Zaïre: Le régime Mobutu dans le collimateur de l’Eglise (050391)
Kinshasa, 5mars(APIC) Le régime Mobutu est dans le collimateur de l’Eglise du Zaïre. Dans une déclaration solennelle intitulée "Libérer la démocratie" et publiée le 1er mars à Kinshasa, douze archevêques et évêques membres du Comité permanent des évêques du Zaïre dénoncent la situation "explosive" du Zaïre et appellent de leurs voeux l’instauration d’une "IIIe
République". Les évêques zaïrois dénoncent le népotisme, le clientélisme,
l’impunité, la gabegie financière, le désintérêt face au bien commun du
pouvoir en place.
Cette vigoureuse intervention est motivée aux yeux des évêques par la
crise politique et socio-économique "d’une extrême gravité" que traverse
actuellement le Zaïre. Cette crise, écrivent-ils, "plonge notre peuple dans
une misère indescriptible qu’il n’a jamais connue en temps de paix". "Cette
misère est d’autant plus inquiétante, poursuivent les évêques du Zaïre, que
les personnes chargées d’y trouver des solutions appropriées affichent une
attitude d’indifférence sinon de sérénité qui laisse perplexe".
Un peuple sinistré
Aujourd’hui, notent-ils, la vie socio-économique du Zaïre est marquée
par des mécontentements, des troubles sociaux et des grèves massives et
l’économie est "prostrée", incapable de répondre aux exigences légitimes
d’augmentation des salaires, plongée qu’elle est dans la spirale infernale
de l’inflation galopante et de la flambée des prix. "La situation est telle
que d’aucuns considèrent le peuple zaïrois comme véritablement sinistré".
D’autre part, cette situation de détresse matérielle s’accompagne d’anarchie, de troubles, de violences sociales. Des intimidations et des exactions ont lieu au vu et au su des autorités officielles.
Nécessité d’une table ronde
Appelant de leurs voeux une table ronde où les différents courants de
pensée et d’opinion pourraient s’exprimer, les responsables de l’Eglise
catholique dénoncent clairement le statu quo. Les évêques signataires estiment que les institutions politico-administratives actuelles du Zaïre, au
regard de l’abîme profond dans lequel le pays est plongé, "ne semblent pas
indiquées pour concevoir le nouveau projet de société et de l’homme zaïrois
ni à servir de cadre de réalisation du consensus national".
Une étrange équation : le parti unique MPR = la paix
Les évêques zaïrois dénoncent aussi l’équation étrange qui est inculquée
aux populations rurales: le parti unique, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), serait égal à la paix, au bien être et à la stabilité tandis que la démocratie engendrerait la violence, les troubles et la rébellion dans le pays. Des personnes qui interprètent ou commentent la démocratie sont objets de brimades et de poursuites. Dans le même ordre d’idées,
se prononcer pour la démocratie signifierait s’attaquer au Chef de l’Etat
et aux institutions de la République.
La résolution aborde aussi le nouveau projet de société souhaitable.
"Notre pays se trouve devant un choix historique d’un nouveau projet de société, écrivent les évêques zaïrois. Celui-ci doit être élaboré conformément au droit inaliénable du peuple à assumer et à gérer sa propre destinée". A moins d’être explicitement et librement mandaté par le peuple, aucun individu, aucun groupe, aucune institution ne peut en ce domaine se
substituer à lui. Le projet de société de la IIe République a été officiellement désavoué et aboli, concluent-ils, et il y a donc un vide qu’il est
impérieux de combler dans le cadre d’un consensus national. (apic/cip/ba)