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    Zaïre: les choses bougent, affirme Mgr Ngabu Des élections d’ici un an ? =

    /zaire/Mgr Ngabu: les choses bougent/des élections d’ici un an ?/

    Bruxelles, 9mai(APIC/CIP)

    La situation politique est en train de s’éclaircir au Zaïre. Même si les

    élections ne pourront se tenir dans les délais prévus, elles auront

    certainement lieu. C’est ce qúexplique dans une interview accordée à

    l’agence CIP Mgr Faustin Ngabu, évêque de Goma et président de la

    conférence épiscopale du Zaïre.

    ¨La dernière déclaration du comité permanent des évêques dénonce une fois

    encore "le vide et le caractère nuisible du pouvoir". Vous y mettez

    clairement en cause "des autorités nuisibles". Comment cette déclaration

    a-t-elle été reçue ?

    Depuis notre Mémorandum de 1990, cette dernière déclaration est celle qui a

    le plus secoué la classe politique. Je pense qúelle a contribué à éviter un

    danger qui menaçait de plus en plus le pays dans sa marche vers la

    démocratie. Nous ne cherchions pas une réponse ponctuelle, mais cette

    déclaration a permis quand même à la classe politique de prendre

    sérieusement conscience de ce qui n’allait pas. Le danger qui nous menaçait

    à ce moment là a ainsi pu être écarté.

    ¨Cela suffit-il pour sortir de l’impasse actuelle ?

    Je ne pense pas que nous soyons dans une impasse. La situation politique

    est en train de s’éclaircir suite à notre déclaration. Car même s’il y a eu

    des attaques assez dures contre Mgr Monsengwo, le peuple comprend mieux

    aujourd’hui que les reproches qui lui étaient adressés n’étaient pas

    fondés. Une clarification politique est en train de s’opérer.

    ¨Le dernier appel des évêques décrivait la corruption généralisée, la

    démobilisation des agents de l’administration et le pillage d’"un pays qui

    se meurt". Qúen est-il aujourd’hui ?

    La réaction, en tout cas, a été bonne. Le gouvernement commence à contrôler

    le secteur monétaire. Il a détruit les billets de 1000 zaïres pour tirer de

    nouveaux billets. Mais ceux-ci ne sont pas mis en circulation, ils sortent

    au fur et à mesure que les recettes se réalisent, et cela via la banque. En

    donnant à la monnaie une certaine stabilité, le gouvernement pourra

    commencer d’ici quelques mois à rembourser au moins le Fonds Monétaire

    International. Cela devrait entraîner un assainissement progressif et ainsi

    permettre au pays de sortir peu à peu de la crise.

    ¨Les évêques ont mis en cause "les politiciens", en dénonçant "les faux

    débats et les fausses négociations"... Qui cela vise-t-il ?

    Cela vise toute la classe politique. Les hommes politiques ont commencé par

    perturber les institutions mises en place suite à l’accord intervenu entre

    l’opposition et la mouvance présidentielle. Je crois qúil nous fallait

    dénoncer cette manière de faire des hommes politiques, qui trompaient le

    peuple en invoquant de faux motifs, mettant tout sur le dos du gouvernement

    actuel. En réalité, c’était pour les hommes politiques une façon de

    camoufler d’autres motifs moins avouables, liés à leurs intérêts. Mais en

    faisant cela, ils bloquaient la bonne marche des institutions. Ils ont bien

    compris notre mise en garde, de quelque bord qúils soient.

    ¨Le comité permanent réclame des élections, "nécessaire et urgent arbitrage

    du peuple". Cela rencontre les voeux du président. Mais tout le monde les

    souhaite-t-il ?

    Les élections sont exigées par l’Acte constitutionnel de la Transition. Le

    comité permanent l’a rappelé parce qúil voyait un danger se pointer à

    l’horizon. Et je crois que, une fois encore, toute la classe politique l’a

    très bien saisi. Ceux que nous visions ont fort bien compris de quel danger

    nous voulions parler. Nous n’avons pas rencontré les voeux du président.

    Notre texte est très explicite: quand nous exigeons les élections, nous

    parlons un langage différent de celui ou de ceux qui les réclament et en

    parlent sans les vouloir. Donc, si nous avons parlé, c’est parce que nous

    étions conscients du danger que le pays courait, et ce danger, comme je

    l’ai dit, a pu être écarté grâce à notre déclaration.

    ¨Quand les élections pourront-elles avoir lieu ?

    La date limite initialement prévue (avant le 9 juillet) étant désormais

    trop proche, il va falloir repousser quelque peu ce délai. En fixant cette

    limite, on avait supposé que le gouvernement pourrait se mettre au travail,

    mais toutes ses activités ont malheureusement été bloquées. Ce n’est que

    depuis quelques jours qúil a recommencé à travailler normalement. Il va dès

    lors falloir lui laisser un peu de temps pour qúil puisse préparer les

    élections. Cela suppose un climat un peu plus serein. Certaines conditions

    doivent aussi être remplies, touchant par exemple le respect des personnes,

    la liberté d’expression, l’accès de tous aux médias publics, comme la radio

    et la télévision.

    ¨En étant raisonnablement optimiste, vous voyez quel délai ?

    Les élections auront certainement lieu. Mais je serais présomptueux de

    m’avancer sur ce point. Je pense qúil faut compter au moins un an.

    ¨Quel est le rôle désormais de Mgr Monsengwo ? Est-il encore suivi par

    l’opposition ? Et par l’épiscopat ?

    Mgr Monsengwo, quand il a accepté la tâche de président du Haut Conseil, a

    posé des conditions très claires. Et jusqúà présent, dans toutes ses

    activités, il ne s’est pas écarté de ces conditions. La question n’est pas

    que l’opposition le suive, il n’est pas là pour l’opposition, pas plus que

    pour la famille politique présidentielle. Il est là pour favoriser la

    transition vers la démocratie par sa médiation. Tant que son travail reste

    dans cette ligne, l’épiscopat n’a pas à lui reprocher quoi que ce soit. Il

    reste toujours président du Haut Conseil/Parlement de Transition. Mais il

    reste libre d’y renoncer à tout moment.

    Par ailleurs, conformément aux conditions qúil a posées, Mgr Monsengwo n’a

    pas à être présent et à intervenir dans le fonctionnement du Haut

    Conseil/Parlement de Transition. Son rôle reste d’être un médiateur au cas

    où une difficulté mettrait la République en danger. C’est vrai que ceux qui

    cherchent à bloquer les activités du Haut Conseil voudraient lui attribuer

    la responsabilité de ces difficultés. Ceux-là auraient aimé qúil soit

    présent pour l’exercice courant, mais ce n’est pas ce qui a été convenu.

    ¨Qúattendez-vous de la Belgique dans le contexte actuel ?

    Je pense que la Belgique devrait aller au delà de l’aide humanitaire,

    jusqúà aider le gouvernement en place. Ce gouvernement, qui doit préparer

    les élections, a besoin d’une assistance substantielle.

    ¨Et l’Eglise du Zaïre, qúattend-elle de l’Eglise de Belgique ?

    De l’Eglise de Belgique, comme de celle de France ou d’ailleurs en

    Occident, nous attendons qúelle joue le même rôle que celui qui est exigé

    de nous comme Eglise africaine vis-à-vis de nos autorités politiques.

    nnnn

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