Cinq juges ont été nommés pour examiner le cas du Père Marko Rupnik, l’ancien jésuite slovène et célèbre mosaïste accusé de graves abus par de nombreuses femmes, a annoncé le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) le 13 octobre 2025.
Cette démarche est relativement inhabituelle puisque le dicastère se montre d’ordinaire très discret sur ses procédures judiciaires. Le communiqué du Saint-Siège ne donne toutefois ni date pour ce procès canonique, ni d’estimation de sa durée.
Le collège de cinq juges, nommés le 9 octobre, est composé de femmes et de clercs «qui ne font pas partie du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) et qui n’exercent aucune fonction au sein des dicastères de la Curie romaine», précise la note. Rome entend ainsi mieux garantir «l’autonomie et l’indépendance dudit tribunal».
En juillet dernier, le préfet du DDF, le cardinal Victor Manuel Fernández, avait annoncé que son dicastère avait cherché des personnes indépendantes et au-dessus de tout soupçon, afin de couper court à toute supputation d’intérêt ou de «pression». Ces juges, dont le nom n’est pas connu, seront chargés de rendre leur verdict en ce qui concerne l’affaire de l’ancien jésuite, exclu de la Compagnie de Jésus en 2023, qui a défrayé la chronique ces dernières années.
Rappel des faits
Marko Rupnik, dont les mosaïques ornent de nombreux sanctuaires catholiques du monde entier – Beyrouth, Damas, Aparecida, le Vatican, Fatima, Częstochowa – est accusé d’avoir abusé spirituellement et sexuellement de nombreuses femmes dans les années 1980-2000. Les faits se seraient déroulés en Slovénie et en Italie, alors qu’il était à la tête du centre Aletti, son atelier de mosaïque, et de la communauté religieuse qui lui est liée, la Communauté Loyola.
En mai 2020, dans une décision gardée secrète, le dicastère pour la Doctrine de la foi avait jugé le Père Rupnik pour absolution de complice et déclaré son excommunication latae sententiae. L’excommunication avait été levée par un décret du DDF le même mois après que le Père Rupnik ait reconnu les faits et demandé pardon. Des restrictions administratives lui avaient été imposées pour une période de trois ans.
Après nouvelle enquête de la Compagnie de Jésus en 2022, qui avait transmis ses résultats au DDF avec la recommandation d’engager des poursuites judiciaires contre le Père Rupnik, le dicastère avait considéré que les faits d’abus rapportés contre le Père Rupnik étaient prescrits. Le scandale avait été révélé publiquement en décembre 2022.
Alerté par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le pape François avait finalement lancé une procédure canonique en octobre 2023. À cause du délai de prescription, Marko Rupnik n’a jamais été inquiété par la justice civile. (cath.ch/imedia/ak/lb)