Zaïre: l’Eglise menacée dans un pays menacé (050689)
Kinshasa, 5juin(APIC) Voisine du Burundi et du Rwanda, le Kivu, qui tire
son nom du lac qui le baigne, est une région du Zaïre, située à l’est du
pays. Le voyageur qui entre dans cette arrière-cour du Zaïre doit s’attendre à bien des aventures. Et si en plus il se rend dans ce pays sur une
invitation des milieux proches de l’Eglise, il fera bien de cacher ses
lettres d’introduction: la crise économique et ses conséquences sociales et
politiques ont provoqué un conflit latent entre l’Eglise et l’appareil de
l’Etat.
Jadis, le Kivu était le grenier du Zaïre. Aujourd’hui, ce "Jardin de
l’Afrique" est marqué par la misère et la sous-alimentation qui affectent
surtout les enfants. La surpopulation et l’érosion des sols menacent les
bases de la vie des paysans. L’omniprésence du pouvoir de l’Etat contraste
violemment avec l’infrastructure totalement délaissée de la région. La plupart des routes sont criblées de nids-de-poule; le téléphone ne fonctionne
plus depuis plusieurs années; les pharmacies n’ont pas de médicaments à
vendre: des éléments comme l’eau et l’électricité sont pratiquement inexistants dans les régions rurales...
"La population est livrée à l’arbitraire des forces de sécurité", explique un missionnaire italien. "Les policiers, les soldats et les membres du
parti imposent des amendes et réquisitionnent selon leur bon plaisir tout
ce qui est à leur portée", se plaignent de nombreux paysans. "Il y a quelques années, ils usurpaient leur pouvoir pour s’enrichir; aujourd’hui, le
pillage de la masse sans défense leur garanti la survie", constate encore
ce Père italien. Les commerçants-transporteurs profitent à fond de la situation, caractérisée par l’inflation, le manque de moyens de communication
et la corruption des fonctionnaires.
Un avenir incertain
Le gouvernement de Mobutu réagit pour sa part par un renforcement de la
propagande nationaliste, dont le point culminant est la dispute avec la
Belgique, en essayant de mobiliser la population frustrée. L’activité des
Belges au Kivu est ainsi entravée par les tracasseries quotidiennes des
membres du parti. Elles affectent tout particulièrement l’Eglise qui, au
Zaïre, dépend du travail d’un millier de collaborateurs belges.
Selon un observateur, les cellules du parti unique MPR infiltrent et
surveillent tous les milieux de la société. Les communautés de base religieuses ont elles aussi de la peine à s’en défendre. L’autonomie de l’Eglise est menacée, et un conflit avec l’Etat est pratiquement inévitable,
craignent beaucoup de croyants au Zaïre.
La misère économique et sociale qui règne au Kivu entrave elle aussi les
activités de l’Eglise. Dans ces conditions, la charité prend forcément la
place de la prise en charge pastorale. La consultation juridique des paysans poussés à bout par les forces de l’ordre occupe les religieux et les
religieuses. "Nous allons vers un avenir très incertain", affirment les
membres de l’Eglise. (apic/bk/pr)