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    Zaïre : interview de Mgr Munzihirwa, évêque coadjuteur de Kasongo (130688)

    "Le premier souci de l’Eglise au Zaïre, c’est l’avenir"

    Bruxelles, 13juin(APIC/CIP) "Pour bâtir leur avenir, les Zaïrois ont

    besoin de se sentir intégrés à un projet dynamique. C’est vrai pour leur

    pays comme tel. C’est vrai aussi pour l’Eglise." Telle est la préoccupation

    fondamentale que Mgr Munzihirwa Mwene Ngabo, jésuite de passage à Bruxelles

    après sa visite "ad limina" à Rome, a confiée à l’agence CIP.

    Mgr Munzihirwa était jusqu’en 1986, date de son élévation à l’épiscopat,

    supérieur provincial des jésuites du Zaïre, du Ruanda et du Burundi. Le

    diocèse de Kasonga est une région fertile en bordure du fleuve Zaïre. On y

    cultive le maïs, le riz, le manioc, l’arachide et le coton. Pour produire

    plus et écouler cette production, il faudrait des routes convenables. Mais

    l’Office des routes n’arrive plus à entretenir les routes de la région.

    Un développement en souffrance

    "Au fond, commente Mgr Munzihirwa, il n’y a pas de grand projet pour le

    Zaïre aujourd’hui. Et sans projet, les gens n’ont pas de motivations. Le

    rôle de l’Eglise ne peut pourtant pas être de concevoir des projets de

    développement à l’échelle de tout un pays. Bien sûr, plus d’une communauté

    chrétienne locale soutient aujourd’hui une coopérative, un projet agricole

    à retombées sociales, un projet de formation ou d’alphabétisation pour

    adultes, sans parler de l’élevage. Mais il faudrait bien davantage".

    Le problème n’est pas propre au Zaïre. Ce n’est pas un hasard si, du 29

    mai au 3 juin, les représentants des épiscopats africains ont tenu au

    Lésotho leur première grande rencontre sur les problèmes de justice et de

    paix. "Le sentiment qui prévaut chez les évêques africains, explique Mgr

    Munzihirwa, c’est que les gouvernements ne semblent pas avoir comme préoccupation majeure la promotion de la justice et de la répartition des biens.

    La classe politique au pouvoir tourne aujourd’hui le dos aux paysans qui

    pourraient être les premiers artisans du développement du pays. Les structures gouvernementales semblent peu soucieuses de former des hommes nouveaux pour l’avenir, ni de consentir aux sacrifices nécessaires à cette

    fin". C’est une des raisons pour lesquelles, au Zaïre notamment, l’Eglise

    est très attentive à la qualité de l’enseignement et appelle de ses voeux

    une multiplication des écoles pour qu’on en arrive un jour à la scolarité

    obligatoire. Mais les responsables d’Eglise savent aussi que l’école ne

    résoud pas par elle-même les problèmes d’organisation d’un pays. Plusieurs

    gouverneurs de régions pensent de leur côté qu’ils pourraient faire davantage s’ils n’étaient pas contraints d’exécuter les directives d’une régime

    centralisé à Kinshasa".

    Des chrétiens responsables

    Lors de son voyage au Zaïre en août 1985, le pape avait notamment

    encouragé les catholiques sur la voie d’un christianisme authentiquement

    africain. Cela exige qu’il y ait un nombre suffisant de cadres. Dans le

    diocèse de Kasongo, qui compte 650’000 habitants, il n’y a que 40 prêtres.

    Heureusement, des villages s’organisent déjà en communautés de base autour

    de catéchistes animateurs. "La pénétration du christianisme dans la culture

    africaine passe incontestablement par la promotion d’un sacerdoce indigène,

    d’une vie religieuse indigène et d’un laïcat indigène engagé dans des

    responsabilités ecclésiales", souligne encore Mgr Munzihirwa.

    Au Kivu, la région ou se situe le diocèse de Kasongo, on n’en est pas

    encore au stade de Kinshasa ou de nombreux laïcs travaillent à l’animation

    des paroisses. La formation chrétienne des fidèles et l’organisation de

    communautés de base sont les priorités actuelles du diocèse. Un Grand

    Séminaire sera aussi ouvert prochainement à Kasongo. Il y a actuellement 20

    séminaristes dans le diocèse, et ils sont formés dans l’archidiocèse voisin

    de Bukavu.

    L’avenir préoccupe surtout Mgr Munzihirwa. "Je vois la population

    s’accroître, dit-il, alors que les structures sociales ne sont pas suffisantes pour faire place aux nouveaux venus. Je crains qu’on aille vers une

    paupérisation croissante. Il n’y a déjà pas assez d’écoles. S’y ajoute la

    question du chômage des jeunes. Et il manque un vaste projet d’avenir susceptible de dynamiser les efforts de tous". Les catholiques forment le 27 %

    de la population, les musulmans le 20 % et le reste est essentiellement de

    religion animiste. Il y a là de nouveaux défis. "Avec les musulmans, il n’y

    a pas de dialogue religieux; en revanche responsables chrétiens et musulmans parviennent à se rencontrer pour réfléchir ensemble à des projets de

    développement. L’évolution des structures claniques et familiales pose de

    nouveaux problèmes pour l’avenir", a-t-il encore affirmé. (apic/cip/ym)

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