Zagreb: interview du métropolite Jovan (100489)
Zagreb, 10avril(APIC) Dans une interview accordée récemment à la revue
culturelle de Zagreb "Oko", le métropolite serbe orthodoxe Pavlovic Jovan
s’est déclaré opposé à toute sorte d’"accusation qui serait portée de manière globale contre l’ensemble de l’Eglise catholique en Croatie ou contre
le peuple croate, jugés coupables de crimes commis contre les Serbes" pendant la seconde guerre mondiale. "On ne peut accuser tout un peuple du crime de génocide", a-t-il affirmé, avant de rappeler la nécessité de dire
"toute la vérité sur cette période, afin de briser le cercle vicieux dans
lequel nous nous trouvons".
Le métropolite Jovan a également rejeté l’assertion de l’écrivain Jovan
Radulovic qui prétend que les Serbes sont aujourd’hui autant menacés en
Croatie qu’au Kosovo. Le métropolite de Zagreb souligne toutefois qu’il
existe un risque "d’assimilation" de la minorité serbe vivant en Croatie et
précise qu’il est "très difficile d’obtenir les autorisations nécessaires à
la reconstruction des églises orthodoxes détruites pendant la dernière
guerre".
Très engagé dans le mouvement oecuménique - il représente l’Eglise orthodoxe serbe au sein du Conseil oecuménique des Eglises (COE) et dans divers comités internationaux chargés de la surveillance de l’application des
Accords d’Helsinki sur les droits de l’homme -, le métropolite constate
avec regret que, de l’ensemble des régions de Yougoslavie, c’est en Croatie
que les relations oecuméniques sont les plus difficiles. Cela en raison des
événements survenus lors du dernier conflit mondial qui pèsent encore très
lourd. Tout reste encore à faire, déclare-t-il pour jeter les bases d’un
dialogue fraternel entre les deux Eglises.
Un dialogue permanent
Le métropolite fait en outre remarquer qu’on attend toujours de la part
de l’Eglise catholique une déclaration solennelle précisant officiellement
que les conversions forcées des Serbes à la foi romaine réalisées au cours
de la seconde guerre mondiale sont dénuées de toute valeur. Ce lourd contentieux n’empêche pas l’Eglise orthodoxe serbe d’entretenir un dialogue
permanent avec l’Eglise catholique, notamment en Slovénie car "les Slovènes
ont été, eux aussi, bien que catholiques, pourchassés" par le régime extrémiste de Zagreb en 1941, indique le métropolite. Ce dernier rappelle que
de nombreux Slovènes, dont plusieurs prêtres catholiques, sont morts dans
le camp de concentration de Jasenovac mis en place en Croatie sous l’occupation nazie. L’Eglise orthodoxe serbe ne fait aucune distinction entre les
victimes innoncentes de ce génocide et les considère toutes comme "nouveaux
martyrs", les commémorant avec les innombrables prêtres orthodoxes serbes
suppliciés sur les mêmes lieux d’extermination.
Dans l’interview accordée à "Oko", le métropolite Jovan a également abordé la question de l’"autocéphalie" de l’Eglise orthodoxe macédonienne.
C’est "une pierre d’achoppement" dans le dialogue entre catholiques et orthodoxes de Yougoslavie, a-t-il expliqué. Ce n’est que grâce à l’aide du
Vatican que l’Eglise macédonienne parvient à nouer des contacts avec
l’étranger. Le métropolite est lui-même intervenu à maintes reprises auprès
des autorités officielles de l’Eglise catholique croate pour que le Vatican
cesse de s’immiscer dans une affaire intraorthodoxe. C’est au sein de
l’Eglise orthodoxe au niveau mondial que doit être étudié le problème posé
depuis 1967 par la rupture entre l’Eglise macédonienne et le patriarcat de
Belgrade, et ce n’est que dans ce contexte-là qu’une solution pourra être
trouvée, estime-t-il en conclusion. (apic/sop/pr)