Les abus de la loi sur le blasphème au Pakistan ont trouvé un nouveau champ sur les réseaux sociaux. Des bandes organisées piègent les utilisateurs pour ensuite leur extorquer de l’argent en menaçant de les dénoncer aux autorités.
Le Pakistan est souvent dans l’actualité en raison de ses lois strictes sur le blasphème contre l’islam. A l’heure actuelle, les articles 295 à 298 du Code pénal pakistanais criminalisent toute atteinte supposée au Coran, au prophète Mahomet ou aux symboles religieux de l’islam.
Ce cadre légal favorise souvent les abus, étant donné qu’une simple dénonciation suffit pour engager des poursuites judiciaires, sans parler des pressions sociales et religieuses qui fragilisent la position des accusés, rapporte l’agence vaticane Fides.
A ce jour, 450 victimes d’accusations complètement fabriquées ont été recensées au Pakistan. Et pour l’avocat catholique et député Khalil Tahir Sandhu, il ne s’agirait que de la pointe de l’iceberg.
Une mécanique bien huilée
La mécanique des escrocs est en tout cas bien huilée. Les victimes sont généralement de jeunes gens ‘hameçonnés’ par des profils de jeunes filles sur les réseaux sociaux. Les futures victimes sont ensuite invitées à discuter sur des groupes en ligne. A ce moment-là, la ‘jeune fille’ – où plutôt ceux qui se font passer pour elle – envoie à son correspondant un message contenant des images ou des écrits blasphématoires.
Le jeune homme, qui ne se doute de rien, demande des explications: le voyou feint ne pas comprendre et demande à ce que le message lui soit renvoyé. Ceci fait, le piège se referme. Le solliciteur peut soumettre sa victime à un chantage pour avoir partagé des contenus blasphématoires en ligne.
Les maîtres-chanteurs peuvent compter sur l’aide d’un réseau d’organisations islamistes très présentes sur le net afin de traquer les éventuels contenus blasphématoires et de les porter devant la justice de la république islamique. Plusieurs jeunes gens et jeunes filles ont ainsi déjà payé de leur vie leur manque de discrétion sur internet.
Pour Sardar Mushtaq Gill, avocat et fondateur de l’ONG Legal Evangelical Association Development (LEAD), “cette pratique criminelle soulève de sérieux doutes sur la transparence de notre système judiciaire”. Il dénonce un « abus alarmant des lois religieuses» qui est devenu au fil du temps «un terrible outil d’extorsion qui soulève de sérieuses préoccupations quant à la sécurité et aux droits de chaque citoyen». (cath.ch/fides/mp)