Le 29 janvier 2026, la Société des Bollandistes a célébré l’inscription de leurs "Acta Sanctorum" au patrimoine de l’UNESCO. Une reconnaissance majeure pour un travail qui dure depuis plus de quatre siècles: l’édition critique de la vie des saints chrétiens sur base de milliers de manuscrits répertoriés et analysés.
Christophe Heirinckx / Dimanche
La très discrète Société des Bollandistes a vécu un moment important de sa longue histoire. Lors d’une cérémonie officielle à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR), elle a célébré l’inscription au patrimoine de l’UNESCO des Acta Sanctorum, encyclopédie monumentale consacrée aux saints chrétiens d’Orient et d’Occident, ainsi que des 267 volumes d’archives qui les accompagnent. Une reconnaissance importante d’un travail de plusieurs siècles de recherches et de publications.
Première société savante
C’est en 1607 que les jésuites Jean Bolland et Godfried Henschen fondent ce qui deviendra la première société savante de Belgique, et l’une des plus anciennes d’Europe. Avec une mission principale: établir une édition complète de la vie des saints. Pour ce faire, les bollandistes ont mis au point une méthode critique pour l’analyse des textes hagiographiques, basée sur une vérification de l’authenticité des sources, leur contextualisation et leur comparaison. Cette approche marquera une avancée conséquente dans l’histoire des sciences humaines.
Un premier volume a paru en 1643, fruit d’un patient travail de collecte, de correspondance, de comparaison et d’analyse de manuscrits médiévaux. 67 volumes paraîtront ainsi au total jusqu’en 1940, soit plus de 60'000 pages.
La mémoire collective de l’humanité
Au cours de ces trois siècles, les bollandistes ont collecté et répertorié des milliers de manuscrits. Ceux-ci constituent une source presque inépuisable pour l’étude des pratiques religieuses à travers les siècles, mais aussi pour la connaissance des mentalités, des contextes socio-économiques et politiques à travers les siècles. Les famines, les épidémies, ou encore l’organisation territoriale y sont abondamment documentées.
Portée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la candidature des "Acta Sanctorum" a abouti, en avril 2025, à l’inscription de ce patrimoine au registre "Mémoire du Monde" de l’organisation. Créé en 1992, ce programme vise à protéger et à valoriser les documents qui témoignent de la mémoire collective de l’humanité. Il s’agit de la huitième contribution belge à cette liste prestigieuse, après notamment celle des Archives de l’Université catholique de Louvain ou celle de l’Officina Plantiniana.
Défendre la paix par le savoir
Comme l’a rappelé Yves Rouyet, président de la Commission belge francophone germanophone de l’UNESCO – qui a également porté la candidature des Acta Sanctorum –, cette agence a été fondée dès avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour "défendre la paix". "Les peuples pourraient ne plus se faire la guerre", a-t-il plaidé, "par la culture, par les sciences, par l’éducation et le multilatéralisme. C’est en partageant les savoirs, en échangeant avec l’autre qu‘on va le comprendre, qu’on va le respecter dans ses différences". Dans le contexte géopolitique actuel, on comprend dès lors l’importance du registre Mémoire du Monde de l’UNESCO, qui met pour ainsi dire les archives de l’humanité à la portée de toutes et de tous. La mémoire collective du passé permet ainsi d’éclairer le présent et de préparer un avenir plus serein.
Les saints "essentiels au christianisme"
Au terme de la cérémonie, le jésuite Robert Godding, directeur actuel de la Société des Bollandistes, a rappelé le sens de la discipline que ceux-ci ont mis au point il y a quatre siècles: l’hagiographie critique, qui fait toujours l’objet du travail de l’équipe actuelle. "Pourquoi poursuivre aujourd’hui l’étude des saints et publier les sources qui nous les font connaître?", s’est demandé le Père Godding. "Parce qu’ils sont essentiels au christianisme, dont ils nous montrent à chaque époque l’originalité, la beauté, la vérité, la bonté. Mais aussi parce que les écrits que les saints ont suscités constituent les témoignages historiques les plus anciens sur nos villes et nos régions. La tâche est gigantesque", a-t-il ajouté.
Aujourd’hui, les Bollandistes ne publient plus de livres volumineux, mais une revue semestrielle qui existe depuis 1882, ainsi que deux collections de monographies. Parallèlement, l’informatisation de leurs sources est en cours, et plusieurs banques de données sont déjà accessibles en ligne, gratuitement. Une façon de mettre leurs recherches à la portée de tous les chercheurs, présents et futurs, mais aussi des chrétiens et des citoyens. (cath.ch/dimanche/ch/bh)
Au-delà des aspects religieux, la richesse de la bibliothèque des Bollandistes, qui contient plus de 500'000 livres, manuscrits, imprimés et gravures, sur cinq étages, en fait une source de recherches historiques précieuse. La société a fêté en 2007 le quatrième centenaire de la publication des Fasti sanctorum, du jésuite Héribert Rosweyde, une liste de 1'300 vies de saints, qui constitue l'assise intellectuelle de ses travaux. En 2018, la collection compte 67 volumes, rédigés en latin, de plus de 60'000 pages. BH