Le 7 septembre 2025, Carlo Acutis, un Italien mort en 2006 à l’âge de 15 ans, sera canonisé au Vatican. La vaticaniste américaine Courtney Mares, pour la chaîne EWTN et auteur de Blessed Carlo Acutis, a saint in sneakers (Ed. Ignatius) – Carlo Acutis, un saint en baskets – décrypte l’engouement que suscite la figure de Carlo Acutis, qu’elle considère comme un exemple «de ce à quoi peut ressembler la sainteté au XXIe siècle».
Dans votre livre, vous décrivez Carlo Acutis comme un «saint en baskets» pour montrer qu’il était, à bien des égards, un enfant comme les autres, pleinement ancré dans son époque. Mais ce garçon simple a marqué de nombreuses personnes à travers le monde. Qu’est-ce qui, personnellement, vous a touché chez lui?
Courtney Mares: En tant que journaliste au Vatican, je suis de près les causes des nouveaux saints. Je me souviens qu’en 2018, j’ai découvert pour la première fois l’histoire de Carlo. J’ai été frappée par le fait qu’un jeune garçon – un millénial – soit en route vers la sainteté, en faisant de la programmation informatique, en jouant aux jeux vidéo, tout en ayant une profonde dévotion envers l’Eucharistie. Je n’avais jamais vu une cause de ce genre auparavant; c’était totalement inédit. C’est ce qui m’a tellement enthousiasmée à propos de son histoire.
Je suis née quelques mois seulement avant Carlo. Écrire une biographie sur quelqu’un de mon âge a été une expérience à la fois unique et fascinante. Cela m’a permis de revisiter différentes périodes de l’histoire récente – de l’intérêt de Carlo pour la programmation à l’évolution d’internet et des technologies, et comment ces changements ont influencé la société et l’Église.
Carlo Acutis est mort en 2006, il y a moins de vingt ans. Qu’est-ce qui a permis à sa cause de progresser si rapidement?
Mon livre repose en grande partie sur de nombreux témoignages officiels recueillis par le Vatican dans le cadre de la cause de canonisation de Carlo. Ses camarades de classe, des membres de sa communauté et sa famille ont témoigné de son influence. Ses parents sont revenus à la foi catholique avec ferveur grâce à l’exemple de Carlo.
En travaillant sur ce livre, j’ai aussi découvert l’impact plus large qu’il a eu après l’ouverture de sa cause. Beaucoup de gens ont découvert sa vie à travers une exposition sur les miracles eucharistiques. Carlo a travaillé sur cette exposition avec sa famille pendant plus de deux ans. Elle a été inaugurée pendant l’Année de l’Eucharistie proclamée par Jean Paul II, peu avant la mort de Carlo, et elle a depuis été présentée dans le monde entier.
Je me suis demandé comment l’histoire de Carlo avait pu devenir aussi virale. Il est mort peu après le lancement de Facebook et avant l’explosion mondiale des réseaux sociaux. C’est presque poétique: il a pleinement utilisé les technologies de son époque, et Dieu a ensuite utilisé des technologies plus récentes pour faire connaître son histoire. C’est quelque chose de totalement nouveau – la rapidité avec laquelle une cause de canonisation peut désormais se répandre – et cela reflète le monde dans lequel nous vivons.
Quelles catégories de personnes sont les plus touchées, convaincues ou inspirées par sa réputation de sainteté?
Évidemment, les milléniaux sont très enthousiastes à l’idée d’avoir le premier saint de leur génération. Mais je ne compte plus les parents qui m’ont dit que Carlo est devenu le saint patron choisi par leur enfant pour la confirmation – une tradition très répandue dans le monde anglophone. Ainsi, Carlo est adopté aussi par la génération Z et les plus jeunes. C’est un point que le pape François a particulièrement souligné. Je me souviens du lendemain de la béatification de Carlo (en 2020, ndlr), quand le pape a déclaré que Carlo montre aux jeunes que le vrai bonheur se trouve en mettant Dieu en premier.
"Je ne compte plus les parents qui m’ont dit que Carlo est devenu le saint patron choisi par leur enfant pour la confirmation."
J’ai aussi parlé à de nombreux prêtres et catéchistes qui trouvent son exemple très utile dans leur travail auprès des jeunes. C’est un modèle de vie dans le monde sans être du monde. Il ne s’agit pas de rejeter complètement la technologie – téléphone, ordinateur, réseaux sociaux – mais Carlo montre qu’en restant enraciné dans les sacrements – messe quotidienne, confession fréquente – on reçoit la grâce nécessaire pour aborder le monde numérique d’une manière plus saine, plus chrétienne.
Je voudrais aussi mentionner un groupe que j’ai rencontré au cours de mes recherches. Mon livre s’ouvre sur l’histoire d’un survivant du cancer. Carlo est mort d’une leucémie, et j’ai été frappée par le nombre de personnes atteintes de cancer ou en traitement qui trouvent un sens et une force dans son témoignage – particulièrement dans la manière dont il a offert sa souffrance pour les autres.
Qu’est-ce qui touche particulièrement les jeunes chez Carlo Acutis?
Chez les adolescents, l’un des aspects les plus puissants de son témoignage est qu’il les pousse à réfléchir à la mort – un sujet que peu de jeunes de 15 ans envisagent. Carlo est mort à 15 ans. Il a vécu une vie courte, mais d’une manière telle qu’il était prêt à partir. Son objectif, c’était le ciel, et il a orienté sa vie en fonction de cela.
Quand son cancer a été diagnostiqué, il est rapidement apparu qu’il était spirituellement préparé. Beaucoup s’accordent à dire que c’est très rare à cet âge. Cela ouvre une conversation importante avec les adolescents, à un moment crucial où ils décident qui ils veulent être, comment ils veulent vivre, et quelles valeurs ils veulent suivre. Carlo apporte une clarté dans un monde rempli de confusion. Il montre que notre véritable espérance se trouve en Dieu et au ciel.
Voir un jeune de 15 ans mourir est incompréhensible pour beaucoup. Pourquoi l’Église met-elle un accent particulier sur l’attitude de Carlo Acutis dans les dernières heures de sa vie?
L’offrande de sa souffrance à la fin de sa vie a été l’aboutissement d’une vie vécue en union avec le Christ, en particulier à travers l’Eucharistie et les sacrements. C’est un grand exemple d’une réalité que nous connaissons tous: la souffrance. L’Église enseigne que la souffrance n’est pas dénuée de sens – que nous pouvons l’unir à celle du Christ sur la Croix et l’offrir pour les autres. Carlo a offert ses souffrances pour le pape et pour l’Église – un témoignage profond venant d’un garçon de 15 ans.
"L’offrande de sa souffrance à la fin de sa vie a été l’aboutissement d’une vie vécue en union avec le Christ."
Carlo a souvent été surnommé le «geek de Dieu»: il apprenait à coder, jouait aux jeux vidéo. Que nous disent ses « vertus héroïques numériques » sur notre génération ultra-connectée?
D’une certaine manière, les chrétiens tâtonnent encore pour savoir comment vivre leur foi dans un monde saturé de smartphones, de réseaux sociaux et de distractions constantes. Carlo offre un exemple – en particulier aux jeunes – de ce à quoi peut ressembler la sainteté au XXIe siècle.
Parmi ceux que son témoignage touche, on trouve beaucoup de personnes qui cherchent à utiliser internet, les réseaux sociaux et la technologie pour évangéliser. Carlo est une source d’inspiration évidente dans ce domaine. Il avait un enthousiasme pour Dieu qui était «viral». L’une des leçons à tirer de sa vie est la suivante: n’ayez pas peur de parler de votre foi à vos amis, à votre famille – et oui, même en ligne.
Le Vatican lui-même encourage cela. En 2023, il a publié des directives pour l’utilisation chrétienne des réseaux sociaux. Carlo aimait la technologie et internet, mais il ne s’y est jamais perdu. Il restait ancré dans la réalité grâce aux sacrements et à sa dévotion à la Présence réelle de Jésus. Il était aussi très présent à ceux qui l’entouraient.
Carlo est aussi atypique en tant que premier saint d’une nouvelle génération. Pensez-vous que l’Église reconnaîtra prochainement d’autres «saints next-gen» comme lui? Est-ce nécessaire, stratégique, opportun?
C’est mon grand espoir: que Carlo soit le premier d’une toute nouvelle génération de saints «milléniaux». Je vois déjà émerger d’autres causes – des jeunes de notre génération qui ont vécu avec une vertu héroïque et inspiré ceux qui les entouraient. Et c’est là le grand espoir de l’Église: voir émerger toujours plus de saints. (cath.ch/imedia/cd/bh)