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    Zaire : le christianisme rend l’Africain étranger à son milieu (051087)

    Bruxelles, 5octobre(APIC/CIP) "Trop souvent, dans le passé, les chrétiens

    vivaient en dichotomie : d’une part, leur existence de "muntu" (homme), et,

    d’autre part, leur vie chrétienne. Le christianisme a trop souvent rendu

    l’Africain étranger à son propre milieu" : c’est le constat dressé dans une

    interview accordée à l’agence de presse catholique belge CIP par Mgr Kaseba, éveque de Kalemie (ex-Albertville)-Kirungu (ex-Baudouinville) et

    délégué de la Conférence épiscopale zairoise au Synode des éveques sur les

    laics.

    Mgr Kaseba s’est fixé une priorité : rendre les laics conscients du lien

    entre la vie chrétienne et les problèmes humains de tous les jours. "C’est

    dans ce but, explique-t-il, que nous favorisons la constitution de communautés à taille humaine ou les gens se réunissent, réfléchissent sur

    l’Evangile et s’engagent dans une action pour le développement intégral.

    Nous insistons beaucoup sur ce lien entre promotion humaine et évangélisation".

    La célébration en 1980 du centenaire de la seconde évangélisation du

    Zaire (Mgr Kaseba était à l’époque Président de la Conférence épiscopale) a

    été l’occasion d’une évaluation de la présence de l’Eglise dans le pays.

    Cette réflexion a débouché sur un mot d’ordre pour les années à venir :

    l’évangélisation en profondeur par l’inculturation. "Il s’agit, souligne le

    prélat zairois, d’évangéliser la culture pour que l’homme puisse se retrouver dans l’Eglise comme dans son propre pays".

    Cinq niveaux de formation

    Ces communautés à taille humaine, l’éveque de Kalemie-Kirungu les pousse

    à se prendre en charge de plus en plus, à devenir toujours plus responsables. Un effort considérable est donc réalisé pour assurer la formation

    des laics. Cinq niveaux de formation leur sont accessibles :

    Les petites communautés

    Elles rassemblent une vingtaine de familles (de 40 à 50 personnes, pas

    davantage, et si une communauté devient plus importante, elle se scinde).

    Elles rencontrent beaucoup de succès, meme auprès des non-chrétiens. Une

    réunion a lieu chaque semaine, qui s’ouvre par la prière et par le chant.

    On raconte ensuite ce qu’on a fait et vécu depuis la dernière réunion, on

    partage les nouvelles, on présente éventuellement le visiteur étranger.

    Ensuite on étudie le thème prévu, en lien avec des faits concrets, vécus,

    que l’on confronte à la Parole de Dieu. C’est plus ou moins la méthode du

    voir - juger - agir chère au cardinal Cardijn. On prend ensuite une

    résolution et on perçoit les cotisations (pour les besoins de la

    communauté).

    Le plus souvent, les laics se réunissent entre eux. Le pretre passe de

    temps à autre. Des mandats sont attribués par la communauté à certains de

    ses membres : président, vice-président, secrétaire, trésorier, responsable

    de la catéchèse, de la visite aux malades, de la "diaconie", de l’aide aux

    ménages en difficulté... Ces mandats sont de trois ans et peuvent etre

    renouvelés. Pour Mgr Kaseba, le fonctionnement du groupe constitue un

    apprentissage de la démocratie. Les membres de la communauté s’interpellent

    et s’aident à etre fidèles à leurs engagements.

    Au plan de la formation, explique Mgr Kaseba, le diocèse élabore pour

    les communautés un programme annuel, dècoupé par semaines, dont l’objectif

    est de former les militants chrétiens capables de transformer le milieu.

    Cette année, le thème fondamental s’intitule : "Les chrétiens dans la

    Cité".

    La paroisse

    La paroisse organise des sessions de formation pour divers responsables,

    présidents ou animateurs des différents ministères dans la communauté. Il

    s’agit de sessions courtes (une semaine), incluant des aspects doctrinaux

    et méthodologiques, le plus souvent en lien avec le programme annuel. Chaque année, chaque paroisse doit organiser trois ou quatre sessions de ce

    type. Les frais en sont supportés pour un tiers par la communauté, un tiers

    par la paroisse et un tiers par le diocèse.

    Le diiocèse

    "Nous avons à Kirungu, explique l’éveque, un centre de catéchèse et de

    développement qui forme chaque année une quinzaine de familles. La formation, qui s’étend sur une année, est destinée aux responsables de secteur.

    La communauté chrétienne s’engage à entretenir les champs de la famille en

    formation durant son absence".

    A Kirungu, les quinze familles "étudiantes" vivent une communauté

    semblable à celle du village. Pour les hommes, les cours portent surtout

    sur la doctrine, la pastorale, la formation générale, le développement, le

    petit élevage, la productivité agricole. Pour les femmes, l’accent est mis

    davantage sur les travaux ménagers et l’aide à apporter aux autres femmes

    du village.

    L’Institut des Sciences Religieuses

    Cet Institut demande une formation préalable correspondant à un minimum

    de quatre années post-primaires mais, à Kirungu, le diplome d’humanité est

    souhaité, afin que les étudiants soient capables de maitriser la documentation disponible en français. Le candidat n’est pas pour autant choisi en

    fonction des seuls critères intellectuels : il doit aussi donner un

    témoignage conjugal de stabilité et de sérieux et etre motivé pour un engagement apostolique; il faut enfin qu’il soit présenté par sa paroisse.

    Au terme des études, dont la durée est actuellement de deux ans,

    l’étudiant obtient un diplome en sciences religieuses (dont la

    reconnaissance est interne à l’Eglise). Il entre alors au service de

    l’Eglise locale comme animateur et est pris en charge par le diocèse. Il

    commence son "ministère" par une année de stage sous la conduite d’un

    pretre et devient ensuite A.L.D. ou A.R.D. (Animateur Laic Diocésain ou

    Animatrice Religieuse Diocésaine). "Actuellement, nous en avons une dizaine

    dans le diocèse", précise Mgr Kaseba. "Nous espérons, à l’avenir, arriver à

    la trentaine. Ces animateurs sont chargés de toute la pastorale comme

    vicaires et parfois comme curés. Une de leurs activités est la formation

    des enseignants de la religion, à l’école et en dehors".

    L’enseignement universitaire

    Il représente le cinquième niveau de formation. Le diocèse envoie de

    jeunes laics à la Faculté de Théologie de Kinshasa, dans la section

    "Théologie et sciences humaines". Après l’obtention de leur diplome, ils

    effectuent une année de stage, puis sont engagés par le diocèse. Jusqu’ici,

    celui-ci ne dispose encore que d’un diplomé, mais trois autres étudiants

    sont en formation.

    Une préoccupation : la pastorale familiale

    L’un des secteurs qui préoccupe beaucoup Mgr Kaseba est celui de la pastorale familiale. "Nous sentons, déclare-t-il, que l’on voudrait nous imposer, de l’extérieur du pays, une politique malthusienne. Certains programmes d’aide au développement sont d’ailleurs assortis de condition antinatalistes comme, par exemple, l’importation massive de contraceptifs. Nous

    réagissons par un effort de formation médicale et morale, dans le respect

    de la liberté humaine et des principes chrétiens". (apic/cip/cor)

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