Zurich 5novembre(APIC) Le parlement cantonal zurichois a accepté lundi
une initiative demandant un projet de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Les rangs bourgeois UDC et radicaux ont soutenu ce projet, écologistes et
socialistes lui ont apporté des voix éparses tandis que les démocrates
chrétiens et les évangélistes l’ont refusé unamimement. Le gouvernement
devra soumettre dans les prochains mois au parlement un projet de
séparation. Si celui-ci obtient un tiers des 180 voix du Grand conseil, il
sera alors soumis au vote populaire. Les députés ont par contre refusé une
seconde initiative demandant la suppression de l’impôt ecclésiastique pour
les personnes juridiques.
Pour les partisans du projet, la situation actuelle régissant les
rapports entre l’Eglise et l’Etat doit être réexaminée. Certains estiment
que les privilèges écclésiatiques ne sont plus légitimes et que le lien
entre l’Eglise et l’Etat est contraire à la liberté de croyance et de
conscience. Pour d’autres, toutes les religions doivent être traitées sur
un pied d’égalité. Plusieurs députés ont aussi stigmatisé l’Eglise "qui
s’occupe trop de politique et pas assez d’assistance spirituelle".
Les opposants soulignent surtout les nombreuses tâches sociales dont se
chargent les Eglises. Un socialiste a fait remarquer qu’une séparation
pourrait avoir de graves conséquences dans ce domaine. D’autres voient dans
ce projet une tentative de discipliner l’Eglise parfois "insubordonnée".
Dans le même sens, un rapport concernant les relations Eglise-Etat dans
le canton de Berne sera discuté prochainement au Grand conseil. Ce rapport
se montre disuasif quant à la tentation de séparer l’Eglise et l’Etat.
Les relations Eglise-Etat en Suisse
Les relations entre l’Eglise et l’Etat sont marquées par la tradition et
une histoire complexe, on trouve ainsi en Suisse autant de systèmes que de
cantons. Seuls Genève et Neuchâtel connaissent depuis le début du siècle la
séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans le canton de Vaud, l’Eglise
réformée est une "institution nationale", tandis que l’Eglise catholique
jouit d’un statut de droit privé. Dans les autres cantons, les Eglises
principales bénéficient d’un statut de droit public.
Le financement des Eglises est donc très varié également. Dans 17
cantons, l’Etat contribue d’une manière ou d’une autre aux besoins des
Eglises. En Valais, à Schwyz et au Tessin, ce sont les communes qui
prennent en charge les besoins des paroisses. La plupart des cantons
connaissent le régime de l’impôt ecclésiastique, parfois facultatif
(GE,NE).
Dans un sondage récent, plus des trois quarts des Suisses s’expriment en
faveur d’une séparation de l’Eglise et de l’Etat et pour la non-immixtion
des Eglises dans la politique. La situation générale évolue d’ailleurs dans
ce sens, notamment à Fribourg, où une nouvelle loi accordant l’autonomie
aux Eglises a été acceptée cette année. Il en est de même en Valais. La
situation zurichoise s’inscrit donc aussi dans ce contexte. (apic/mp)