Zaïre: les évêques du Katanga lancent un appel (091292)
Lubumbashi, 9décembre(APIC) Cette région était une perle, elle est aujourd’hui délabrée, il faut que tous, "hommes et femmes ayant leur origine
dans ce terroir ou venus d’ailleurs", s’unissent pour la reconstruire et
refaire "une terre de prospérité, d’épanouissement humain, d’amour fraternel": c’est l’appel que lancent les évêques de la province ecclésiastique
de Lubumbashi (le siège métropolitain et sept diocèses) dans un message
"aux chrétiens catholiques".
Les évêques, dont c’est le quatrième appel collectif depuis le déclenchement du processus de démocratisation au Zaïre (24 avril 1990), jugent la
situation au Katanga "grave et particulièrement explosive". Il commencent
par décrire, dans une première partie, l’éveil de la conscience katangaise
et le problème kasaïen".
Pour les évêques, "au-delà de ces conflits émotionnels, les Katangais et
les Kasaïens doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas ne pas habiter au Katanga". Il s’agit donc de faire en sorte que cette cohabitation soit pacifique et donc d’établir "un dialogue libérateur".
La lettre pastorale en vient ensuite à d’autres tensions alimentées par
l’intolérance politique, laquelle "se manifeste surtout dans les contrées
où la population a adhéré à un seul parti". Si bien que les simples militants "se comportent alors comme s’ils étaient investis de pouvoirs de
l’Etat dans ces milieux", engendrant "une situation d’anarchie". En effet,
les Katangais appartenant à d’autres sensibilités politiques ne sont pas
tolérés. "C’est, écrivent, les évêques, comme si dans tout le Katanga on
devait avoir un parti unique. Au moment où le pays s’ouvre à la démocratie
et au multipartisme, il ne faudrait pas que le Katanga reste le bastion de
la dictature d’un seul parti..."
Une épave politique
La seconde partie de la lettre est un appel à la reconstruction. Le Katanga, en effet, n’est plus qu’une "épave politique, économique et sociale". Tout ce qui fait sa grandeur, sa fierté, sa renommée mondiale "est démoli ou pillé".
Du point de vue politique, "le Katanga donne l’impression d’être passif
et absent des hauts débats de la Conférence Nationale Souveraine, où sont
en train de se définir les enjeux de l’organisation prochaine du pays tout
entier".
Dans un tel contexte, le Katangais "ne doit plus s’attendre à jouir des
richesses scandaleuses", comme s’il devait se les faire offrir sur un plat
d’or." Au moment où tout n’est plus que ruines et destructions, il doit "se
réveiller une fois pour toutes et s’organiser avec courage et détermination
pour reconstruire sa province et travailler au développement de celle-ci".
Selon les évêques, "au cours de la période post-coloniale, on a uniquement fait appel à des Katangais, et le plus souvent dans des situations
critiques et désespérées, pour qu’ils exercent de très hautes fonctions
dans les affaires publiques de la nation. Mais ces hommes ont été utilisés
à certaines fins pour être rejetés, voir supprimés, lorsque les intérêts
des autres étaient réalisés. Bien plus, ils ont été manipulés pour torpiller leurs congénères et même pour étouffer l’éveil de la conscience katangaise." (apic/cip/vg/pr)