Zaïre: le drame des réfugiés cabindais (020891)
Fribourg, 2août(APIC) Le processus de dialogue difficilement engagé entre
le gouvernement angolais et le mouvement d’opposition armée UNITA de Jonas
Savimbi grâce à la médiation du Portugal laisse entrevoir la fin d’un conflit qui dure depuis 1974. L’abbé Serge-Gabriel Makaya se déclare cependant
préoccupé par le sort de "10’000 réfugiés de l’enclave du Cabinda qui sont
encore présents au Zaïre", et dont il a la charge. Dans une interview accordée mercredi 31 juillet à l’agence APIC, il se demande si ce qui se passe ailleurs ne détourne pas l’attention de l’opinion internationale de leur
sort.
Les réfugiés angolais ont afflué dans le diocèse de Boma (Zaïre) surtout
à partir de 1974, lors de l’éclatement de la guerre civile entre les mouvements d’opposition et le MPLA (Mouvement pour la libération de l’Angola),
au pouvoir, rappelle l’abbé Makaya.
Concernant les Cabindais, il souligne que leur cas est très particulier
du fait qu’ils font partie d’une enclave qui pose des problèmes très spécifiques: ils n’appartiennent en effet à aucun des grands partis actuellement
en pourparlers. Cela explique l’accord conclu entre l’ONU et la Caritas
Zaïre pour qu’ils soient installés à Tshela, alors que les autres réfugiés
angolais sont envoyés à Kwilu-Ngongo (Bas-Zaïre).
Leur installation dans ce pays a permis, grâce au concours des organisations internationales et des autorités locales, un encadrement de qualité
tant sur le plan social que religieux, souligne l’abbé Makaya. "Sur le plan
scolaire, des écoles primaires ont été créées dans tous les centres de réfugiés. Dans la perspective de l’intégration des réfugiés zaïrois en Angola, un cours de portugais a été introduit au niveau du secondaire. En plus
de ce programme, ajoute-t-il, d’autres cours, financés entièrement par la
Commission Internationale Catholique pour l’Immigration, ont été organisés
afin de valider les études par un diplôme d’Etat (bac zaïrois)".
"Fondation Marie Auxiliatrice": un programme d’alphabétisation
L’espoir de paix qui pointe à l’horizon grâce à l’accord qui pourrait
être signé par les partis rivaux en Angola ne suffit pas à rassurer les réfugiés cabindais, relève l’abbé Makaya. Après les échanges intervenus entre
le Zaïre et l’Angola il y a deux ans, 10’000 réfugiés cabindais sont encore
à Tshela et ont besoin d’un soutien tant moral que matériel. "Certains
d’entre eux, relève-t-il, à cause du pouvoir d’achat qui a fortement baissé
et de la détérioration des infrastructures au Zaïre, sont incapables de
payer les frais dus aux soins médicaux ou d’hospitalisation. Le cas le plus
déplorable est celui des enfants qui ne peuvent plus suivre une formation
par manque de moyens financiers". "Ils me donnent un grand souci, parce
qu’ils sont élevés non seulement en marge de la société moderne, mais aussi
en dehors de la culture de leur pays", déplore l’abbé Makaya.
Pour leur venir en aide, il a élaboré un programme nommé "Fondation Marie auxiliatrice", destiné à promouvoir la formation des enfants et l’alphabétisation des adultes à Tshela. Le programme, qui commence par l’école
maternelle, veut accompagner les enfants dans leur formation selon un programme de leur pays d’origine jusqu’à leurs études secondaires. Un cours
d’apprentissage des langues portugaise et anglaise est également prévu pour
ceux qui sont nés au Zaïre afin qu’ils puissent s’intégrer facilement dans
leur pays, une fois de retour. Cette oeuvre prend déjà en charge une vingtaine d’enfants. Pour se développer, elle a besoin du concours de l’étranger, le projet étant estimé à 2’722’620 zaïres (monnaie locale), soit environ 592’000 francs suisses, pour la construction de 7 classes.
Enfin, l’abbé Makaya a tenu à souligner le soutien dont ces réfugiés ont
bénéficié de la part de plusieurs organisations humanitaires. Il s’agit
notamment des Caritas allemande, hollandaise, portugaise, zaïroise et en
particulier de la Commission Internationale Catholique pour l’Immigration,
Missio et Aide à l’Eglise en détresse.
L’abbé Serge-Gabriel Makaya est un prêtre cabindais (Angola). Né le 24
mars 1925, il a fait ses études primaires, secondaires, philosophiques et
théologiques à Malange et Loanda, en Angola; il a été ordonné prêtre en
1955. D’abord curé et professeur au petit séminaire de Malange, il s’est
installé depuis 1975 à Tshela (diocèse de Boma, dans l’ouest du Zaïre) pour
s’occuper des Angolais obligés de fuir leur pays, victimes de la guerre civile. Celle-ci a éclaté en 1974. En 1976, l’abbé Makaya a été nommé par la
Caritas Internationalis de Rome coordinateur de l’action en faveur des réfugiés cabindais. (apic/sjb)