"Le dénuement organisé et provoqué est un
couteau aiguisé pour assassiner le peuple"
Kinshasa, 25février(APIC) Si "la misère est une menace cachée mais réelle
pour la paix, le dénuement organisé et provoqué est un couteau aiguisé pour
assassiner le peuple". C’est en ces termes très durs, en partie repris de
Jean Paul II, que les évêques zaïrois, au lendemain des dernières violences, s’adressent aux "autorités publiques" zaïroises, dans un message publié à l’issue de leur dernière réunion tenue à Kinshasa en cette fin du
mois de février. Le message est plutôt alarmant: "le pays est au bord de
l’effondrement total".
Les évêques, qui évoquent les troubles et les pillages de la fin janvier, dénoncent "une volonté de briser toute velléité de résistance du peuple afin de le terroriser et de l’acculer, soit à la violence aveugle, soit
au silence et à la résignation". Au-delà des pillages, les prélats s’inquiètent d’une violence organisée et planifiée dans plusieurs régions du
pays. Sous de "fallacieux prétextes d’ordre politique, ethnique et socioéconomique", on incite les populations à se haïr.
Dans la partie centrale du message, intitulé "Tous interpelés", les évêques s’adressent aux hommes politiques pour leur rappeler que "l’exercice
du pouvoir politique est avant tout un service de justice et de charité",
mais que "la recherche de l’exercice du pouvoir pour lui-même est une perversion de la politique". Ils se prononcent en outre contre l’organisation
d’élections dans l’immédiat: "Afin d’éviter que les élections ne deviennent
une simple manoeuvre frauduleuse, il faut une transition non-conflictuelle,
organisée conformément aux options et aux décisions de la Conférence nationale souveraine en vue de pacifier les esprits et de les éduquer à la culture politique et aux valeurs démocratiques".
Des responsabilités à établir
Les prélats adressent d’autres interpellations: aux médias officiels,
pour qu’ils "cessent de servir d’instruments de manipulation" au bénéfice
d’une seule tendance; aux autorités compétentes chargées d’enquêter sur les
récents troubles pour établir les responsabilités en toute objectivité; à
l’armée, appelée à manifester sa solidarité avec le peuple; aux peuple zaïrois et aux étrangers pour qu’ils évitent les pièges de la violence et résistent à toute tentative d’oppression et d’asservissement. (apic/cip/pr)