Le 19 octobre 2025, le pape Léon XIV présidera la messe de canonisation de sept nouveaux saints au Vatican. Parmi eux figure l’Italien Bartolo Longo (1841-1926), fondateur du sanctuaire pontifical Notre-Dame-du-Rosaire de Pompéi, un haut lieu de spiritualité mariale très prisé par les papes.
Originaire des Pouilles, Bartolo Longo a été élevé dans un environnement religieux, mais s’en détourne violemment lorsqu’il rejoint Naples pour y mener des études de droit. Lecteur d’Ernest Renan, il adhère alors au courant positiviste qui rejette avec force toute réalité surnaturelle. Durant cette période, il fréquente des cercles occultistes et va même jusqu’à officier lors de messes sataniques.
Très éprouvé par ces pratiques spirites et en proie à la dépression, Bartolo Longo est pris en main par un ami de sa famille qui lui présente un prêtre dominicain. Il fait aussi la connaissance de Caterina Volpicelli (canonisée en 2009), aristocrate napolitaine très pieuse et fervente adepte de la prière du Rosaire, qui commence à prier pour lui avec ses proches. Ce nouvel entourage transforme radicalement Bartolo Longo, qui se convertit.
Toujours tourmenté, le jeune homme abandonne alors ses ambitions professionnelles, renonce au mariage et prend un poste dans une propriété agricole de Pompéi gérée par la comtesse Mariana Farnararo. Il intègre aussi le tiers-ordre dominicain, prenant le nom de frère Rosario – « frère Rosaire ». Ce choix est précurseur : lors d’une excursion dans la campagne de Pompéi, il entend une voix lui dire : « Si tu cherches le salut, répands le rosaire. C’est la promesse de Marie. Celui qui propage le rosaire est sauvé. »
Un sanctuaire marial soutenu par Léon XIII
Après cet épisode fondateur, Bartolo Longo se consacre entièrement à la propagation de cette dévotion, d’abord dans la société locale, puis dans toute l’Italie. Il crée un journal et un petit sanctuaire dédié à Notre-Dame-du-Rosaire à Pompéi. On y expose une peinture de la Vierge qu’il parvient à faire bénir par Léon XIII, qui lui apporte son soutien. Le succès est tel qu’en 1876, il lance la construction d’un nouveau sanctuaire. Les dons affluent et l’église est inaugurée en 1887.
Bartolo Longo s’engage ensuite auprès des plus pauvres : il fonde un orphelinat, un ordre de religieuses — les sœurs dominicaines du Rosaire de Pompéi — et une institution pour les enfants de détenus. Sur le plan spirituel, il lance en 1883 la dévotion de la « Supplique » à la Vierge Marie, une prière qu’il compose et qui connaît un succès mondial. Elle est récitée à la mi-journée chaque 8 mai et chaque premier dimanche d’octobre dans le monde entier.
En 1885, Bartolo Longo épouse la comtesse Mariana Farnararo, son hôte de longue date, à la demande de Léon XIII. Les deux époux obtiennent toutefois une dispense papale leur permettant de vivre dans la chasteté. Bartolo Longo offre plus tard au pape la propriété du sanctuaire, qui devient officiellement « pontifical » en 1890. Le laïc se retire alors de toute responsabilité sur les lieux pour se consacrer intégralement aux pauvres et à la prière jusqu’à sa mort en 1926, en odeur de sainteté.
Un procès en canonisation exceptionnel
Son procès en béatification est ouvert en 1934. Ses vertus héroïques sont reconnues en 1975 par Paul VI, lui donnant le statut de vénérable. Un premier miracle attribué à son intercession en 1945 — la guérison d’une mère de famille italienne — est rapidement reconnu, ouvrant la voie à sa béatification par Jean-Paul II en 1979.
Le pape polonais se rend sur la tombe du laïc dans le sanctuaire en 1979 et en 2003. En 2008, Benoît XVI offre à la basilique une Rose d’or, haute distinction donnée à un sanctuaire marial par l’Église catholique. En 2015, François visite à son tour le sanctuaire.
Cependant, aucun second miracle attribué à l’intercession n’est recensé, fermant donc la porte à une canonisation du bienheureux. En 2024, le pape François autorise le dicastère pour les Causes des saints à ouvrir une procédure exceptionnelle pour la canonisation de Bartolo Longo sans que soit nécessaire la reconnaissance d’un miracle. Le dicastère reconnaît le caractère exemplaire de la vie du bienheureux et de la vigueur exceptionnelle du culte qui lui est rendu et valide cette nouvelle positio. Une décision approuvée, le 24 février 2025, par le pape François, alors hospitalisé au Gemelli.
Un lien original avec Léon XIV
La mort du pontife argentin, le 21 avril suivant, retarde la canonisation de Bartolo Longo, mais coïncide avec un événement à forte portée symbolique : Léon XIV, qui a choisi son nom en hommage à Léon XIII — grand soutien du saint de Pompéi —, est élu le 8 mai, soit le jour de la fête de la Supplique à Notre-Dame-du-Rosaire de Pompéi.
Sensible à cette référence, le nouveau pape l’a soulignée dans son premier discours. Le 6 octobre dernier, il a également célébré la « Supplique » à la Madone si chère à Bartolo Longo dans une chapelle romaine consacrée à Notre-Dame-du-Rosaire de Pompéi. (cath.ch/imedia/cd/mp)