Zaïre: les évêques montent aux barricades (200493)
Kinshasa, 20avril(APIC) Les évêques du Zaîre montent une nouvelle fois
aux barricades. Dans un message adressé à la classe politique du pays, ils
dénoncent "toute forme de terrorisme en général, et en particuler le terrorisme d’Etat". Les prélats, qui accusent clairement le pouvoir en place de
tout mettre en oeuvre pour préparer le retour à la dictature d’avant 1990,
demandent aux hommes politiques d’avoir le courage de s’en aller dès lors
qu’ils se sentent incapables d’assumer les exigences d’un nouvel ordre démocratique.
Deux mois après avoir lancé un "appel pressant" à tout le peuple pour
"sauver la nation", le Comité permanent des évêques du Zaïre publie un nouveau document. En ne mâchant pas ses mots: "Nous dénonçons l’utilisation
des forces armées et de sécurité nationales pour déstabiliser, opprimer et
tuer des populations innocentes et prendre prétexte des troubles ainsi suscités afin d’organiser un coup d’Etat et de préparer par là le retour à la
dictature d’avant 1990".
Les évêques zaïrois s’insurgent contre "des actes posés ces derniers
temps par les dirigeants politiques du Zaïre, qui sont de nature à bloquer
définitivement la voie du dialogue et le processus de démocratisation..."
Le message vise la création d’"un bicéphalisme politique nuisible au peuple
et générateurs de conflits et de divisions de toutes sortes". Déjà "la famine, le déplacement forcé des populations, le désordre, l’insécurité,
l’incendie et le meurtre s’installent sur l’ensemble du territoire national. Et tout cela à cause de l’insensibilité de nos dirigeants".
Les prélats mettent clairement en cause le pouvoir en place: "Plongés
dans une misère indescriptible et face au cycle infernal de violences organisées, suggérées ou tolérées par les dirigeants politiques et les pouvoirs
publics, les Zaïrois ne savent plus où donner de la tête". Le message stigmatise aussi "le cynisme qui consiste à appauvrir complètement le peuple,
en particulier les fonctionnaires et les enseignants, en les privant de
leur maigre salaire". Les évêques s’élèvent enfin contre "la confiscation
du patrimoine national et tout particulièrement des médias officiels par un
seul groupe politique pour les mettre au service d’intérêts partisans, qui
est une autre forme de terrorisme d’Etat".
Si des hommes politiques se sentent incapables ou refusent d’assumer les
exigences du nouvel ordre démocratique voulu par le peuple, concluent les
évêques qui exhortent le peuple à garder "courage malgré les souffrances
qui ont franchi le seuil du supportable", "qu’ils aient le courage et
l’honnêteté de se retirer de l’exercice d’un pouvoir dont ils n’acceptent
ni la finalité ni les règles de fonctionnement". (apic/cip/pr)