Zaïre: les évêques réclament la reprise de la Conférence nationale (120292)
Kinshasa, 12 février(APIC) L’instauration de la paix et de la démocratie
au Zaïre passe par un large consensus national: c’est ce que rappelle le
Comité permanent des évêques du Zaïre dans une exhortation publiée au lendemain d’une session tenue du 20 au 27 janvier à Kinshasa. La déclaration
des évêques, intitulée "Pour un nouveau projet de la société zaïroise", est
adressée "aux chrétiens catholiques et aux hommes de bonne volonté". Un document à travers lequel les évêques réclament la reprise de la Conférence
nationale, qui a priorité sur les élections.
Le peuple zaïrois a suffisamment exprimé sa volonté d’accéder
pacifiquement à la démocratie, notamment par le biais de la "Conférence
Nationale Souveraine" (CNS). Les évêques partagent cet avis, qu’ils avaient
déjà exprimé dans une précédente déclaration (1990): "Pour bâtir la nation
sur des bases solides, la recherche en commun d’un réel consensus national
s’impose de toute urgence et s’avère incontournable".
Cela fait deux ans que les évêques réclament une CNS, pour une évaluation "sans complaisance, mais dans la tolérance, la vérité et la justice,
des causes, des succès et des échecs du passé afin de mieux baliser l’avenir". Leur déclaration rappelle les objectifs majeurs de la CNS qu’ils
avaient fixés à l’époque. A leur yeux, dans la grave crise que traverse le
pays, "les élections, fussent-elles libres et démocratiques, ne constituent
qu’une étape du processus de démocratisation en cours. Bien que très importante, l’étape des élections présuppose (...) la réalisation des étapes antérieures, notamment la définition et l’adoption par un consensus national
d’un nouveau projet de société".
Ne pas inverser l’ordre du processus démocratique
Les évêques rappellent aux "députés" qu’ils sont investis par le peuple
d’une mission: "La sauvegarde du projet de société qui doit d’abord être
traduit par le peuple lui-même en options fondamentales". Ils observent à
ce propos: "Aller aux élections avant que le peuple n’ait, par la CNS, déterminé son projet de société, choisi ses options fondamentales, fixé les
nouvelles structures et institutions du pays, défini le profil du nouvel
homme zaïrois, spécialement celui des personnes appelées à gérer ces structures et institutions, c’est tout simplement inverser l’ordre normal du
processus démocratique et renoncer au discernement des valeurs. Car la
Constitution et les lois nationales ne pourront être opérantes que si elles sont portées par un projet de société que le peuple se donne et assume
librement par consensus".
Les évêques se réjouissent que le peuple "veut" cette concertation et
"est prêt à en payer le prix". C’est pourquoi ils déplorent "le piétinement
de la CNS et la mesure de suspension de ses travaux prise par le gouvernement", une mesure "unilatérale et injustifiée", qui "risque d’être en définitive une incitation du peuple à la violence". Un peuple qui "a déjà trop
souffert et souffre encore de multiples formes de violence".
Usurpation
Les évêques zaïrois adressent toute une série de recommandations. Aux
hommes politiques, ils indiquent que "la conquête et l’exercice du pouvoir
politique doivent avoir pour finalité première le service du peuple. Dès
que le pouvoir est recherché pour lui-même, il se pervertit et perd toute
légitimité. La conquête du pouvoir doit respecter les voies démocratiques
et se faire dans la vérité et la transparence".
Aux gouvernants, la déclaration rappelle que "l’Eglise ne peut approuver
la constitution de groupes qui usurpent le pouvoir de l’Etat au profit de
leurs intérêts ou à des fins idéologiques". A ce titre, ils s’élèvent contre la confiscation par une seule opinion politique des médias nationaux,
qui "appartiennent à l’ensemble du peuple zaïrois". "La réouverture et
l’issue heureuse de la CNS nous paraissent être une mesure fondamentale et
en définitive une condition indispensable à l’instauration de la paix et de
la démocratie".
La "palabre africaine"
Les évêques s’adressent plus longuement aux conférenciers. "Participer à
la CNS est un événement unique et exceptionnel (...) une occasion historique qui vous est offerte de servir la patrie au moment oû elle en a le plus
besoin". Pour les évêques, la diversité de la CNS est "une grande richesse
qu’il faut nécessairement préserver et garder dans le vase très précieux de
l’unité et de la concorde". Ils demandent aux conférenciers de bien comprendre la nature profonde de la CNS, "dont l’idéal est comparable à la palabre africaine". Celle-ci n’est pas "une assemblée exclusivement politique
représentant le peuple selon les seules proportions de la majorité numérique et quantitative, mais également selon les proportions qualitatives en
référence aux valeurs qu’on discerne déjà et à d’autres qu’on cherche encore et qu’on souhaite promouvoir et développer sur le territoire".
La CNS, concluent les évêques, "n’est pas une arène de propagande électorale ni de conquête du pouvoir". Le gouvernement de transition qui sortira de la CNS "ne peut être le bien privé ni la propriété d’aucun parti politique (...), mais l’expression claire du changement qualitatif consécutif
à l’adoption par consensus d’un nouveau projet de société zaïroise. C’est
après les élections libres et démocratiques que les partis victorieux pourront former un gouvernement définitif conforme aux nouvelles options fondamentales prises par la CNS". (apic/cip/pr)