"Nos dirigeants nous ont plongés au fond de l’abîme"
Kinshasa, 5mai(APIC) "La conversion des coeurs et le changement des mentalités sont les conditions de la réconciliation nationale". Tel est le
message que les Eglises catholique, orthodoxe, protestante, kimbanguiste et
la communauté islamique du Zaïre adressent à tous les hommes de bonne volonté à l’occasion de la reprise de la Conférence nationale souveraine
(CNS).
Les chefs spirituels, dont pour l’Eglise catholique, Mgr Ignace Matondo
Kwa Nzambi, président de la Conférence épiscopale, évoquent les nombreux
événements "heureux et malheureux survenus depuis le premier appel publié
en aôut dernier jusqu’à la manifestation réprimée dans le sang du 16
février. "Ce mépris de la vie humaine est l’un des aspects les plus graves
du mal zaïrois" écrivent-ils, avant de souligner l’importance de la réconciliation: "Ces événements (...) font clairement apparaître que notre société est bloquée et que le processus pacifique de démocratisation risque
d’être sérieusement compromis. Pour nous, pasteurs et chefs spirituels,
(...) ainsi que pour beaucoup de fils et filles de ce pays, le salut de la
nation est dans la réconciliation ".
Le message éclaire le sens profond de cette réconciliation par une citation du Coran: "Le secours ne vient que de Dieu" (11,18). Les signataires
ajoutent: "L’état actuel de notre pays nous indique clairement que, selon
le niveau de responsabilité de chacun, nous avons failli à notre vocation
et à notre mission". Cette réconciliation est nécessaire en raison de l’infidélité à Dieu et à sa volonté. Les chefs spirituels invitent tous les
croyants à être des "hommes nouveaux" qui contribuent à l’avénement d’une
"terre nouvelle et de cieux nouveaux".
Ecouter les cris de détresse du peuple
Les signataires présentent la Conférence nationale souveraine comme
l’ultime recours, "le lieu et le cadre idéal de cette réconciliation du
peuple avec lui-même, où la possibilité est donnée à tous de s’exprimer et
de demander éventuellement pardon". Le message s’adresse ausi directement
au dirigeants de façon assez sévère: "C’est pour avoir abandonné le service
du peuple pour se servir eux-mêmes que nos chefs nous ont plongés au fond
de l’abîme. (...) Les cris de détresse de notre peuple sont pour eux un appel urgent à se mettre davantage au service du peuple et à se réconcilier
entre eux". "Le poids de tous les sacrifices de la nation repose d’un seul
côté, sur les épaules des administrés qui ont été rendus misérables et sont
de jour en jour pillés et opprimés par ceux-là mêmes qui sont chargés de
leur sécurité et de leur bien-être".
Les chefs religieux rendent également hommage au peuple zaïrois qui a su
jusqu’à présent éviter la spirale de la violence malgré les difficultés,
les embûches et les provocations. Ils félicitent le peuple pour sa détermination, sa patience et son endurance devant les sacrifices, particulièrement "le sacrifice suprème de nos frères et nos soeurs qui ont donné leur
vie au cours des manifestations du 16 février".
Le message conclut en demandant à chacun d’éviter d’entraver le
fonctionnement de la CNS et en invitant à prier pour la reconstruction du
pays, dans l’amour, la sagesse et la justice (apic/cip/mp)