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    À l'Observatoire du Vatican: «Je me tiens sur les épaules de géants»

    Il a découvert une ancienne galaxie engloutie par Andromède et son nom a été attribué à un astéroïde. Le jésuite indien Richard Anthony D’Souza, nouveau directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican, se confie à I.MEDIA à propos de ses recherches. L'Univers, dit-il, «continue de résister à toute tentative de le faire entrer dans des catégories ou des modèles simples».

    Le Père Richard Anthony D’Souza, 47 ans, prendra ses nouvelles fonctions le 19 septembre 2025. Nouveau directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican, il présente déjà une carrière prestigieuse. Retour sur son parcours et sur le travail qui l'attend.

    Quelle est votre histoire avec les étoiles? Comment avez-vous découvert votre vocation pour l’astronomie, parallèlement à votre vocation religieuse?
    Richard Anthony D’Souza: J’ai découvert ma vocation pour l’astronomie au cœur même de ma vocation religieuse. Depuis mon jeune âge, j’ai toujours été attiré par les sciences et l’ingénierie. Après l’école, je suis immédiatement entré chez les jésuites, mais mes supérieurs m’ont encouragé à poursuivre des études scientifiques en physique. L’astronomie ne m’attirait pas spécialement au début, mais mon intérêt s’est développé peu à peu.

    J’ai beaucoup lu sur les travaux des jésuites dans les domaines de l’astronomie et des sciences. Pendant mon master de physique à l’Université de Heidelberg, en Allemagne, mes supérieurs m’ont suggéré d’envisager l’astronomie comme voie possible, sachant que l’Observatoire du Vatican avait exprimé le souhait de me recruter. J’ai donc choisi de faire mon mémoire de master à l’Institut Max Planck d’Astronomie à Heidelberg, ce qui m’a permis de vivre une première expérience directe de la recherche astronomique. C’est à ce moment-là que j’ai été conquis.

    Après avoir terminé mes études ecclésiastiques en philosophie et théologie, et après avoir été ordonné prêtre en Inde, je suis retourné faire un doctorat en astronomie.

    En tant que premier directeur asiatique de l’Observatoire du Vatican, comment concevez-vous votre mission?
    La mission de l’Observatoire du Vatican reste fidèle à celle définie dans ses documents fondateurs, notamment le Motu Proprio Ut Mysticam (1891) du pape Léon XIII: être au service du pape et de l’Église universelle, montrer au monde que foi et science peuvent aller de pair et que l’Église n’est pas opposée à la science véritable et honnête.

    D’un côté, je suis très conscient de la stature des nombreux jésuites éminents qui m’ont précédé à cette fonction et qui ont permis le rayonnement de l’Observatoire tel que nous le connaissons aujourd’hui. Je me tiens vraiment sur les épaules de géants. D’un autre côté, je comprends la grande responsabilité qui m’est confiée: diriger l’Observatoire du Vatican en cette période critique, afin que la Specola [Observatoire astronomique, ndlr] continue de servir le pape et l’Église universelle, en promouvant le dialogue entre la foi et la science grâce à une recherche scientifique solide.

    Pourquoi est-ce un moment crucial?
    L’une des responsabilités majeures du directeur est de constituer une équipe de jésuites capables de poursuivre cette mission. La première génération de scientifiques jésuites arrivée à l’Observatoire dans les années 1930 était principalement issue des pays germanophones et néerlandophones. Les évolutions démographiques de la Compagnie de Jésus ont conduit à l’arrivée de plusieurs astronomes jésuites américains dans les années 1970 et 1980.

    Aujourd’hui, la Compagnie doit élargir son regard au monde entier pour recruter des hommes susceptibles de servir à l’Observatoire. Naturellement, il nous faudra chercher des jésuites dans les régions où les vocations sont nombreuses.

    Étiez-vous présent lorsque le pape Léon XIV est venu à Castel Gandolfo le 21 juillet 2025? Avez-vous échangé avec lui sur votre travail?
    Oui, j’étais là. Le Père David Brown sj et moi-même l’avons accueilli à la Specola et nous lui avons présenté les coupoles et les télescopes installés au sommet du Palais apostolique. Nous lui avons expliqué les activités de la Specola, l’histoire des télescopes qu’il observait, ainsi que les recherches actuellement menées par l’Observatoire. Il s’est montré très curieux, à l’écoute, et très encourageant quant à notre travail.

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    Double-Astrograph-Melanie-K-King
    Télescope de la Specola à Castel Gandolfo | © Observatoire du Vatican

    Vous êtes spécialiste des «halos stellaires» et vous définissez comme un «archéologue galactique». Que signifie cette expression? En quoi consiste votre domaine de recherche?
    L’une de mes grandes questions de recherche porte sur l’influence des fusions de galaxies sur leurs propriétés actuelles. Au cours de son existence, une galaxie comme la nôtre, la Voie lactée, fusionne avec des milliers de galaxies plus petites. Pour comprendre comment ces fusions ont façonné notre galaxie actuelle, il faut en reconstituer l’histoire, comme un archéologue qui retrace le passé à partir des vestiges. Cela passe par l’étude de la lumière très faible présente en périphérie des galaxies, une lumière très difficile à observer mais qui renferme des informations précieuses sur leur passé. Grâce à mes recherches, j’ai pu montrer comment il est possible d’estimer la masse et la date de la fusion de la plus grande galaxie satellite ayant fusionné avec la nôtre.

    En 2018, votre découverte de «M32p», l’ancienne galaxie engloutie par Andromède, a suscité intérêt et débats. Quelle est cette galaxie? Sur quels éléments vous appuyez-vous pour étayer votre hypothèse?
    Nous avons appliqué notre méthode à notre voisine la plus proche, la galaxie d’Andromède, et conclu qu’elle avait fusionné avec une grande galaxie il y a environ deux milliards d’années. Cette galaxie disparue avait environ la moitié de la taille de la Voie lactée. Nous avons alors émis l’hypothèse que cette galaxie avait été dévorée par Andromède et que son vestige subsistait aujourd’hui sous la forme de la galaxie énigmatique M32, dont l’origine restait jusqu’ici inexpliquée. Nous avons donc nommé cette galaxie disparue «M32p», p pour progenitor (progénitrice) de M32. Un indice majeur nous a orientés vers M32: sa densité extrêmement élevée, bien supérieure à celle du noyau de la plupart des galaxies, un peu comme une pêche dont on aurait retiré la chair, ne laissant que le noyau dur.

    Tout récemment, un astéroïde a été baptisé de votre nom. Où se trouve-t-il? Comment s’est fait ce choix du nom?
    En juin de cette année, l’astéroïde 671271 (ou 2014 HJ308) a été nommé en mon honneur. Il a été découvert par K. Cernis et le Père R. P. Boyle sj à l’aide du Vatican Advanced Technology Telescope, situé sur le mont Graham [États-Unis], en 2012. Il se trouve actuellement dans la partie externe de la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter. C’est un honneur qui s’ajoute à une liste de plus de 30 astéroïdes nommés en hommage à des jésuites.

    Un astéroïde ne reçoit un nom qu’après avoir été observé suffisamment longtemps pour que son orbite soit précisément déterminée. Ce processus peut prendre plusieurs années. Une fois que l’objet reçoit une désignation permanente (un numéro attribué en séquence), le découvreur est invité à proposer un nom, soumis à l’approbation d’un comité spécial de l’Union astronomique internationale (UAI).

    Vous avez affirmé que l’astronomie est «la plus transcendante des sciences». Pourquoi?
    Le ciel nocturne est notre patrimoine commun. Toutes les grandes civilisations anciennes — les Égyptiens, les Mayas, les Chinois, les Grecs, Indiens et Perses — ont scruté les cieux. Depuis toujours, l’humanité regarde vers les étoiles pour tenter de répondre aux grandes questions. D’où venons-nous? Où allons-nous? Sommes-nous seuls dans l’Univers? Bien que nos conceptions du cosmos aient beaucoup évolué au fil des siècles, ces questions éternelles continuent encore de guider l’astronomie: l’étude de l’origine et du destin final de l’Univers, la possibilité qu’il existe une vie sur d’autres planètes et la manière dont nous pourrions la détecter.

    "En chacun de nous existe un profond émerveillement, un élan vers le mystère du cosmos."

    Pourquoi les cieux nous fascinent-ils autant? Je crois que cela touche au cœur même de l’être humain. En chacun de nous existe un profond émerveillement, un élan vers le mystère du cosmos. Et nous faisons cette expérience lorsque nous levons les yeux vers le ciel nocturne. Que l’on soit un enfant dans le désert du Sahara, un adolescent en Inde ou un professeur à Harvard ou au MIT (Institut de technologie du Massachusetts, ndlr), chacun s’exclame «woaw» devant l’image d’une galaxie voisine ou d’une nébuleuse spectaculaire.

    Ce sentiment réveille en nous une soif de transcendance, un désir d’au-delà. J’aime comparer cela à la fresque de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine: Adam tendant la main vers le divin. En chacun de nous, une tension intérieure, un appel incessant vers le transcendant, vers Dieu. Et quoi de plus transcendant — et en même temps de plus physique — que le cosmos? C’est pourquoi, pour moi, l’astronomie est la plus transcendante des sciences.

    Vos convictions spirituelles influencent-elles votre travail scientifique? Quelles sont, selon vous, les tensions ou les liens possibles entre les modèles cosmologiques (comme la matière noire ou l’énergie sombre) et les conceptions traditionnelles de la création ou de la spiritualité?
    Je ne dirais pas que mes convictions spirituelles influencent directement mon travail scientifique. Mais je crois que Dieu a créé l’Univers et qu’il y est présent, qu’il y agit pour nous. Cela me donne une motivation supplémentaire pour comprendre la création divine et son fonctionnement. Mon travail scientifique peut devenir pour moi une forme de louange à Dieu.

    Néanmoins, mes recherches scientifiques s’inscrivent dans le paradigme scientifique actuel. La théorie scientifique du Big Bang a été formulée par un prêtre catholique belge, le Père Georges Lemaître, qui a travaillé à appliquer les équations de la relativité d’Einstein à l’Univers. D’une certaine façon, c’est une théorie très catholique. Mais plus nous recueillons de données sur l’Univers, moins nous le comprenons. Pour expliquer ces données, la communauté scientifique a dû introduire des concepts provisoires comme la matière noire et l’énergie sombre, qui traduisent à la fois l’état actuel de nos connaissances et nos zones d’ignorance.

    La communauté scientifique s’efforce chaque jour de réduire les limites de cette ignorance, mais, d’une certaine manière, l’Univers continue de résister à toute tentative de le faire entrer dans des catégories ou des modèles simples par la méthode scientifique.

    L’Observatoire du Vatican a pour mission historique de promouvoir le dialogue entre l’Église et la science. Quels en sont aujourd’hui, selon vous, les obstacles — ou au contraire les forces?
    C'est vrai, c'est là l’un de ses objectifs fondamentaux. Nous le poursuivons d’abord par une recherche scientifique de haute qualité, pour montrer au monde et à l’Église que «nul ne saurait douter que l’Église et ses pasteurs ne s’opposent en rien à la science vraie et solide, humaine ou divine, mais qu’ils l’embrassent, la soutiennent et la promeuvent de toute leur énergie» (Motu Proprio Ut Mysticam, 1891).

    C’est en menant des recherches astronomiques rigoureuses que nous témoignons que la foi et la science peuvent coexister. Ce message est très bien perçu dans le domaine de l’astronomie. Mais il est parfois moins visible dans d’autres disciplines scientifiques où nous ne sommes pas présents. C’est donc à la fois une force et une limite dans notre mission de dialogue.

    Pour y remédier, dans les années 1980, le pape Jean Paul II a officiellement chargé l’Observatoire de promouvoir ce dialogue au sein des universités catholiques. Cela a donné lieu à une série de séminaires sur «l’action divine dans l’univers», en partenariat avec le Centre de théologie et de sciences naturelles (CTNS).

    "Nous utilisons beaucoup l’intelligence artificielle pour analyser les grandes quantités de données issues des télescopes modernes."

    Aujourd’hui encore, nos membres participent activement à des colloques, publications, et séminaires pour promouvoir ce dialogue entre science et foi. Une part importante de notre travail vise aussi à former les catholiques, par des séminaires en ligne ou en présentiel, à la compatibilité entre foi et science.

    En tant que prêtre-scientifique, voyez-vous un rôle particulier pour l’Observatoire du Vatican sur des questions contemporaines comme l’éthique de l’intelligence artificielle en astronomie, ou l’écologie planétaire?
    Même si notre mission principale est la recherche astronomique, nous restons ouverts à d’autres domaines connexes. Récemment, un jeune jésuite indonésien, le Père Christoforus Bayu, spécialisé en météorologie et climatologie, a rejoint notre équipe. Le Père Chris Corbally et ses collaborateurs explorent les aspects technologiques et sociologiques de la vie humaine dans l’espace.

    Nous utilisons beaucoup l’intelligence artificielle en astronomie pour analyser les grandes quantités de données issues des télescopes modernes — en nous concentrant sur les aspects techniques. Mais j’espère que nous pourrons, à l’avenir, collaborer avec les académies pontificales sur les enjeux éthiques de l’IA.

    L’un des jalons historiques de l’Observatoire du Vatican fut la réforme du calendrier grégorien. Pensez-vous qu’il pourrait être à nouveau modifié — du moins sur le plan liturgique — pour se rapprocher de l’Église orthodoxe et fêter Pâques à la même date?

    Le pape Grégoire XIII a réformé le calendrier en 1582, avec l’aide des astronomes jésuites du Collège Romain, dont le Père Christoph Clavius, un jésuite allemand. Cet observatoire papal n’était pas encore officiellement appelé «Observatoire du Vatican».

    L’un des grands désirs du pape François et aussi du pape Léon XIV est que les Églises catholique et orthodoxe puissent célébrer Pâques à la même date. Pour cela, des compromis seront nécessaires des deux côtés, et je peux tout à fait imaginer que l’Église catholique soit prête à modifier son calendrier liturgique. Au fil des années, de nombreuses propositions d’amélioration ont été faites, car ce calendrier reste imparfait. (cath.ch/imedia/ak/lb)

    Un pape et trois jésuites honorés dans le ciel

    14/02/2023

    Un pape et trois jésuites honorés dans le ciel

    L'Union astronomique internationale (UAI) a immortalisé un pape et trois astronomes jésuites dans le ciel. Dans son bulletin de février, l’institution a donné leur noms à quatre astéroïdes situés dans la ceinture d’astéroïdes entre mars et Jupiter.

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