Bruxelles, 24février(APIC/CIP) C’est un regard critique tant sur la réalité zaïroise que sur l’attitude des pays riches que jettent les évêques du
Zaïre dans un document élaboré à la suite de leur 26e assemblée plenière,
tenue à Kinshasa en septembre 1988. Le quotidien flamand "Het Volk" révèle
l’existence de ce volumineux dossier (102 pages) dans son édition du 23
février, en précisant qu’il n’a pas été officiellement publié. L’intention
des évêques serait d’en tirer une déclaration, en lien avec celle qu’ils
ont publiée il y a quatre ans pour le 25e anniversaire de l’Indépendance
(1985) et avec l’encyclique sociale de Jean Paul II "Sollicitudo rei socialis" du 10 février 1988.
Intitulé "Le chrétien et le développement de la nation", le document
épiscopal est destiné aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté
appel au redressement de la nation". Les évêques estiment avoir une parole
à dire, dans le cadre de leur tâche évangélisatrice, dans le processus de
développement du pays, une parole qui veut promouvoir "un dialogue avec les
chrétiens, ainsi qu’avec ceux qui dirigent la nation".
Un déclin moral
Le document s’ouvre sur un aperçu de la situation actuelle au Zaïre et
évoque certaines questions épineuses. Les évêques y déplorent particulièrement un déclin moral. Ils regrettent à ce sujet qu’aient été par trop
négligés, dans le passé, les facteurs culturels qui sous-tendent le développement, ce qui a engendré des difficultés dans les domaines du logement,
de l’urbanisation, de l’accompagnement des communautés rurales, du respect
de l’autorité, de l’intégrité des chefs, de la sécurité sociale de
cadres...
Dans le domaine de l’enseignement sont posés les problèmes de sa qualité
et de sa finalité, mais surtout la question des débouchés qu’il est capable
d’offrir. Une constante diminution des subsides alloués au secteur de
l’éducation a entraîné de funestes conséquences sur le niveau de l’enseignement, la transmission des valeurs éthiques et le prestige de la profession d’enseignant.
D’autres secteurs sont en crise, soulignent les évêques : la recherche
scientifique, les soins de santé, la sécurité sociale, l’économie (poids de
la dette, baisse du pouvoir d’achat, chômage), les communications, l’exode
rural, infrastructures insuffisantes...
Le rôle des dirigeants
Si elle a la volonté et les moyens d’apporter sa contribution au redressement national, l’Eglise ne peut non plus agir seule. Les évêques tendent
la main à quiconque a la préoccupation du développement intégral. L’action
de l’Eglise doit s’insérer "dans un ensemble d’efforts sérieux visant à
rompre le cercle vicieux de l’apprauvissement matériel et spirituel persistant". Aux yeux des évêques, la première condition d’un redressement est
la volonté politique des dirigeants. Ils déplorent à ce sujet que "l’Etat
n’a pas toujours mis assez de vigueur à donner l’exemple d’une gestion
stricte, saine et prudente des finances publiques".
Le domaine par excellenece ou les dirigeants politiques peuvent apporter
leur contribution est l’éducation de la jeunesse et la formation des adultes. Encore que la bonne volonté ne suffit pas, affirment les évêques, soulignant l’urgence d’une nouvelle synthèse culturelle et socio-politique",
qui requiert "la collaboration de toutes les couches de la population".
Le document épiscopal signale deux autres domaines qui méritent l’attention : la protection de l’environnement et un assainissement de la monnaie.
Les évêques insistent sur la nécessité, pour sortir de la crise, "d’une
conversion, d’un changement de mentalité, d’une nouvelle manière de vivre
et d’agir".
La cause du dévelopement intégral
Un engagement renouvelé en faveur du développement intégral ne sera
authentique, avertissent les évêques, qu’à la condition qu’il ne soit pas
axé sur la seule croissance économique. C’est l’épanouissement de tout homme et de tout l’homme qui doit avoir la priorité, ce qui suppose le respect
des droits et des devoirs fondamentaux de chacun. A cet égard, la façon
dont les responsables de la vie publique assumeront leurs responsabilités
est déterminante pour une évolution positive.
Mais l’Eglise, dans toutes ses composantes, a elle aussi un rôle déterminant à remplir. Vivre selon les exigences de l’Evangile n’a rien de confortable : cela exige une conversion et un engagement continuels, avec une
attention particulière pour les pauvres. Confesser sa foi, écrivent les
évêques, c’est aussi la vivre dans les réalités concrètes. A cet égard,
ajoutent-ils, les communautés chrétiennes de base sont appelées à jouer un
rôle considérable.
Mais la conversion et un changement de mentalité sont également attendus
des pays industrialisés, qui sont obsédés par une recherche frénétique du
profit, "des ambitions nationales, la domination économique, les claculs
militaires et la propagande idéologique". Les évêques concluent en renouvelant leur appel à s’engager dans la lutte contre toute forme d’immoralités
et à consentir à la conversion, rappelant que celle-ci ne sera possible
qu’à la condition de redonner un sens aux "valeurs spirituelles, morales et
humaines". (apic/cip/bd)