Bruxelles, 5octobre(APIC/CIP) "Trop souvent, dans le passé, les chrétiens
vivaient en dichotomie : d’une part, leur existence de "muntu" (homme), et,
d’autre part, leur vie chrétienne. Le christianisme a trop souvent rendu
l’Africain étranger à son propre milieu" : c’est le constat dressé dans une
interview accordée à l’agence de presse catholique belge CIP par Mgr Kaseba, éveque de Kalemie (ex-Albertville)-Kirungu (ex-Baudouinville) et
délégué de la Conférence épiscopale zairoise au Synode des éveques sur les
laics.
Mgr Kaseba s’est fixé une priorité : rendre les laics conscients du lien
entre la vie chrétienne et les problèmes humains de tous les jours. "C’est
dans ce but, explique-t-il, que nous favorisons la constitution de communautés à taille humaine ou les gens se réunissent, réfléchissent sur
l’Evangile et s’engagent dans une action pour le développement intégral.
Nous insistons beaucoup sur ce lien entre promotion humaine et évangélisation".
La célébration en 1980 du centenaire de la seconde évangélisation du
Zaire (Mgr Kaseba était à l’époque Président de la Conférence épiscopale) a
été l’occasion d’une évaluation de la présence de l’Eglise dans le pays.
Cette réflexion a débouché sur un mot d’ordre pour les années à venir :
l’évangélisation en profondeur par l’inculturation. "Il s’agit, souligne le
prélat zairois, d’évangéliser la culture pour que l’homme puisse se retrouver dans l’Eglise comme dans son propre pays".
Cinq niveaux de formation
Ces communautés à taille humaine, l’éveque de Kalemie-Kirungu les pousse
à se prendre en charge de plus en plus, à devenir toujours plus responsables. Un effort considérable est donc réalisé pour assurer la formation
des laics. Cinq niveaux de formation leur sont accessibles :
Les petites communautés
Elles rassemblent une vingtaine de familles (de 40 à 50 personnes, pas
davantage, et si une communauté devient plus importante, elle se scinde).
Elles rencontrent beaucoup de succès, meme auprès des non-chrétiens. Une
réunion a lieu chaque semaine, qui s’ouvre par la prière et par le chant.
On raconte ensuite ce qu’on a fait et vécu depuis la dernière réunion, on
partage les nouvelles, on présente éventuellement le visiteur étranger.
Ensuite on étudie le thème prévu, en lien avec des faits concrets, vécus,
que l’on confronte à la Parole de Dieu. C’est plus ou moins la méthode du
voir - juger - agir chère au cardinal Cardijn. On prend ensuite une
résolution et on perçoit les cotisations (pour les besoins de la
communauté).
Le plus souvent, les laics se réunissent entre eux. Le pretre passe de
temps à autre. Des mandats sont attribués par la communauté à certains de
ses membres : président, vice-président, secrétaire, trésorier, responsable
de la catéchèse, de la visite aux malades, de la "diaconie", de l’aide aux
ménages en difficulté... Ces mandats sont de trois ans et peuvent etre
renouvelés. Pour Mgr Kaseba, le fonctionnement du groupe constitue un
apprentissage de la démocratie. Les membres de la communauté s’interpellent
et s’aident à etre fidèles à leurs engagements.
Au plan de la formation, explique Mgr Kaseba, le diocèse élabore pour
les communautés un programme annuel, dècoupé par semaines, dont l’objectif
est de former les militants chrétiens capables de transformer le milieu.
Cette année, le thème fondamental s’intitule : "Les chrétiens dans la
Cité".
La paroisse
La paroisse organise des sessions de formation pour divers responsables,
présidents ou animateurs des différents ministères dans la communauté. Il
s’agit de sessions courtes (une semaine), incluant des aspects doctrinaux
et méthodologiques, le plus souvent en lien avec le programme annuel. Chaque année, chaque paroisse doit organiser trois ou quatre sessions de ce
type. Les frais en sont supportés pour un tiers par la communauté, un tiers
par la paroisse et un tiers par le diocèse.
Le diiocèse
"Nous avons à Kirungu, explique l’éveque, un centre de catéchèse et de
développement qui forme chaque année une quinzaine de familles. La formation, qui s’étend sur une année, est destinée aux responsables de secteur.
La communauté chrétienne s’engage à entretenir les champs de la famille en
formation durant son absence".
A Kirungu, les quinze familles "étudiantes" vivent une communauté
semblable à celle du village. Pour les hommes, les cours portent surtout
sur la doctrine, la pastorale, la formation générale, le développement, le
petit élevage, la productivité agricole. Pour les femmes, l’accent est mis
davantage sur les travaux ménagers et l’aide à apporter aux autres femmes
du village.
L’Institut des Sciences Religieuses
Cet Institut demande une formation préalable correspondant à un minimum
de quatre années post-primaires mais, à Kirungu, le diplome d’humanité est
souhaité, afin que les étudiants soient capables de maitriser la documentation disponible en français. Le candidat n’est pas pour autant choisi en
fonction des seuls critères intellectuels : il doit aussi donner un
témoignage conjugal de stabilité et de sérieux et etre motivé pour un engagement apostolique; il faut enfin qu’il soit présenté par sa paroisse.
Au terme des études, dont la durée est actuellement de deux ans,
l’étudiant obtient un diplome en sciences religieuses (dont la
reconnaissance est interne à l’Eglise). Il entre alors au service de
l’Eglise locale comme animateur et est pris en charge par le diocèse. Il
commence son "ministère" par une année de stage sous la conduite d’un
pretre et devient ensuite A.L.D. ou A.R.D. (Animateur Laic Diocésain ou
Animatrice Religieuse Diocésaine). "Actuellement, nous en avons une dizaine
dans le diocèse", précise Mgr Kaseba. "Nous espérons, à l’avenir, arriver à
la trentaine. Ces animateurs sont chargés de toute la pastorale comme
vicaires et parfois comme curés. Une de leurs activités est la formation
des enseignants de la religion, à l’école et en dehors".
L’enseignement universitaire
Il représente le cinquième niveau de formation. Le diocèse envoie de
jeunes laics à la Faculté de Théologie de Kinshasa, dans la section
"Théologie et sciences humaines". Après l’obtention de leur diplome, ils
effectuent une année de stage, puis sont engagés par le diocèse. Jusqu’ici,
celui-ci ne dispose encore que d’un diplomé, mais trois autres étudiants
sont en formation.
Une préoccupation : la pastorale familiale
L’un des secteurs qui préoccupe beaucoup Mgr Kaseba est celui de la pastorale familiale. "Nous sentons, déclare-t-il, que l’on voudrait nous imposer, de l’extérieur du pays, une politique malthusienne. Certains programmes d’aide au développement sont d’ailleurs assortis de condition antinatalistes comme, par exemple, l’importation massive de contraceptifs. Nous
réagissons par un effort de formation médicale et morale, dans le respect
de la liberté humaine et des principes chrétiens". (apic/cip/cor)