L’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), entité en charge des biens financiers et immobiliers du Saint-Siège, affiche en 2024 des résultats en nette hausse, avec 62,2 millions d’euros de bénéfice (+35 % par rapport à 2023), en raison de bons résultats financiers, annonce cet organisme le 28 juillet 2025.
Cependant, le patrimoine net du Saint-Siège – qui représente 2,597 milliards d’euros – a encore baissé lors de la dernière année de pontificat de François, avec une perte de 145 millions d’euros (-5 %) entre 2023 et 2024.
La mission principale de la centaine d’employés de l’APSA, officiellement la «banque du Vatican», concerne principalement la gestion d’un parc immobilier de 4.234 biens en Italie (15 de moins en un an). Près de la moitié de ces biens ne génèrent pas de revenus ou font l’objet de loyers en dessous des prix du marché. Le Saint-Siège possède aussi environ 1’200 biens immobiliers à l’étranger, gérés par l’intermédiaire de sociétés lui appartenant à 100%, notamment 752 biens à Paris, 344 en Suisse (Genève et Lausanne) et 27 à Londres.
À cela s’ajoutent les revenus de biens financiers qui, selon la constitution apostolique Praedicate evangelium publiée en 2022, doivent être confiés à l’Institut pour les œuvres de religion (IOR). Cependant, l’APSA ne semble pas avoir appliqué cette directive et l’IOR n’est même pas mentionné dans le rapport.
Les revenus financiers de la section mobilière de l’APSA – 38,1 millions d’euros en 2024 (+38 %) – sont en hausse, et ce malgré un «changement important dans la composition de la structure du portefeuille d’investissement», se félicite l’APSA, évoquant une diversification.
Mais ces bons résultats n’empêchent pas le patrimoine du Saint-Siège de continuer à diminuer. La baisse en 2024 est même plus importante que l’année précédente, puisqu’en passant de 2,742 à 2,597 milliards d’euros, le patrimoine a perdu 5% de sa valeur en un an – contre -3,8% en 2023.
Immobilier : peu de progrès, beaucoup de mouvement
Le Saint-Siège, comme l’année précédente, explique que cette baisse est principalement liée à une réévaluation de la valeur de son patrimoine. Mais le problème semble être aussi lié la stagnation des rendements immobiliers. Si le président de l’APSA, Mgr Giordano Piccinotti, annonce que son organisme doit «augmenter de plus en plus le flux de revenus annuels provenant de la gestion de ses actifs immobiliers», le bilan de l’année 2024 ne montre presque aucune évolution (+0,1 million d’euros).
Mgr Piccinotti annonce de plus que l’APSA compte poursuivre la cession de biens immobiliers «jugés inadaptés ou non stratégiques» dans les prochaines années. Le rapport souligne notamment la vente, en 2024, de l’ancienne nonciature à Tokyo. Même si le prix et les conditions de l’opération ne sont pas précisés, le Vatican s’est séparé d’un bien de très grande valeur, situé dans l’hypercentre de la capitale japonaise.
Dans son rapport, l’APSA annonce aussi qu’elle compte se séparer en 2025 d’immeubles à Londres – où son nombre de biens a par ailleurs augmenté en 2024. Les biens concernés représentent probablement un enjeu d’un point de vue réputationnel. Comme le numéro 45 de Sloane Avenue à Chelsea, ces immeubles du même quartier huppé de la capitale britannique ont été évoqués dans le cadre du procès de l’affaire dite «de l’immeuble de Londres» (2021-2023), une importante procédure judiciaire vaticane qui a abouti à la condamnation de neuf personnes, dont le cardinal Angelo Becciu.
Cœur du procès, l’immeuble de Sloane Avenue a été vendu en 2022. La procédure judiciaire avait indiqué que l’acquisition par la secrétairerie d’État des autres biens immobiliers de Londres (dont veut désormais se délester l’APSA) aurait donné lieu à des rétrocommissions et à l’emploi d’une architecture financière (via le Luxembourg et les îles anglo-normandes) incompatible avec les normes vaticanes.
46,09 millions reversés à la Curie
Le salésien Mgr Giordano Piccinotti, qui s’est vu confier la direction de l’APSA en octobre 2023, invite à regarder au-delà des chiffres, dans lesquels il voit apparaître une «tendance positive». Mais le changement, assure-t-il, serait plus dans les mentalités et le fonctionnement de l’institution : «Il y a une prise de conscience croissante que les biens confiés à l’APSA ne sont pas des fins en soi, mais des outils au service de la Communion, favorisant le sentiment d’appartenance à l’Église et à sa mission», déclare-t-il.
Chaque année, une partie des revenus de l’APSA est reversée à la Curie pour assurer son fonctionnement. Cette contribution a augmenté de 20% en 2024 par rapport à l’année précédente, atteignant 46,09 millions d’euros.
Ces prochaines années, l’APSA devra financer le projet de conversion énergétique du Vatican à l’énergie solaire. Insistant sur la professionnalisation croissante de ses équipes, elle annonce aussi la mise en place d’un nouveau programme de comptabilité, ainsi qu’un projet de rentabilisation de la Domus Paolo VI, un important complexe immobilier pour prêtres de Rome. (cath.ch/imedia/cd/mp)