Pour la première fois, une action collective d’employés des Musées du Vatican visant le gouvernement civil du petit État est portée devant la justice vaticane. Douze gardiens de la collection pontificale – dont ceux de la célèbre chapelle Sixtine – entendent faire valoir leurs droits et dénoncent leurs conditions de travail.
Le gardiens jugent leurs conditions de travail insalubres, dangereuses et injustes, ils dénoncent en outre l’absence de dialogue avec leur hiérarchie. Lors de la première audience, tenue ce 16 octobre 2025 au tribunal du Vatican et à laquelle a assisté I.MEDIA, les juges n’ont pas statué sur leur compétence pour examiner ces plaintes.
Ce matin, dans la salle d’audience, située à l’ombre de la basilique Saint-Pierre, dix des douze plaignants avaient fait le déplacement. Certains, venus directement des Musées du Vatican, portaient encore leur uniforme: un costume bleu marine avec un liseré rouge sur le pantalon, des épaulettes grenat, des boutons dorés et une casquette.
Représentés par l’avocate Laura Sgrò, les douze gardiens ont décidé de saisir la justice contre le Gouvernorat de la Cité du Vatican et sa présidente, sœur Raffaela Petrini. Ils estiment avoir épuisé tous les recours internes pour faire valoir leurs revendications, affirmant que leurs réclamations, adressées aussi bien au Gouvernorat qu’au Bureau central du travail du siège apostolique (ULSA), ont systématiquement été rejetées comme inacceptables.
Une source proche du dossier a confié à I.MEDIA qu’en mai 2023, lorsque le projet d’action en justice a émergé, les plaignants étaient une cinquantaine. Cependant, beaucoup se sont désistés par crainte de perdre leur emploi. Au Vatican, les syndicats ne sont pas reconnus par la législation.
S’appuyant sur la Doctrine sociale de l’Église, ainsi que sur les normes en vigueur au Vatican et au sein de l’Union européenne, les douze plaignants dénoncent une dégradation marquée de leurs conditions de travail, particulièrement depuis la pandémie de Covid-19. Ils pointent notamment le manque d’hygiène et les risques encourus, tant pour les employés que pour les visiteurs.
Malaises dans les galeries
En 2024, selon The Art Newspaper, les Musées du Vatican ont accueilli 6,8 millions de visiteurs, ce qui en fait la deuxième collection la plus visitée au monde après le Louvre. Face à cette affluence, les galeries sont souvent bondées et soumises à des températures caniculaires en été, provoquant de nombreux malaises. En 2023, les Musées avaient annoncé une hausse des tarifs pour financer, entre autres, l’installation de climatisation dans les salles historiques et l’aménagement des flux de visiteurs.
La plainte des gardiens cible également la politique des ressources humaines du Vatican, qu’ils qualifient d’«inique». Ils dénoncent un système les contraignant à effectuer des heures supplémentaires non rémunérées, l’absence de reconnaissance de l’ancienneté, et le manque d’avantages sociaux accordés à d’autres employés de l’État. Travaillant six jours de plus par an que ces derniers, ils réclament notamment une augmentation de leurs jours de congés. Leur avocate, Laura Sgrò, a demandé au tribunal de nommer un expert judiciaire pour évaluer la situation.
Les juges ont également entendu l’avocat du Gouvernorat, qui a soutenu que les demandes des employés ne justifiaient pas l’ouverture d’un procès, tout en niant toute volonté de « se laver les mains » face à leur détresse. Venerando Marano, président du Tribunal, a reporté la procédure à une date ultérieure, encourageant vivement les parties à trouver un accord à l’amiable. (cath.ch/imedia/cd/mp)