Le 7 décembre prochain, Rome aura officiellement un nouveau cardinal-vicaire: Baldassare Reina, qui sera élevé à la pourpre par le pape François lors d’un consistoire. Propulsé à la tête du vicariat, en charge du fonctionnement du diocèse du pontife, ce Sicilien aura la lourde tâche de réaliser le désir du pape de voir Rome devenir un diocèse modèle pour le reste du monde.
Lors de l’Angélus du 6 octobre 2024, le pape François a non seulement annoncé que Mgr Baldassare Reina serait créé cardinal en décembre, mais aussi sa nomination comme vicaire pour le diocèse de Rome avec effet immédiat. Ce poste était vacant depuis que le pape avait nommé le précédent cardinal-vicaire, Angelo De Donatis, au poste de pénitencier majeur, sur fond de tensions au plus haut niveau dans le diocèse.
“Parachuté” par le pape
Bien qu’originaire des Pouilles, le cardinal De Donatis était particulièrement bien inséré dans le diocèse de Rome où il avait été incardiné en 1983, trois ans après son ordination. II y avait occupé le poste de directeur spirituel au sein du Séminaire pontifical de 1990 à 2003, lui donnant une réelle proximité avec toute une génération de prêtres. Au contraire, Mgr Reina a été parachuté par le pape à Rome en 2022 seulement, rendant plus délicate son intégration.
Baldassare Reina, dit «Baldo», est en effet originaire de San Giovanni Gemini, une petite bourgade du centre de la Sicile, où il est né en 1970. Issu d’une famille catholique pieuse, il se destine très jeune au sacerdoce et rejoint le petit séminaire d’Agrigente à l’âge de onze ans, puis le grand séminaire, avant de partir à Rome pour poursuivre ses études au sein de l’Université pontificale grégorienne, son premier contact avec la capitale italienne.
Au service de son diocèse sicilien
Ordonné prêtre en 1995 à l’âge de 25 ans pour son diocèse d’Agrigente, il poursuit ses études en théologie biblique (licence en 1998) puis est nommé assistant diocésain pour l’Action catholique pour son diocèse pendant trois ans. Il a ensuite été le curé de trois paroisses différentes jusqu’en 2013, quand lui a été confiée la responsabilité du grand séminaire d’Agrigente.
«Don Baldo», comme il est encore appelé aujourd’hui par son entourage, devient ensuite le recteur du séminaire jusqu’en 2022, période pendant laquelle il enseigne également les Écritures saintes. Des années plus tard, en 2024, il a été accusé par un ancien séminariste, aujourd’hui activiste LGBT, de l’avoir contraint de suivre une thérapie de guérison dans le but de le guérir de son homosexualité.
"Le nom du Père Reina apparaît pour la première fois dans l’agenda du pape François en 2018"
Son diocèse va être sous les projecteurs en 2013, lorsque le pape François va le choisir comme sa première destination hors de Rome en se rendant sur l’île de Lampedusa. Le profil de l’évêque de l’époque, Mgr Francesco Montenegro, particulièrement investi sur la question de l’accueil des migrants, pousse le pontife à l’élever à la pourpre cardinalice en 2015, le préférant aux autres archevêques des grands diocèses de Sicile – Palerme, Messine ou Syracuse. Au sein du collège cardinalice, Mgr Reina siègera donc aux côtés de ce discret cardinal de 78 ans, aujourd’hui à la retraite, mais réputé très proche du pape. Le nom du Père Reina apparaît pour la première fois dans l’agenda du pape François en 2018, lorsqu’il est reçu au Vatican avec les séminaristes de son diocèse.
Une ascension fulgurante
Cette rencontre a-t-elle joué un rôle dans la suite du parcours du Père Reina? Possiblement, même s’il faut attendre 2022 pour que le pontife appelle le Sicilien à Rome pour servir au sein du dicastère pour le Clergé. Les choses s’accélèrent alors pour lui: quelques semaines plus tard, le pape décide de le nommer évêque auxiliaire du diocèse de Rome, avec la responsabilité pastorale du secteur ouest du diocèse, alors divisé en cinq secteurs (les quatre points cardinaux, et un secteur central).
Mgr Reina est ordonné par le cardinal-vicaire Angelo De Donatis, son supérieur hiérarchique direct. Ce dernier connaît alors une période difficile, avec une convalescence difficile du Covid-19, mais surtout après sa défense publique du Père Marko Rupnik, célèbre mosaïste mis en cause par des femmes pour abus sexuels et spirituels, et dont l’atelier qu’il a fondé, le Centre Aletti, dépend du diocèse de Rome.
"C’est un homme très actif, qui se lève très tôt le matin pour travailler"
En janvier 2023, le pape François publie sa nouvelle constitution apostolique pour le diocèse, qui restreint fortement les pouvoirs du cardinal-vicaire, le définissant comme un évêque auxiliaire du pape et un simple coordinateur du travail des autres évêques auxiliaires, placé sous le contrôle direct du pontife. À rebours, le pape renforce le poste du vice-régent (le second du cardinal-vicaire), et le confie à Mgr Reina, pourtant à Rome depuis seulement quelques mois. Il cumule alors cette position avec celle d’évêque en charge du secteur occidental.
En avril 2024, ses responsabilités augmentent encore, puisqu’avec le départ du cardinal De Donatis, le pontife demande à Mgr Reina d’assumer la transition. Et ce, alors que le pape a lancé un grand programme de rénovation visant à faire de Rome un diocèse modèle, notamment en matière de synodalité. Sa nomination comme vicaire vient conclure une période de transition qui a pu être mal vécue par les membres de la communauté des prêtres de Rome.
«Ceux qui le connaissent l’apprécient»
«C’est un homme très actif, qui se lève très tôt le matin pour travailler, un homme simple qui prend les moyens de transports en commun, avec son sac à dos, pour se déplacer», rapporte un prêtre du diocèse interrogé par I.MEDIA. Ce dernier note aussi que «Don Baldo» se fait facilement tutoyer et est facile d’accès. Cependant, il reconnaît que l’adaptation de ce non-Romain a été délicate: «Les gens le regardaient bizarrement», confie-t-il, estimant néanmoins que désormais «ceux qui le connaissent l’apprécient». Comme le poste clé au vicariat est désormais celui du vice-régent, jusqu’alors occupé par Mgr Reina, le choix de son remplaçant sera déterminant.
Dans une vidéo envoyée aux membres de son diocèse, Mgr Reina a affirmé que son désir était «de continuer à servir» l’Église de Rome. «Je sais que ce n’est pas une mission facile, parce que notre ville est belle, mais extrêmement complexe, malheureusement marquée par beaucoup de problèmes et difficultés», a-t-il reconnu, souhaitant être «pour tous l’image du Bon Pasteur».
Une mission de taille attend le nouveau cardinal-vicaire en 2025: le Jubilé. Juste après sa nomination, il n’a d’ailleurs pas hésité à monter au créneau pour dénoncer le retard des travaux lancés par la mairie de Rome et les désagréments qu’ils occasionnent. (cath.ch/imedia/cd/rz)