Zurich: Séparation Eglise-Etat (110392)
Zurich, 11 mars(APIC) Pour la troisième fois en une quinzaine d’années,
les Zurichois pourraient bien être appelés à se prononcer à nouveau sur la
question de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Une initiative cantonale sera déposée en avril. En cas d’acceptation par le peuple, Zuriche deviendrait ainsi le troisième canton suisse après Genève et Neuchâtel à connaître un régime de séparation.
L’Eglise doit s’occuper du spirituel et laisser le temporel aux politiques, ainsi pourrait-on résumer un des arguments du comité d’initiative
pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, présidé par le radical Kurt
Egloff, ancien conseiller municipal de la ville de Zurich. Dans la ligne de
mire: l’Eglise évangélique réformée nationale à qui on reproche d’être trop
politisée. Des prises de positions officielles ou émanants d’organismes de
l’Eglise en faveur des réfugiés, contre le nucléaire ou sur les questions
militaires sont autant d’exemples que citent ces "déçus de l’Eglise nationale".
"L’affaire Leueneberger" au printemps 1991 a fait office de détonateur.
Lors de la campagne pour l’élection au gouvernement cantonal, le
"Kirchenbote", organe officiel de l’association des pasteurs du canton de
Zurich, avait soutenu publiquement le candidat socialiste Moritz
Leuenberger, fils d’un professeur de théologie. Depuis lors une initiative
parlementaire pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat a été acceptée
par le Grand Conseil, le 5 novembre 1991, avec le soutien de l’UDC, des
radicaux et du parti des automobilistes. Le gouvernement devra donc
soumettre ces prochains mois un projet de séparation au parlement. Mais
cette procédure parlementaire, considérée comme un simple coup de semonce,
ne satisfait pas les déçus de l’Eglise ni les défenseurs acharnés de la
liberté individuelle qui s’apprêtent à lancer ensemble une initiative
populaire.
En 1977, une initiative cantonale sur ce sujet avait été refusée par le
peuple, mais un sondage montre aujourd’hui que 80% des Zurichois seraient
favorables à une séparation. En 1980 lors d’un scrutin fédéral, le peuple
zurichois avait renouvelé son refus d’une séparation de l’Eglise et de
l’Etat.
Au sein même des Eglises, la question divise. "Je suis contre une
séparation brutale explique Willy Spieler, rédacteur de "Neue Wege", le
journal des socialistes protestants. En revanche je suis favorable à une
séparation qui viendrait de l’intérieur de l’Eglise suite à une remise en
question réfléchie."
Eglise et finances
La question a bien sûr un aspect financier. Une séparation entrainerait
une réduction des recettes des Eglises. Pour les partisans du statu quo
elles ne seraient alors plus en mesure de remplir leurs tâches sociales.
Pour les initiants on peut imaginer, sous un régime de séparation, que
l’Etat subventionne ces oeuvres sociales comme il le fait pour d’autres
institutions d’utilité publique.
Même s’ils ne le disent pas ouvertement, les pasteurs craignent pour
leurs acquis. "Les pasteurs zurichois avec un salaire de 100’000 à 130’000
francs par an sont sans doute les mieux payés du monde" explique Christophe
Möhl, chargé d’information de l’Eglise nationale.
Depuis Zwingli, l’Etat s’est engagé à pourvoir aux frais de cultes: le
60% des salaires versés aux ministres provient directement des caisses de
l’Etat. Les impôts ecclésiastiques qui sont obligatoires pour les personnes
physiques et pour les personnes morales (entreprises) vont aux trois
Eglises reconnues (évangélique nationale, catholique romaine et catholique
chrétienne). Depuis 1986 on a enregistré chaque année plus de 2’000 sorties
d’Eglise pour des motifs qu’on estime essentiellement financiers.
La voie du compromis
Le conseil synodal de l’Eglise évangélique nationale prépare
actuellement un rapport à l’intention du Conseil d’Etat. Une des solutions
proposées serait de briser le "monopole" de l’Eglise nationale et de
partager le "gâteau" avec d’autres Eglises encore non reconnues à condition
toutefois qu’elles soient organisées sur une base démocratique.
(apic/spp/mp)