La Conférence épiscopale centrafricaine (CECA) a fait un vigoureux plaidoyer pour la paix dans le pays, depuis longtemps blessé par «les divisons, la violence, l’instabilité et la pauvreté». Ceci alors qu’une stabilisation des violences est observée depuis une dizaine d’années.
Les évêques de la CECA, composée de neuf évêques dont un coadjuteur, ont tenu début janvier la première assemblée plénière de l’année 2026. Ils ont déploré à cette occasion les générations de violences dans le pays qui ont eu pour conséquences, outres des morts, des familles déplacées, «des cœurs meurtris par l’injustice», des jeunes sans emplois, la marginalisation, la corruption, et l’ethnocentrisme.
«D’un bout à l’autre de la terre centrafricaine, une seule voix s’élève: celle d’un peuple qui crie, qui aspire à la tranquillité, au respect de la vie et de la dignité humaine, ainsi qu’à la paix». Une aspiration à la paix qui ne se limite pas seulement à la fin des hostilités, mais à «un désir profond de voir chaque enfant aller à l’école, sans crainte, chaque paysan cultiver la terre, en toute sécurité, et chaque famille vivre dans la dignité».
La déclaration finale de 22 points de la CECA, publiée le 11 janvier, a ajouté que les populations étaient fatiguées de la division, des manipulations identitaires, et des clivages «qui ne servent que des intérêts égoïstes».
Un pays meurtri
Pays de 6,2 millions d'habitants, la République centrafricaine (RCA), voisine de la République démocratique du Congo (RDC), du Tchad, du Cameroun et du Soudan, a connu de graves crises politico-militaires. Entre 1965 et 2015, le pays a traversé plusieurs coups d’Etat, ainsi que de nombreux conflits armés pour le contrôle du pouvoir, lors desquels les civils ont été pris au piège. Au moins 100'000 personnes ont été tuées dans des affrontements depuis l’indépendance du pays, en 1960. La période 2013-2015 a été la plus dramatique, les troubles ayant pris une dimension intercommunautaire, avec des affrontements entre factions armées rivales. Notamment les Balakas, milices composées majoritairement de musulmans, et les Anti-balakas, formées essentiellement de chrétiens.
Retour d’une certaine stabilité
En décembre 2015, au plus fort des troubles dans le pays, le pape François s’y était rendu pour prêcher la paix. Dans le même ordre d’idées, le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, la capitale centrafricaine, avec le pasteur Nicolas Guérékoyame-Gbangou (de l’Eglise protestante) et le défunt Imam Omar Kobine Layama, ont mis en place une Plateforme des Confessions Religieuses pour la Paix (PCRP). Son but est de promouvoir la réconciliation nationale face aux conflits intercommunautaires, travaillant ensemble pour le dialogue et la tolérance. D'autres grandes figures religieuses, tels que le Président du Conseil supérieur Islamique, Hamat Déliris Rator, les pasteurs Grégoire Ngouyombo, qui étaient également très engagés dans le plaidoyer pour la paix et le vivre-ensemble, avaient adhéré à la Plateforme.
La RCA a retrouvé une relative stabilité, au cours des dix dernières années. Selon des rapports de l’ONU, la situation sécuritaire «reste précaire», alors que le nord du pays échappe au contrôle des autorités centrales. Environ un million de personnes de cette région vivent dans la peur constante des combats entre les factions rebelles. (cath.ch/ibc/com/rz)