Entre le brouillon du document final du Synode sur la synodalité, et sa version définitive, votée le 26 octobre 2024, plus de 1'000 amendements ont été déposés. Comme l’an dernier, I.MEDIA, qui eu accès au brouillon confidentiel, propose un comparatif des principales variations entre les deux textes.
Il ressort notamment que la version finale réintroduit la réflexion sur le diaconat féminin. Cette version est plus repentante sur les abus, plus insistante sur la participation des laïcs à la gouvernance, et sur les propositions œcuméniques.
Le 26 octobre dernier s’est conclue la dernière assemblée mondiale du Synode sur la synodalité, ce chantier ouvert en 2021 par le pape François pour rendre l’Église plus inclusive et moins cléricale. Le texte final a été signé par le pape – entrant de ce fait dans son magistère – et rendu public dans la foulée, sous les applaudissements des membres qui ont voté tous les paragraphes à la majorité des deux tiers, visiblement satisfaits du résultat.
D’après l’étude réalisée par I.MEDIA, globalement, la structure est restée la même et le nombre de paragraphes est sensiblement identique (156 dans le brouillon contre 155 dans le texte final). Peu de différences sont décelables dans le sommaire, mise à part une recherche de précision dans le vocabulaire ou dans l’introduction, mais quelques évolutions se dessinent par la suite.
Les thèmes les plus retravaillés
Le paragraphe 55 évoquant les abus a été retravaillé semble-t-il pour adopter un style plus humble. On mentionne cette fois-ci les « souffrances indicibles et souvent permanentes » des victimes, énumérant « les abus sexuels, spirituels, économiques et institutionnels, ainsi que les abus de pouvoir et de conscience ». L’Église « doit reconnaître ses propres manquements. Elle doit humblement demander pardon, prendre soin des victimes, prévoir des mesures préventives », ajoute l’assemblée, qui fait résolument profil bas.
De même plus loin dans le texte, le ton est moins triomphant sur la lutte contre la pédophilie. La première version, qui affirmait que « beaucoup a déjà été fait » pour équiper les structures ecclésiales, devient plus modestement « le travail a déjà commencé ». « Les processus de protection doivent être constamment contrôlés et évalués », ajoute le document (150).
L’un des paragraphes les plus remaniés est le numéro 60, sur les femmes. Il adopte un ton moins victimiste, et appuie leur rôle comme « leaders de leurs communautés », leur présence à des postes de responsabilités dans les diocèses et à la Curie romaine – tout autant de mentions qui sont introduites. Au lieu de dénoncer dans la première version une participation « limitée » des femmes, le Synode demande d’appliquer les instruments fournis par le Droit canon «dans les lieux où ils demeurent sous-explorés».
Enfin, c’est dans ce paragraphe que l’on trouve l’ajout qui été le plus remarqué dans le document : le diaconat féminin était complètement absent du brouillon, et il est mentionné dans le texte final comme une possibilité qui «reste ouverte». Ce paragraphe a d’ailleurs suscité le plus de réticences, puisque 97 membres ont voté contre.
À noter que la première version demandait qu’un « plus grand nombre de femmes » servent comme juges dans les procès canoniques. La notion a évolué au profit d’« un plus grand nombre de laïcs » (77).
Dans le brouillon, le paragraphe 67 assimilait le service du prêtre et du diacre dans les paroisses. Le document final distingue les deux réalités. Les diacres sont différenciés, « ordonnés non pour la prêtrise mais dans un ministère de service ». Cette précision n’est pas anodine, étant donné que l’éventuel accès des femmes au diaconat est vu par certains comme un cheval de Troie vers le sacerdoce.
Les suppressions les plus éloquentes
Plusieurs paragraphes ont été supprimés. On note par exemple la disparition du numéro 49 consacré à l’écoute, un thème phare des membres.
Plus loin dans le texte a été supprimé le paragraphe 136, consacré au rôle du pape dans la période post-synode. Les membres évoquaient la possibilité pour le pontife de « faire sien le Document final du Synode et, après l’avoir examiné et éventuellement complété, de le remettre aux Églises pour qu’elles le mettent en œuvre ». Ce même paragraphe envisageait que l’évêque de Rome puisse « signaler les questions et les thèmes qui nécessitent un discernement plus approfondi en fonction des besoins locaux », qu’il « discernera ce qu’il considère comme obligatoire pour toutes les Églises » et qu’il veillera « à ce que les discernements menés en différents lieux ne compromettent pas la communion sur les thèmes pour lesquels il est nécessaire de préserver l’unité ». Toutes ces suggestions ont donc été écartées.
On constate un accent mis sur la consultation de l’ensemble des baptisés. Ainsi la mention qui existait dans le brouillon pour assurer que « l’autorité pastorale reste libre et n’est pas juridiquement contrainte par l’issue de la consultation ; le processus est consultatif et de ce fait non contraignant » est sortie du texte (91).
Par ailleurs, au paragraphe 135, le texte est plus prudent et plus vague sur les « formes d’évaluation » du travail de la Curie, alors qu’il demandait dans la première version que des « évaluations régulières » soient réalisées « par le Conseil des cardinaux ou un Conseil des évêques élus par le Synode ».
Alors qu’il était question de l’élargissement de la juridiction des Églises catholiques orientales aux régions où leurs fidèles se sont installés en grande nombre, cette suggestion n’existe plus (133).
D’autres idées maîtresses qui ont évolué
Les « structures de participation » pour inclure les laïcs dans la gouvernance des diocèses et des paroisses ont été l’un des grands sujets de ce Synode. Le document final est plus précis sur le processus d’élection ou de nomination des membres de ces structures, rappelant que l’autorité doit consulter les fidèles et tenir compte de leur avis (105). Autres nouveauté, l’assemblée demande aussi que le peuple de Dieu ait « plus de voix dans le choix des évêques » (70).
Dans la même ligne, le paragraphe 102 préconise qu’un rapport annuel des diocèses rende compte des progrès réalisés dans la promotion de l’accès des laïcs aux postes d’autorité et aux processus décisionnels. Les membres ont fait ajouter : « en précisant la proportion d’hommes et de femmes ».
Des idées inédites ont fait leur apparition dans le texte final, comme la question d’une formation à la synodalité au séminaire (148), la place des évêques émérites (70), le rôle de la piété populaire (115) et des monastères (118), ou encore la protection des droits des employés de l’Église et de ses institutions (77).
Sur la transparence et l’accountability – autre thème déterminant du Synode –, l’assemblée a fait introduire la question du secret de la confession, qui reste « indispensable et aucun pouvoir humain n’a juridiction sur lui, ni ne peut y prétendre » (96). Elle demande par ailleurs que « la manière dont les processus de rapport et d’évaluation sont mis en œuvre au niveau local » soit « incluse dans le rapport présenté lors des visites ad limina » des évêques à Rome (101).
Le texte s’est par ailleurs enrichi de plusieurs mentions œcuméniques. Un paragraphe a été ajouté sur la présence des délégués fraternels et les avancées œcuméniques (40). Puis au paragraphe 138, est apparue la suggestion d’un Synode œcuménique sur la nouvelle évangélisation, comme projet pour promouvoir les relations entre chrétiens.
La dimension œcuménique est également introduite dans la formation des chrétiens et dans la formation des prêtres (147/148). Le paragraphe 139, qui demandait à l’origine de « renouveler la réflexion » sur l’établissement d’une date commune de Pâques pour tous les chrétiens, propose à présent de façon plus ferme de « lancer des initiatives audacieuses » pour célébrer cette fête à la même date. Et le paragraphe 122 encourage l’inscription des saints et martyrs d’autres confessions dans le calendrier et martyrologe romains.
En conclusion, les membres du Synode ont tenu à rappeler que l’Église ne peut pas oublier « ceux qui ne croient pas en Dieu et ne se reconnaissent pas dans une religion instituée » (155). (cath.ch/imedia/ak/mp)