Zaïre: quel rôle pour Mgr Monsengwo? (090992)
Bruxelles, 9septembre(APIC) Mgr Laurent Monsengwo, président de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) du Zaïre, poursuivra-t-il son rôle actif
dans le processus de démocratisation en cours dans le pays? Son autorité
morale est telle que beaucoup, tant au Zaïre qu’à l’étranger, y voient la
garantie d’une transition réussie. Nombreux sont ceux à souhaiter qu’il
soit appelé à diriger le Haut Conseil de la République (HCR), préfiguration
de la future assemblée législative. Est-ce envisageable? L’agence APIC a
posé la question au Père Fernand Roedts, de la Procure des missions jésuites à Bruxelles, auquel rien de ce qui se passe dans l’Eglise du Zaïre
n’est étranger.
APIC: Des rumeurs font état d’une opposition de la haute hiérarchie de
l’Eglise catholique à ce que Mgr Monsengwo assume une telle responsabilité.
Opposition, dit-on, qui viendrait du Vatican, mais aussi du cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa, ainsi que de la nonciature apostolique
au Zaïre. Qu’en est-il?
F.R.: Mgr Monsengwo a toujours affirmé qu’il désire mettre un terme à
son intervention politique pour se consacrer uniquement à sa charge ecclésiale. Ceci dit, il est évident que la Conférence Nationale Souveraine et
le peuple exercent une très forte pression pour l’amener à accepter. Il est
tout aussi évident que certains milieux ecclésiastiques n’aiment pas que
l’Eglise soit trop impliquée dans l’évolution politique de la société. Je
précise que Mgr Monsengwo n’a aucune ambition politique. Son seul désir est
de servir l’Eglise et le peuple du Zaïre.
APIC: Reste que tant la CNS que le peuple souhaitent le plébisciter...
F.R.: Mgr Monsengwo ne s’appartient pas. Il ne va pas prendre à lui seul
une décision si importante. C’est aux évêques et à l’Eglise hiérarchique du
Zaïre de statuer sur ce sujet. Mais il y a un autre problème: aussi bien
Mgr Monsengwo que ses confrères qui le soutiennent voient très bien que la
charge de président du HCR ne pourra être acceptée que moyennant certains
accommodements. En effet, la Charte de Transition précise qu’en cas de vacance, les fonctions de président de la République sont exercées par le
président du HCR jusqu’à l’installation effective des Institutions de la
IIIe République issues des élections prévues par la CNS. Ce point devrait
être modifié de telle sorte que Mgr Monsengwo, au cas où il serait appelé à
la présidence du HCR, ne devienne en aucun cas, même à titre transitoire,
président de la République.
APIC: Et si une telle modification intervient et que l’épiscopat zaïrois
accepte?
F.R.: La charge de président du HCR est très absorbande, et bien trop
lourde si elle est cumulée aux autres fonctions qu’assume Mgr Monsengwo:
archevêque de Kisangani, président de la Conférence épiscopale du Zaïre
(remplacé provisoirement par Mgr Matondo), membre du Conseil permanent du
Secrétariat du Synode des évêques, membre du Symposium des Conférences
épiscopales d’Afrique et de Madagascar. Il est en outre impliqué dans la
préparation de l’Assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique.
Si Mgr Monsengwo devenait président du HCR, tout en continuant d’assumer
ses autres charges au service de l’Eglise universelle, d’Afrique et du Zaïre, il devrait être davantage aidé par des vice-présidents et prévoir une
certaine décentralisation de sa charge.
APIC: Aucune chance donc de voir Mgr Monsengwo à la tête du HCR?
F.R.: Il faudrait en tout cas que pas mal de conditions soient remplies:
que la Conférence épiscopale approuve son élection, ce qui suppose évidemment que des amendements soient préalablement apportés à la Charte de Transition. La CNS sera-t-elle d’accord de modifier celle-ci? Tout d’abord, la
CNS élira-t-elle Mgr Monsengwo à la présidence du HCR? Et si oui, avec
quelle majorité? (apic/cip/pr)