Zaïre: situation intenable pour les Kasaïens au sud du pays (290193)
Bruxelles, 29janvier(APIC) "La situation au sud du Zaïre est intenable,
depuis des mois, 30’000 à 40’000 Kasaïens attendent un train qui doit les
acheminer du Katanga au Kasaï (...) Chaque jour on meurt de faim et de misère à Likasi. (...) On n’en est pas encore à ’l’épuration ethnique’, mais
faut-il attendre qu’il soit trop tard?" Ce cri d’alarme a été lancé par
Katleen Bevernage, pharmacienne flamande, engagée dans les projets d’assistance médicale au Katanga, de retour en Belgique. Son témoignage confirme
les nouvelles en provenance de la région depuis quelques mois qui font état
de déportations massives et d’exactions contre l’ethnie des Kasaïs dans le
sud du pays. Katleen Bevernage déplore également la passivité d’une partie
de l’Eglise catholique dans la région.
Le 24 novembre 1991, Kyungu Wa Lumwanza a été installé comme gouverneur
au Katanga (ancien Shaba). A la même époque un autre Katangais Nguzu KarlI-Bond accédait au poste de premier ministre à Kinshasa. Pour Kyungu, il
s’agit de renforcer l’identité katangaise et de se propulser comme le gouverneur des Katangais, commente Kalteen Bevernage.
"La situation s’est immédiatement retournée contre les Kasaïens dont les
ancêtres étaient arrivés au Katanga pour travailler à l’exploitation des
mines. Les Katangais de leur côté se sont toujours sentis opprimés
exploités, méprisés, par les colonisateurs belges, par la capitale Kinshasa
et surtout par les Kasaïens".
Selon la pharmacienne belge, le gouverneur Kyungu en orchestrant une
véritable campagne de haine, a réussi à reporter sur les Kasaïens les frustrations latentes des Katangais, aussi bien dans le domaine économique que
politique. Haine encore renforcée par le fait que le premier ministre actuel du Zaïre, Etienne Tshisekedi, est kasaïen et membre du parti UDPS opposé au parti du gouverneur Kyundu l’UFERI. "C’est ainsi qu’en décembre
1991 on a assisté aux premiers heurts (...) Ce fut ensuite une campagne de
dénigrement qui a conduit à l’expulsion des Kasaïens et des membres de
l’UDPS. Ils ont été chassés des écoles, des hôpitaux, des industries, des
commerces, et mêmes des séminaires et des couvents."
La nomination de Tshisekedi au poste de premier ministre, (malgré l’opposition du président Mobutu) le 15 août 1992 fut le signal qui déclencha
l’attaque massive contre les Kasaïens et leur expulsion du Katanga, explique Katleen Bevernage. "Aujourd’hui, l’opposition aux Kasaïens ne se rencontre pas seulement dans les cités minières de Likasi, Kolwezi, et Lubumbashi, mais également à Kapanga, Sandoa, Kamina, Bukama ou Kabongo. Des dizaines de milliers d’entre eux ont déjà fui au Kasaï et il n’en reste plus
beaucoup à l’intérieur du pays. Les quartiers populaires de Likasi où les
Kasïens étaient très nombreux ont été massivement évacués." Il reste encore
quelques centaines de milliers de Kasaïens à Lubumbashi, dont bon nombre
sont venus des autres parties de la région. "Lubumbashi est la bombe à retardement de la chasse aux sorcières qui a été lancée précédemment."
L’Eglise devrait mieux jouer son rôle
Pour Katleen Bevernage, comme pour d’autres observateurs, seule l’Eglise
peut encore jouer un rôle d’apaisement et de réconciliation. "C’est le rôle
que jouent par exemple les évêques de Kolwezi et de Sakania-Kipushi. Quant
à l’archevêque Eugène Kabanga Songasonga de Lubumbashi, son attitude semble
assez hésitante, aux yeux de beaucoup. Dans ses lettres et ses discours, il
donne l’impression de suivre de très près la ligne katangaise. Les prêtres
eux sont partagés: plusieurs considèrent l’expulsion des Kasaïens comme un
’mal nécessaire’ certains même comme un ’bien nécessaire’".
"Reste que l’Eglise du Katanga fait trop peu jusqu’ici pour venir en aide aux Kasaïens ou pour recoller les morceaux. (...) Il y a tout de même à
Lubumbashi une petite commission Justice et Paix. Elle fait du bon travail,
mais ne se sent pas assez soutenue par l’archevêque. Par ailleurs trop peu
de prêtres et de religieuses osent aborder le problème et le mettre sur la
table. Les derniers missionnaires, estiment qu’il sont dans une situation
délicate à l’égard de leurs successeurs zaïrois: ils feront tout pour éviter de mettre de l’huile sur le feu."
"Personne n’ose appeler les choses par leur nom. Or, c’est ce que
l’Eglise devrait faire en premier lieu. Elle devrait mettre les gens ensemble et les aider à se parler, à se concerter sur les solutions possibles et
à désigner les vrais coupables de cette tragédie, quitte à les dénoncer publiquement." (apic/cip/mp)