre).
Au terme de la liturgie, Léon XIV récitera exceptionnellement l’angélus à midi depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre. Ce balcon n’est habituellement utilisé que pour la bénédiction Urbi et Orbi lors des grandes fêtes (Noël, Pâques) ou lors de l’élection d’un nouveau pape.
Angelus
« Que l’industrie de la guerre cède la place à l’artisanat de la paix ». C’est le vœu de Léon XIV lors de l'angelus du 6 janvier 2026, en la fête de l’Épiphanie. En introduisant la prière mariale, le pape a invité les fidèles rassemblés sous la pluie à l’espérance «même au milieu de nombreuses tribulations», car «Dieu sauve ». «Il n’a pas d’autres intentions, il n’a pas d’autre nom», a-t-il martelé à la foule abritée sous des parapluies et des imperméables.
Toutefois l’espérance « doit être réaliste », a averti le 267e pape, estimant qu’elle devait engendrer « une histoire nouvelle ». Évoquant le Jubilé 2025 à peine conclu, Léon XIV a rappelé qu’il constituait un appel « à réorganiser la coexistence, à redistribuer la terre et les ressources, à rendre ‘ce que l’on a’ et ‘ce que l’on est’ aux rêves de Dieu, plus grands que les nôtres ».
Le pape a alors souhaité que les « étrangers et les adversaires deviennent des frères et des sœurs, que l’inégalité fasse place à l’équité, que l’industrie de la guerre cède la place à l’artisanat de la paix ». Il a aussi affirmé qu’avec Dieu, la joie est « possible même dans les moments difficiles », et que le « dynamisme libérateur » du salut divin « détruit les peurs et nous permet de nous rencontrer dans la paix ».
À la Nativité, l’Enfant-Jésus représente « la vraie vie, […] l’homme vivant, celui qui n’existe pas pour lui-même mais qui est ouvert et en communion », a encore assuré le chef de l’Église catholique. À l’image des mages qui offrent au nouveau-né de la crèche des « présents précieux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe », le pontife américain a exhorté les catholiques à remettre au Christ « tout, absolument tout ce que nous sommes et possédons ». (cath.ch/imedia/cv/mp)