"Deux jours avec des martyrs!", témoigne Mgr Mamie
Zurich, 7avril(APIC) "Je ne reviens pas de l’enfer bosniaque. Je viens de
passer deux jours avec des martyrs. Car en enfer, il n’y a pas de martyrs".
C’est en ces termes que Mgr Pierre Mamie, visiblement ému a relaté, à son
retour à Zurich, de son voyage de deux jours en Bosnie, dans le diocèse de
Banja Luka, région sous le contrôle des Serbes de Bosnie. Le président de
la Conférence des évêques suisses a précisé qu’il n’y a pas que les catholiques qui sont victimes de ce martyre, mais aussi les musulmans. 80 % des
églises sont détruites, et plus aucun minaret n’est debout.
Mgr Mamie et le Père Roland-B. Trauffer, mandatés par la Conférence des
évêques suisses CES), ont pu passer par "chance" à travers les barrages et
obtenir les autorisations nécessaires. "Le cardinal Etchegaray, que nous
avons rencontré, a été refoulé, explique Mgr Mamie, alors qu’il ne venait
que pour prier et rien d’autre dans cette période de Pâques." "Or c’est le
cardinal Etchagaray lui-même qui m’avait dit la semaine dernière à Fribourg
(lors d’un congrès à l’Université) d’aller à Banja Luka." Sur place Mgr Mamie et le Père Trauffer ont pu rencontrer, outre Mgr Franjo Komarica, évêque du lieu, des représentants des catholiques, des musulmans et des orthodoxes ainsi que de nombreuses personnalités civiles.
Les catholiques et les musulmans sont chassés systématiquement de la région de Banja Luka. Mgr Komarica dans de nombreux appels au secours depuis
l’été dernier, affirme que les Serbes font tout pour vider les catholiques
de son diocèse, souligne Mgr Mamie. En détruisant les églises, c’est le
lieu privilégié des croyants que l’ont détruit. Mgr Mamie relève cependant
que dans d’autres régions, l’exode se fait en sens inverse et ce sont les
Serbes qui sont expulsés.
"Il y a beaucoup de blessés partout, ajoute Mgr Mamie. Il faudra longtemps pour cicatriser ces blessures, tant au plan physique qu’au plan psychique". A trois jours de Pâques, Mgr Mamie, à la cathédrale de Banja Luka,
a voulu apporter l’espoir de la résurrection. Pour la CES, ce voyage est un
réel signe de solidarité.
Mgr Mamie a également été frappé par l’absence dans les églises et ailleurs des enfants et des hommes: "Ou sont-ils?" L’évocation du témoignage
de soeurs "maltraitées par des soldats une nuit entière" provoque une profonde émotion dans la voix de l’évêque qui a été marqué par leur force et
de leur courage pour répondre à la violence sans amertume.
Abordant des questions concrètes, la délégation a pu constater combien
l’aide apportée par Caritas est indispensable. Elle seule permet souvent
aux gens de ne pas prendre les routes de l’exil, souligne le Père Trauffer.
Mgr Mamie a salué en outre le travail des casques bleus, jordaniens et
népalais, croisés sur les routes. "Pourquoi pas de Suisses?" s’interroge-til, avant d’affirmer son désir de rencontrer un membre du Conseil
fédéral et des réprésentants du CICR. (apic/pr/mp)