Zaïre: reprise de la Conférence Nationale Souveraine (020392)
Kinshasa, 2 mars(APIC) La capitale zaïroise a vécu dimanche une journée
relativement calme. Si quelques rassemblements ont été constatés cà et là,
"la marche de l’espoir" a été annulée par les chrétiens eux-mêmes, suite à
une démarche du cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa, qui a contribué à convaincre le président Mobutu de la nécessité d’une reprise de la
Conférence Nationale Souveraine. La marche devenait dès lors sans objet, si
ce n’est pour quelques personnes isolées, désavouées par les organisateurs
de la manifestation.
Alors que samedi après-midi, la capitale était déjà quadrillée par les
militaires, le cardinal Etsou a adressé une requête au gouverneur de Kinshasa. L’archevêque, qui se trouvait en réunion avec le clergé de la ville
pour faire le point sur la situation de crise, venait en effet de prendre
connaissance - "de manière indirecte" - , précise-t-il, de la lettre du
gouverneur du 27 février interdisant la marche des fidèles organisée par le
Comité laïc de coordination.
"Comme vous le savez, a écrit alors l’archevêque au gouverneur, l’objet
de la revendication des chrétiens est la réouverture sans conditions des
travaux de la Conférence Nationale Souveraine. Cette revendication est celle-là même qui a fait l’objet de la déclaration du Comité permanent de la
Conférence épiscopale du Zaïre, publiée en date du 27 janvier 1992, et elle
est légitime. Aussi demandons-nous au gouvernement et aux autorités concernées de tenir compte de cette requête et d’y donner suite. Cela désamorcerait, à n’en pas douter, la marche des chrétiens, prévue pour ce 1er mars."
Le cardinal ajoutait: "Au cas où cette requête ne serait pas accordée et
où il y aurait manifestation, nous vous demandons de prendre toutes les
dispositions pour éviter toute répression".
Dans cette lettre, le cardinal Etsou disait son espoir que sa demande
serait prise en considération "ce qui aiderait à décrisper le climat de
tension actuelle".
C’est samedi soir, au terme d’un entretien entre le président Mobutu et
Mgr Laurent Monsengwo, président de la Conférence épiscopale zaïroise, - en
l’absence du Premier ministre Nguza Karl-i-Bond, porté malade -, que la télévision zaïroise a annoncé la décision du président de permettre la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine.
Si la grande marche a bel et bien été décommandée suite à l’annonce de
cette décision, des troubles ont été constatés à différents endroits, certains manifestants ayant décidé de passer outre à cette annulation. Ce fut
le cas dans le quartier de Matonge, où des jeunes gens n’appartenant pas à
la communauté chrétienne s’en sont pris à des militaires. Devant ces provocations, le curé de Matonge a dissuadé les fidèles présents à la messe dominicale de prendre part à la marche prévue. (apic/cip/ba)