Le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a sélectionné les juges qui officieront dans le procès canonique du Père Marko Rupnik, a indiqué le 3 juillet 2025 le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du dicastère. Assurant que Rome avait cherché des personnes indépendantes et au-dessus de tout soupçon, le cardinal n’a pas donné d’estimation sur la durée du procès.
En mars 2025, le cardinal Fernández avait expliqué que le DDF devait encore «créer un tribunal» pour juger le Père Marko Rupnik, ancien jésuite slovène et célèbre mosaïste accusé de graves abus par de nombreuses femmes. Alerté par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le pape François était à l’origine de cette procédure, lancée en octobre 2023 et menée par la section disciplinaire de la Doctrine de la foi.
Il a été “très difficile” de trouver des juges mais “nous y sommes arrivés”, a confié le préfet à la presse. Et de préciser que le DDF avait cherché “des personnes qui soient au-dessus de tout soupçon et puissent travailler de façon indépendante”. Il s’agissait de couper court à toute supputation d’intérêt ou de “pression”.
Jamais inquiété par la justice civile
Le cardinal argentin ne s’est pas avancé sur la durée de ce procès, arguant des “temps techniques” pour les procès canoniques. Il a précisé que les victimes de Marko Rupnik recevraient à présent l’information formelle des noms des magistrats.
L’ex-jésuite, dont les mosaïques ornent de nombreux sanctuaires catholiques du monde entier – Lourdes, Beyrouth, Damas, Aparecida, le Vatican, Fatima, Częstochowa… – est au cœur d’un important scandale révélé en novembre 2022 par la Compagnie de Jésus, qui l’a exclu de ses rangs en juin 2023.
Le prêtre slovène est accusé d’avoir abusé spirituellement et sexuellement de nombreuses femmes dans les années 1980-2000. Les faits se seraient déroulés en Slovénie et en Italie, alors qu’il était à la tête du centre Aletti, son atelier de mosaïque, et de la communauté religieuse qui lui est liée, la Communauté Loyola. À cause du délai de prescription, il n’a jamais été inquiété par la justice civile. (cath.ch/imedia/ak/rz)
Une mosaïque géante de «réparation» pour les agissements de Rupnik
Le cinéaste français Quentin Delcourt et la religieuse et artiste Sœur Samuelle Renaissance ont initié un projet de mosaïque de 50m2 de «contre-discours et récit» face aux abus commis par Marko Rupnik, rapporte le journal suisse Le Temps (2 juillet 2025). Sœur Samuelle est l’une des dizaines de femmes à avoir dénoncé les agissements du prêtre mosaïste. L’œuvre est composée de fragments de mosaïques issus du monde entier, portant des témoignages de personnes abusées, particulièrement des femmes et des religieuses, et de leur entourage proche.
Un financement participatif est en cours jusqu’au 4 juillet 2025 pour soutenir cette «démarche d’intelligence émotionnelle et humaine», avec laquelle Quentin Delcourt souhaite initier une «culture de la réparation, voire un mouvement international».
Alors que les mosaïques de Marko Rupnik restent visibles dans de nombreux lieux spirituels, Quentin Delcourt interroge: «L’effacement, c’est l’oubli. Or, la cancel culture n’a jamais réparé les victimes.» Il estime par contre indispensable d’ajouter aux œuvres problématiques d’autres créations, autant «de contre-discours et récits».
Une composition musicale accompagnera le tout, et Quentin Delcourt réalise un film sur le projet. RZ/LT