Zaïre: L’armée tire sur la foule à Kinshasa. Au moins 13 morts (170292)
Bruxelles, 17 février(APIC) L’armée zaïroise a tiré dimanche sur la foule
à Kinshasa faisant au moins treize morts, lors d’une marche pacifique en
faveur de la reprise de la Conférence Nationale. Cette marche était soutenue par les Eglises chrétiennes du pays. Une trentaine de prêtres zaïrois
ont été arrêtés et trois missionnaires européens expulsés. Des organismes
de l’Eglise de Belgique s’indignent de "la réaction violente et nullement
justifiée de l’armée et des autorités responsables".
Au moment où la foule sortait des églises et commençait à converger vers
le point de rassemblement, les militaires de la Division Spéciale présidentielle ont tiré "sauvagement", ont affirmé des témoins. Plus de treize
morts ont été rapidement dénombrés et quelques-uns ramenés dans l’église
Saint-Joseph de Matonge, le grand quartier populaire de Kinshasa.
Prêtres arrêtés et maltraités
D’autres interventions graves et meurtrières ont eu lieu dans plusieurs
endroits de la capitale. Des informations provenant également de Matonge,
affirment qu’une trentaine de prêtres zaïrois ont été arrêtés. De jeunes
religieux Oblats qui participaient à la manifestation ont par ailleurs été
attaqués par des soldats zaïrois qui ont déchiré leurs soutanes. Ces militaires se sont ensuite rendus à la maison des Oblats où ils ont tabassé un
missionnaire italien.
Deux religieux belges, le frère des Ecoles chrétiennes, Emile Kips, et
le Père scheutiste Léonard Heyse, ainsi qu’un Père Blanc italien ont été
priés de quitter le Zaïre à la suite de la marche du 16 février. Pour justifier les événements survenus à Kinshasa, un porte-parole du gouvernement
zaïrois a prétendu que la marche organisée dimanche était "une manifestation interdite et non couverte par les autorités ecclésiales"...
Les communications téléphoniques étant défectueuses dans la capitale
zaïroise, il était cependant encore impossible, quelques heures après la
marche, d’obtenir des informations sur d’autres arrestations ou d’éventuelles violences commises à l’encontre des manifestants du côté de N’Djili,
autre point de ralliement des marcheurs, aux environs de l’aéroport.
Protestation de cinq organismes d’Eglise belges
Le Comité des Instituts missionnaires, le Conseil Missionnaire National,
le Secours International de Caritas Catholica, Entraide et Fraternité et la
Commission Justice et Paix ont diffusé lundi un communiqué de protestation
au lendemain de la manifestation réprimée dans le sang.
"Refusant tout esprit d’ouverture, les autorités zaïroises ont voulu interdire cette expression populaire de l’attente d’un changement profond de
société", peut-on lire dans leur communiqué.
Les cinq organismes "veulent manifester leur solidarité avec tous les
chrétiens du Zaïre plongés dans l’épreuve et les encourager à persévérer
dans la voie de la non violence. Ils s’indignent de la réaction violente et
nullement justifiée de l’armée et des autorités responsables. Ils en appellent aussi au bon sens de ces mêmes autorités, en vue d’une reprise d’un
vrai dialogue constructif au sein de la Conférence Nationale Souveraine".
Enfin les cinq organismes "font appel à la communauté nationale belge et à
la communauté internationale pour exercer des pressions sur le gouvernement
zaïrois afin qu’il entre dans la voie constructive".
La marche de l’espoir pour la paix, organisée le 16 février par les
chrétiens de Kinshasa, à l’exemple d’autres villes, était une manifestation
non violente réunissant catholiques, protestants et kimbanguistes. Répondant à l’appel des évêques du Zaïre, du Conseil Oecuménique des Eglises et
d’une lettres des abbés de Kinshasa, les participants réclamaient la reprise de la Conférence nationale Souveraine en vue d’élaborer les bases d’une
nouvelle société zaïroise dans le cadre de la IIIe République. (apic/cicba)