Parmi les sept nouveaux saints canonisés ce 19 octobre 2025 par le pape Léon XIV figurent deux Vénézuéliens. Le laïc José Gregorio Hernández Cisneros (1864-1919) fut un médecin renommé et demeure une personnalité très populaire en Amérique latine en raison de son engagement au service des pauvres. La religieuse Maria del Monte Carmelo (1903-1977), atteinte par un handicap, fut pour sa part la dynamique fondatrice et supérieure générale de la congrégation des Servantes de Jésus.
Né le 18 octobre 1864 dans une famille de sept enfants, José Gregorio Hernández Cisneros fait des études de médecine à l’université de Caracas, dans un environnement marqué par le matérialisme.
Remarqué pour ses compétences exceptionnelles dès le début de sa carrière, le docteur Hernández est envoyé par le président du Venezuela à Paris en 1889 pour suivre des cours de perfectionnement en microbiologie, bactériologie, histologie normale et physiologie expérimentale, des disciplines alors inexistantes à l’université de Caracas. Ses professeurs remarquent son application dans les études, alors que certains camarades tentent, sans succès, de l’embarquer dans les divertissements de la Belle époque.
De retour au Venezuela, il commence une carrière universitaire en fondant les chaires d’histologie normale et pathologique, de physiologie expérimentale et de bactériologie. Dans l’exercice de sa profession, il accorde une importance particulière au soin des pauvres, ne leur demandant aucun paiement et même, parfois, leur donnant de l’argent pour qu’ils puissent s’acheter les médicaments nécessaires.
Cet homme célibataire, qui se rend à la messe chaque jour, est remarqué par sa foi profonde : il fait le signe de croix avant chaque enseignement, et s’inscrit au Tiers-ordre franciscain. En 1908, à 44 ans, il décide de quitter sa profession pour entrer dans la vie religieuse.
Une vocation contrariée
Sa quête d’une vocation religieuse ou sacerdotale sera contrariée : durant l’été 1908, avec l’accord de l’archevêque de Caracas, il entre à la Chartreuse de Farneta, près de Lucques, en Italie. Il reçoit l’habit religieux et prend le nom de Frère Marcello. Cependant, après seulement neuf mois, à cause de problèmes de santé, il doit retourner au Venezuela, tout en espérant être admis à nouveau dans la Chartreuse une fois rétabli.
Il rejoint ensuite le séminaire diocésain de Caracas pour devenir prêtre, mais il en sort peu après pour reprendre l’enseignement et l’exercice de la médecine. Une troisième et dernière tentative échoue en 1913, lorsqu’il entre au Collège Pontifical latino-américain de Rome. Il n’y restera que huit mois, frappé de nouveau par une pleurésie sèche et les premiers signes de tuberculose.
« Acceptant la volonté de Dieu, il retourna au Venezuela et se consacra pleinement à sa mission de professeur et de médecin, avec un esprit de service et d’union avec Dieu », indique le dicastère pour les Causes des saints, relatant la vie de cet homme profondément religieux mais qui ne put jamais vivre la consécration à laquelle il aspirait.
Le 29 juin 1919, il meurt tragiquement, renversé par une automobile alors qu’il porte un médicament à un malade. Il sera béatifié en 2021 à Caracas après l’authentification d’un miracle – la survie d’une jeune fille victime d’une fusillade – mais sa canonisation a été décidée en vertu de sa réputation de sainteté, sans qu’aucun miracle supplémentaire ne soit formellement authentifié.
Le 26 février dernier, durant son hospitalisation au Gemelli, le pape François a en effet formellement autorisé la publication du décret du dicastère pour les Causes des saints ouvrant la voie à sa canonisation. Cette canonisation, bien que formellement célébrée par Léon XIV, constitue donc l’un des derniers actes du pontificat de François.
La religieuse Maria del Monte Carmelo, apôtre de l’adoration eucharistique
L’autre figure vénézuélienne canonisée est la religieuse Maria del Monte Carmelo (1903-1977). Carmen Elena Rendiles Martínez de son nom civil, née à Caracas, fut attirée par la vie consacrée dès sa petite enfance vécue dans une famille très pieuse.
Née sans bras gauche, une malformation qui posa quelques difficultés à son entrée dans une congrégation religieuse, elle ne renonça pas pour autant à sa passion pour l’art et le dessin, qu’elle abandonna seulement pour répondre à sa vocation la plus profonde. Le miracle reconnu pour sa béatification fut justement la guérison du bras malade d’une médecin, blessée par une décharge électrique trop puissante lors d’une intervention.
En 1927, elle rejoint la congrégation des servantes de l’eucharistie, ce qui l’amène à vivre deux années de formation en France, pays d’origine de cette congrégation. Après son retour au Venezuela, elle agit notamment pour la fondation d’une nouvelle maison à Caracas. Son leadership efficace la conduit à fonder en 1965 une nouvelle congrégation, les Servantes de Jésus de Caracas, qui rayonnent sur le Venezuela et la Colombie en promouvant l’adoration eucharistique. Elle en deviendra la supérieure générale de 1969 à sa mort huit ans plus tard. (cath.ch/imedia/cv/mp)