Zurich: division dans une paroisse (150389)
Zurich, 15mars(APIC) Pour permettre aux différents courants du protestantisme de s’exprimer en son sein, l’Eglise réformée du canton de Zurich a
institué un règlement ecclésiastique protégeant les minorités. A cette disposition présidait, historiquement, le souci de laisser une certaine marge
de liberté au courant piétiste, représenté notamment par le tendance
évangélique. La loi ecclésiastique donne ainsi la possibilité à une minorité - pour autant qu’elle atteigne le cinquième des paroissiens - d’utiliser les locaux paroissiaux et même d’engager, mais à ses frais, son propre
pasteur.
Dans la paroisse d’Eglisau (ZH), sur les bords du Rhin, les tendances
sont inversées: la minorité se réclame de l’Eglise nationale, alors que la
majorité appartient au courant évangélique. En mars de l’année dernière, le
pasteur Walter Gisin, évangélique qui passe pour conservateur, est reconduit dans son ministère, mais 38% des paroissiens votent contre lui. La
crise qui couvait depuis plusieurs années éclate. Le président du Conseil
synodal zuricois, le pasteur Ernst Meili, propose alors une solution propre
à débloquer la situation: le poste vacant de diacre de la paroisse d’Eglisau pourrait être confié à un deuxième pasteur représentant une tendance
plus ouverte. Pourtant, les autorités paroissiales d’Eglisau, acquises au
pasteur Gisin, refusent cette solution qui, selon elles, "institutionnaliserait la scission et conduirait à la création de deux paroisses".
Campagne auprès de la population
La minorité décide alors de se grouper et fonde en janvier dernier
"l’Association pour l’Eglise nationale". Elle se donne pour but "de favoriser une prédication et une activité de type multitudiniste et de construire
une vie communautaire qui réponde à la fois au caractère national et qui
soit ouverte à l’oecuménisme". Une campagne vient d’être lancée auprès de
la population d’Eglisau appelant les paroissiens à adhérer au mouvement. Si
l’Association réunit 220 signatures, soit le quota des 20% nécessaires à
faire appliquer l’article 22 de la loi ecclésiastique, elle aura alors le
droit d’utiliser les infrastructures paroissiales. Elle pourra même engager, à ses frais cependant, un pasteur. Les instigateurs du mouvement en
faveur de l’Eglise nationale ont bon espoir d’aboutir.
"Nous ne sommes pas opposés à un engagement de type évangélique dans
notre Eglise Nationale, déclare Jürg Hugelshofer, le président de l’Association, mais nous voulons que nos enfants reçoivent un enseignement biblique conforme à l’esprit de notre Eglise". Actuellement les tenants de
l’Eglise nationale ont déjà mis sur pied trois classes d’école du dimanche
et organisent, avec l’aide de pasteurs extérieurs à la paroisse, des cultes
et des soirées paroissiales. Quant aux catéchumènes, ils sont envoyés dans
des paroisses avoisinantes. L’Association souhaite que, dès la prochaine
rentrée scolaire, les adolescents puissent suivre leur catéchisme à Eglisau.
"Si le pasteur Gisin devait quitter Eglisau, il est certain, prédit Werner Frei, que bon nombre de paroissiens quitteraient les rangs de l’Eglise
et rejoindraient des communautés évangéliques". Le pasteur Gisin admet
qu’il puisse y avoir des insatisfactions et déplore la division. "Mais mon
souci est aussi, déclare-t-il, que l’Eglise de Zurich tienne compte des
intérêts des évangéliques". Enfin, l’Assemblée évangélique de la ville et
du canton de Zurich (EKVZ) se dit surprise "de l’ingérence du Conseil synodal dans les affaires de la paroisse d’Eglisau". Elle s’inquiète en outre
que "ses membres et avant tout des pasteurs aux convictions évangéliques
affirmées ne soient tenus à l’écart de l’Eglise nationale". (apic/spp/pr)