"La justice, une machine désincarnée"
Zurich, 22novembre(APIC) 250 policiers, magistrats, psychologues, gardiens de prison, éducateurs et assistants sociaux ont participé jeudi et
vendredi 21 et 22 novembre à Zurich à un colloque intitulé "Travailler avec
les délinquants - profession et vocation". Avec à la clé ce diagnostic: la
formation professionnelle, celle des juges notamment, n’est pas assez
orientée sur la pratique.
Organisé par le groupe "Aide aux détenus" de Caritas Suisse, à l’Académie Paulus de Zurich, ce colloque a permis aux participants de se pencher
sur les problèmes liés à l’exercice de leur profession. Travailler avec les
délinquants qui ne respectent pas les règles de la société est une entreprise difficile. Et condamner un individu une tâche éminemment délicate si
l’on songe aux conséquences qu’elle implique au plan humain. "Trop souvent
hélas, le juge travaille comme un mécanicien", a relevé Philippe Abravanel,
lui-même juge au Tribunal cantonal de Lausanne.
Or, on ne peut appliquer la loi comme on le ferait d’un mode d’emploi.
D’abord parce qu celle-ci évolue rapidement. Si bien que le juge doit sans
cesse confronter les dispositions légales prévues par les cantons à celles,
supérieures, de la Confédération et des conventions internationales (notamment européennes). Ensuite parce que chaque délinquant est un cas particulier. Il convient donc de tenir compte de sa situation personnelle afin de
rendre un verdict équitable.
Une formation trop académique
Seulement voilà, les magistrats se soucient en général comme d’une guigne
des circonstances qui ont amené le prévenu sur le banc des accusés. A fortiori, des conséquences de la peine infligée au condamné. "la raison en est
le manque de formation" estime le juge Abravanel. Le métier de juge, en
plus d’évidentes connaissance techniques, recquiert de solides qualités morales, comme le sens de la conciliation ou l’honnêteté intellectuelle...
qualités plus difficiles à enseigner que les arcanes de la législation. En
France, le magistrat est tenu de faire des stages dans la police, à la gendarmerie ainsi que dans un établissement pénitentiaire. En Suisse rien de
tel. La formation pratique du juge est complètement négligée.
Manque de curiosité
La formation continue? "Elle existe sur le papier" concède le juge Abravanel. Les universités, les tribunaux cantonaux et l’Association suisse des
magistrats organisent des séminaires. "Mais ces cours de formation et de
perfectionnement professionnel sont souvent boudés, faute de temps et de
curiosité". "Il faut éveiller chez le juge l’intérêt sur ce qui se passe
avant et après le procès", a plaidé Philippe Abravanel. Le juge ne peut pas
faire abstraction de l’individu qui comparaît devant lui. Il doit au contraire chercher à le comprendre et s’interroger sur les effets de la
sanction pénale. En définitive, il incombe au juge d’interprêter la loi,
non pas de l’appliquer aveuglément.(apic/com/mp)