Un compromis a été annoncé, début juillet 2025, entre le Synode de l’Église syro-malabare, en Inde, et les prêtres réfractaires, évitant ainsi un schisme. En conséquence, Léon XIV a mis fin à la charge de Mgr Cyril Vasil’ qui avait été envoyé comme délégué pontifical pour régler la crise, a indiqué le 7 juillet le Saint-Siège.
L’archevêque gréco-catholique slovaque avait été envoyé en Inde en 2023 pour résoudre la querelle liturgique qui frappe depuis des décennies l’éparchie (diocèse) d’Ernakulam-Angamaly (sud-ouest de l’Inde), au sein de cette Église orientale qui compte 5,5 millions de membres.
L’Église syro-malabare, dont la fondation remonterait aux premières années du christianisme, est déchirée depuis les années 1970. À la suite du Concile Vatican II, qui a demandé aux Églises orientales de retourner à leurs antiques traditions pour être un pont vers les orthodoxes, les 35 diocèses de l’Église syro-malabare ont été invités à supprimer leur latinisation et à revenir au rite chaldéen. Mais les provinces du nord et du sud se sont opposées, la première préférant suivre l’Église latine en célébrant la messe face aux fidèles, et la deuxième célébrant dos aux fidèles, selon le rite chaldéen.
Portraits du cardinal Sandri brûlés en place publique
En 1999, le Synode syro-malabar – assemblée de cette Église autonome – est parvenu à s’accorder sur un compromis liturgique, où une partie de la célébration se fait face à l’assemblée et une autre partie dos à l’assemblée. Mais l’éparchie d’Ernakulam-Angamly, marquée d’une grande vitalité et comptant 655’000 fidèles, a continué la résistance.
La situation s’est envenimée sous la houlette du cardinal George Alencherry, élu en 2011 à la tête de cette Église. Après l’échec de plusieurs administrateurs apostoliques, Rome a décidé en août 2023 d’envoyer un délégué pontifical en la personne de Mgr Cyril Vasil’. Sur place, le Slovaque a fait face à une forte contestation qui a dégénéré en de nombreux épisodes de violences: le représentant du pape a essuyé une fin de non-recevoir et des portraits de l’ancien préfet du dicastère pour les Églises orientales, le cardinal Leonardo Sandri, ont été brûlés en place publique.
Un schisme évité de justesse?
En décembre 2023, avec la démission contrainte du cardinal Alencherry, un «schisme imminent» était évoqué. Dans ce contexte, le pape François faisait parvenir un message vidéo aux fidèles syro-malabars, les suppliant avec insistance de ne pas devenir «une secte» en se séparant de leur Église. «Au nom du Seigneur, pour le bien spirituel de votre Église, de notre Église, je vous demande de réparer cette rupture […]. Rétablissez la communion, restez dans l’Église catholique!», exhortait le pontife argentin.
Rome adressait alors un ultimatum aux 400 prêtres réfractaires: célébrer selon le nouveau rite à partir de la date de Noël, sous peine d’être excommuniés. Si l’avertissement avait été suivi de peu d’effet, le schisme n’avait toutefois pas été décrété par le pape François.
Depuis l’élection d’un nouvel archevêque majeur, Sa Béatitude Raphael Thattil, en janvier 2024, des pourparlers avaient repris, pour finalement parvenir à un compromis entré en vigueur depuis le 3 juillet 2025. Selon ce dernier, les prêtres de l’archidiocèse d’Ernakulam-Angamaly ne sont finalement tenus de célébrer selon le rite «unifié» qu’une seule fois le dimanche, et peuvent organiser d’autres célébrations selon l’ancien rite.
Alors que cet accord a été annoncé, semblant clôturer le chapitre houleux, le pape Léon XIV exprime à Mgr Vasil’ sa «vive gratitude pour le travail accompli». «Mais la situation reste complexe et fragile, certains n’appliquant pas le compromis. Il n’est pas exclu qu’à l’avenir le Synode syro-malabar rouvre le dossier», glisse une source vaticane à l’agence I.MEDIA. (cath.ch/imedia/ak/rz)