Zurich : Appel de Mgr Kräutler en faveur des indiens d’Amazonie (270390)
Zurich, 27mars(APIC) Ce qui se passe en Amazonie, c’est de la "folie pure", "un vrai génocide", affirme Mgr Erwin Kräutler, évêque de la prélature
territoriale de Xingu, dans l’Etat de Para, en pleine forêt amazonienne.
L’"avocat des Indiens", comme on le surnomme au Brésil, était de passage
mardi à Zurich à l’invitation de l’Action de Carême. Il s’est montré plutôt
pessimiste sur la volonté du nouveau président brésilien Collor de Melo de
faire respecter la Constitution et de faire sortir les 50’000 chercheurs
d’or qui ont envahi illégalement les réserves indiennes d’Amazonie.
On n’est pas encore au clair sur la politique du gouvernement Collor, at-il souligné, mais le nouveau président tient un langage ambigu : d’un côté, il affirme vouloir préserver l’Amazonie et a nommé le célèbre écologiste José Lutzenberger secrétaire d’Etat à l’environnement; de l’autre, il
affirme vouloir ouvrir l’Amazonie aux investissements privés brésiliens et
aux multinationales. De plus, la politique indigéniste reste soumise au
Conseil National de Sécurité, c’est-à-dire aux intérêts des militaires. Le
projet militaire "Calha Norte", qui a permis l’établissement de bases militaires dans les réserves indiennes pourtant protégées par la Constitution,
a fait perdre, dans la région d’Alto Rio Negro plus des trois-quarts des
terres des Yanomami et près de la moitié de celles des Ticuna.
Sur quelque 10’000 Yanomami, près de 1’500 sont déjà morts des suites de
la pénétration des chercheurs d’or dans leurs réserves : des indiens sont
assassinés, sans que la police ou l’armée ne les protègent, bien au contraire; la majorité des victimes sont causées par l’introduction de maladies contre lesquelles les indiens ne sont pas immunisés, par l’empoisonnement des fleuves sur des centaines de kilomètres par les boues, les hydrocarbures et le mercure rejetés par les chercheurs d’or. Quand il ne s’agit
pas de destruction physique de populations, on les corrompt moralement :
ainsi apparaissent la prostitution et l’alcoolisme, et grâce à l’argent
donné à certains chefs, même la télévision est arrivée en pleine Amazonie,
des antennes paraboliques ayant été installées dans certains villages indiens.
"Nous ne sommes ni des révolutionnaires, ni des marginaux"
"Si l’on ne peut les anéantir physiquement, on détruit leur âme", affirme Mgr Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI), une
organisation qui a le soutien total de la Conférence nationale des évêques
du Brésil (CNBB) et qui travaille également main dans la main avec les
Eglises luthérienne, méthodiste et anglicane. "Nous ne sommes ni des révolutionnaires, ni des marginaux dans l’Eglise, nous avons l’appui de l’épiscopat et le pape m’a même encouragé", affirme le prélat d’origine autrichienne, qui demande seulement le respect de la Constitution qui garantit
les droits des indiens.
Mais face au lobby économique - gros propriétaires terriens, militaires,
compagnies minières nationales et transnationales, exploitants de bois précieux et chercheurs d’or chassés de la campagne par l’accaparement des terres par quelques-uns - l’Eglise est accusée de vouloir "internationaliser"
l’Amazonie, porter atteinte ainsi à la souveraineté nationale du Brésil et
à sa capacité économique.
"Tu es le président du CIMI, je vais te tuer!"
Ce combat de l’Eglise "pour le droit à la vie", pour empêcher le génocide des populations indiennes - ils étaient 7 à 10 millions avant l’arrivée
des colons portugais, encore un million au début du siècle, mais moins de
300’000 aujourd’hui - n’est pas sans risques et plusieurs collaborateurs du
CIMI l’ont payé de leur propre vie. Mgr Kräutler a été plusieurs fois
agressé "par des inconnus", la dernière fois le 27 janvier dernier quand un
homme l’a attaqué à coups de poings dans sa demeure à Altamira, en déclarant : "Tu es le président du CIMI, je vais te tuer!".
Le 22 décembre, lors d’une messe dans une église à une cinquantaine de
kilomètres de Xingu, il s’était fait copieusement insulter par un grand
propriétaire terrien pour avoir pris la défense des indiens. A la veille de
Noël, un bulldozer, à la lumière des phares de camions, a complètement rasé
l’église. Plainte a été déposée, mais l’évêque de Xingu n’a pas grand
espoir que la justice punisse les responsables. Si l’on n’emprisonne pas
les tueurs à gages pour des crimes commis sur demande de grands
propriétaires terriens, il n’y a en effet pas de raison que l’on punisse
les auteurs de la destruction d’une église...
L’Eglise brésilienne, précise Mgr Kräutler, comprend la détresse des
chercheurs d’or - eux-mêmes chassés de leurs terres par les spéculateurs et demande pour les paysans et travailleurs agricoles une vraie réforme
agraire. A Xingu, l’Eglise a déjà donné l’exemple et ses terres ont été divisées en parcelles et remises aux paysans. (apic/be)